‹ Monsieur de l'étincelle (volume 2)Chapitre 18 sur 45 · OD ARLES ET PARTS · texte numérisé non relu

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sesse l'acte qui servit de manteau à l'honneur de ta mère. »

Le jeune homme écoutait en silence, plongé dans un trouble indéfinissable dont Babandy profita pour achever cette solennelle explication.

— J'arrive maintenant à ce que j'ai fait depuis hier, continua-t-il. Je devais ignorer comme les autres ce nom que ta mère avait juré de taire, et il entrait dans nos conditions que je ne l'interrogerais jamais là-dessus. Je pensais, je l'avoue, puisqu'on m'avait parlé de réparation impossible, que la faute de la malheureuse Phanète était le crime sacrilège de quelque prêtre hypocrite, de notre prélat lui-même peut-être ; mais lorsque Phanète vit que ta naissance lui coûtait la vie, son instinct de mère l'emporta sur toute autre considération. Les yeux fixés sur le cercueil que son imagination de malade lui montrait sans cesse entr'ouvert pour elle auprès de ton berceau , elle m'appella et me dit : « Votre conduite à mon égard depuis sept mois mérite toute ma confiance , et je ne puis mieux reconi'

mander l'enfant innocent qu'à celui qui a eu pitié delà mère coupable. Vous serez son père aux yeux des hommes ; mais j'ai pensé qu'un jour peut-être le bonheur de ce fils qui me coûte si cher exigerait qu'il connût celui qui ne doit être son père qu'aux yeux de Dieu. Je livre donc ce secret à votre honneur. » Et quand je lui eus promis de ne faire usage de cette révélation que dans Tintérètdeson enfant, elle me nomma l'homme... Tu vas comprendre et mon émotion d'hier et cette explication de ce matin , quand tu sauras que tu étais sur le point d'enlever ta propre sœur ; cet homme est le comte de

Beaujeu Voici maintenant ce que j'ai fait.

Armé de la lettre quia passé de tes mains aux miennes, j'ai couru chez M. le comte de Beaujeu, et sans lui apprendre que je fusse informé ou non du passé, « Je suis venu , monsieur le comte , lui ai-je dit , pour vous avertir du danger que court votre fille d'épouser un jeune homme fort peu digne d'elle, sans doute, car il est de très bourgeoise maison et sera ruiné demain, tandis que votre ambition depuis la perte

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de votre fils est de vous allier, par votre unique héritière , au gouverneur de la province ; mais vous savez que quoique tout le monde parle de cette alliance comme certaine^ un caprice de jeune fille peut tout renverser en un quart d'heure, malgré la surveillance paternelle. Tenez, lisez cette lettre ; elle a été écrite à un fort mauvais sujet. Heureusement que ce mauvais sujet est mon fils, et quoique je lui aie donné l'insolent exemple d'épouser une Porcellet, je conçois très bien qu'une mésalliance ne soit pas du goût de tout le monde. Ainsi donc je viens vous proposer un compromis. ÎSous vous laisserons votre fille, et de peur de vous donnerlemoindre ombrage, mon fils partira sous deux jours pour Paris, d'où il ne revient»' dra qu'après le mariage de mademoiselle de Beaujeu ; mais, attendu que le jeune homme n'est pas sûr, en allant dans la capitale, d'y obtenir un régiment, comme votre cousin, le chevalier de Grille, et qu'il pourrait fort bien, en revenant, ne plus retrouver ici le jjien paternel, que je suis sur le point de rendre pour la seconde fpis,je crois juste

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que vous vous chargiez des frais du voyage, et que vous garantissiez par une somme raisonnable que mon fils ne sera pas forcé de coucher à son retour sur un banc du Plan-de-la-Gour ou dans la grotte des Fées.»

Mon ami, M. de Beaujeu a parfaitement compris tout cela. Aussi, sans plus d'allusion , il m'a su gré de concilier ainsi les intérêts de ses enfants et de la morale. Tu n'épouseras pas ta sœur, tu iras voir Paris avec cette bourse bien garnie, pour t'y distraire; et, à ton retour, si les tours de Notre-Dame, couronnées de nuages , ne te font pas oublier l'Homme de bronze qui tient sa lance au soleil sur la tour de notre Hôtel-de- Ville, tu trouveras nos dettes payées et notre patrimoine sans hypothèque.

En approchant de la conclusion de son discours, Babandy s'écartait déjà peu à peu de la solennité de son début, son caractère ne comportant pas un long accès de mélancolie quand il venait une seconde fois d'arranger si heureusement ses affaires.

Babandy II fut plus long-temps à se reconnaître après une explication à la fois si

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grave et si romanesque; mais enfin il se soumit à sa destinée, et acquittant la parole que son père avait donnée pour lui à M. de Beaujeu, il partit deux jours après.

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