CHAPITRE y III
Suiie des portrails. — Xaicisse Diaz. — La clochette du foyer.— M"t"Cymlicline fait prier M. de Cupidon de vouloir bien passer dans sa loge. — C'est déjà l'elfet de la troisiome flèche.
Ces portraits rapidement esquissés par M. de Cupidon m'intéressaient. Je le priai de continuer, en lui montrant, assis près de la pendule, ce peintre de boudoirs et de forêts, Diaz, qui semble n'avoir eu qu'à se souvenir pour trouver sur sa palette des tons inouïs d'opulence et d'éclat.
M. de Cupidon me traça en ces termes la généalogie de Diaz :
« — Un RAYON DE SOLKIL.
» Une VAGUE DE LA MER.
» Un HOMARD.
» Une TULIPE.
» Le DIAMANT LE RÉGENT.
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)) Avant d'être incorporée Jans un homme, l'âme <le Diaz fut trempée aux sources les plus brillantes et les plus vives de la nature : il fut oiseau i»e paradis dans les forêts de pourpre et d'or du nouveau monde ; il l'ut goutte de rosée dans les bosquets de la France.
» Puis, par un contraste singulier, Dieu lit de lui ux BOHÉMIEN ; mais un de ces bohémiens dont les haillons magnifiques accrochent la lumière, dont la prunelle est fauve, dont la bouche est triste, et dont la chevelure emmêlée fourmille d'étincelles. Le bohémien Diaz parcourut l'Espagne, traversa les Pyrénées, coucha pendant quelques nuits sur les grandes routes de la Provence , et s'en alla dans un coin allemand mourir de jalousie et d'un coup de poignard.
» Je le retrouve bostantiI dans les jardins de Sa Ilautesse. On le nomme Noureddin. 11 vit parmi des fleurs de la plus ardente beauté , et à quelques pas des femmes du sultan , mais il n'aime que les fleurs. C'est un homme heureux; ce n'est pas même un philosophe. 11 sait qu'il fujure bien dans le pavsage, et il s'estime heureux de voir son ombre se prohler sur le sable brûlant des allées.
» Le l)0stangi devient un riche patricien de Venise, un homme du Livre d'or. Il a des robes de brocart et des palais regorgeant de chefs-d'œuvre. 11 pourrait s'aveugler dans ses tonnes de sequins et dans les yeux réunis de ses maîtresses. Mais il n'a qu'une passion dans le cœur et dans la tête, — la vengeance ;
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— il n'a de regard que pour cet imperceptible éclair d'acier qu'il fait jouer entre ses doigts, comme un autre ferait d'un jjijou de femme ou d'enfant. C'est un des Foscari. Plus tard, on fera des drames avec cet homme.
» Dans la brume anglaise, j'aperçois un seigneur de bonne mine, couvert de rubans à la mode de France, et fredonnant des rimes galantes aux oreilles des dames de la cour. Le noble vénitien de tout à l'heure s'est transformé en lord spirituel et joyeux. 11 s'appelle ROCUESTER.
» Aujourd'hui, il s'appelle Narcisse Diaz. »
La clochette du foyer tinta, annonçant le lever du rideau pour le troisième acte. ^
M. de Cupidon se disposait à retourner à sa place, quand une habilleuse vint à lui discrètement, pour le prier de se rendre dans la loge de M"e Cymbeline.
M. de Cupidon la suivit.
Je suivis M. de Cupidon.