V* EXTRAIT DE LA MEME CORRESPONDANCE
«Quoi donc, ma sœur, toi aussi tu soupçonnes les intentions de M. d'Armentières ! tu me dis de prendre garde aux causes secrètes de cette rivalité, dont je pourrais bi^^n être l'objet plutôt que mon mari. C'est beaucoup d'honneur que tu fais à mes charmes d'abord, et puis à la galanterie de mes deux chevaliers. Voici malheureusement une
(1) fjittéralfmtnt : Appeau de rosiignol, et une chouette sorU
igÔ M. DE l'étincelle,
petite confidence qui fera évanouir toutes tes romanesques sujjpositions.
» Mais je veux être franche jusqu'au bout, et te dire que ma vanité, d'accoid avec ta prudence, commençaità interpréter comme elle quelques uns des regards et des deniir mots de M. d'Armentières. Aussi, ce ne fut pas sans une certaine émotion que je le vis venir dimanche dernier me demander quelques moments d'entretien pendant que j'étais seule dans mon boudoir, et Maurice sorti avec Mazade. A son air de mystère, à l'accent mélancolique de sa voix, je me disais : Nous y voici : le cher cousin va donner enfin raison à Mazade et me forcer de le renvoyer comme il est venu. Il s'assied , regarde à droite et à gauche, approche sa chaise et commence:— Ma chère cousine, je viens vous demander un conseil, sur un événement d'où dépend tout mon avenir. Que de fois j'ai rêvé que je n'aimerais qu'une ferrime qui joindrait à la beauté dès héroïnes de roman, une âme naïve et tehdre, la chasteté de l'esprit à celle du cœur !
w — Fort bien débuté, pensai-je, quoique
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ce lie soit pas très neuf; mais depuis longtemps les amoureux et les romanciers ont renoncé à varier le style des déclarations.
» — Oui, ma cousine, continua M. d'Armentières, je m'étais créé une femme idéale, moitié ange et moitié fée , sans laquelle je ne pouvais concevoir ni l'amour ni le mariage; je me tenais prêt atout sacrifier pour la mériter et lui plaire aitssitôt qu'elle m'apparaîtrait, prêt à la suivre au bout du monde, et à vivre dans un désert avec elle, au moindre signe qu'elle daignerait me faire pour m'apprendre qu'elle m'avait compris et apprécié. ...
» De mieux en mieux, me dis-je encore dans mon vaniteux aparté.
n — Je ne prévoyais pas, continua le cousin, ou ne voulais pas nrévoir, qu'un pareil trésor, s'il existait, ne serait pas créé pour moi seul, qu'il y aîiraiteu d'autres yeux que les miens pour ledécouvrir avant moi, que mille obstacles m'en sépareraient, et que je trouverais le monde entier peutètre,avec ses préjuges, ses lois, ses devoirs, entre cette merveille uniqùeet mapaSsion... Je crus en ce moment
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que lesyeuxdeM.d'Armentières cherchaient dnnsmesyeiixleportraitdeson idéale beauté, et je détournai mon regard au risque de paraître phis distraiteque ne le demandait cette grave consultation. — Je vous parais peut-être bien ridicule, dit-il alors avec un ton moins déclamateur; je n'ai donc pus eu tort de me fairehonteà moi-mémede cette chimérique imagination, et de me persuader qu'en attendant la réalisation de mes rêves de dix-huit ans, je risquerais de rester garçon jusqu'à l'âge où l'on est fort heureux d'un mariage prosaïque avec quelque veuve ou quelque vieille fille, parvenue tbutjusleau terme de ses illusions et de ses superbes dédains. Je viens donc savoir, ma cousine, si vous croyez qu'avec mon caractère, je puis lovament promettre de faire le bonheur d'une femme dont je ne suis pas amoureux, qui n'est pas celle que j'avais choisie dans mes plans romanesques, mais qui s'offre à moi parée de toutes les séductions d'une riche dot, et préveiuie en ma faveur parim ami puissantdema famille; en un mot , vous qui vous éles mariée par amour, croyez-vous que 1^
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mourpuisse naître du mariage, car il me reste de mes illusions celle de vouloir aimer la femme que j'épouserai, et n'aimer qu'elle, dussé-je encore rencontrer trop tard la compagne que j'ai dû reléguer dans le monde des illusions et des vains regrets.
» — T'attendais-tu à cette chute, ma sœur? pour moi ( à quoi donc tient notre fière vertu?) je te confesserai que, complètement rassurée sur l'issue de notre tète-à-tète, jene pourrais dire si j'aurais su mauvais gré à notre raisonnable cousin de me demander un avis plus difficile à lui donner. Le fait est que M. d'Armentières est comme tant d'autres jeunes gens de notre époque, qui soutiennent volontiers les thèses les plus poétiques dans les salons s'ils sont hommes du monde, dans les livres s'ils sont auteurs; mais qui seraient très fâchés d'être pris au mot, quand vient l'occasion d'appliquer ces beaux sentiments aux affaires sérieuses de la vie. Ah! mon beau cousin, medis-jeen moi-même, je vous attraperais bien si je vous conseillais de mépriser les dons de la fortune et d'imiter mon Maurice, cjui, h vo«
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tre âge , fit un mariage d'amour et dé roman, et qui ne s'en repent pas : mais je ne suivis pas cette malicieuse pensée; j'encourageai M. d'Ârmentières à se laisser marier par sa famille, et je lui citai deux ou trois mariages de raison parmi nos connaissances, qui prouvent qu'on peut devenir très amoureux de sa femme après comme avant. » Je ne sais si M. d'Armentières s'attendait à un autre conseil, mais il s'en alla assez mécontent; et quoiqu'il ne me l'ait pas dit, il faut que sa prétendue soit bien laide pour qu'il hésite ainsi , ce jeune homme si bien désabusé de ses rêves de dix- huit ans ! Tu vois, ma sœur, que tout ceci est bien d'accord aviec ses sages représentations sur l'insouciarice de Maurice, et que M. d'Armentières est un philosophe positif qui n'a jamais pensé à me faire la cour. Opendant, je ne sais pourquoi sa confidence m'avait soulagée d'une secrète inquiétude. En lé revoyant lé soir à dîner, je pus me livrer à ia fantaisie de taquiner un peu M. Mazade en mé montrant plus aimable et plus préveharité que jamais envers M. d'Armentières.
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Il fallait voir les gros yeux du futur général; et pourtant, je n'ai pas besoin que M.Mazade vienne me confier ses projets de mariage pour me persuader qu'il n'est pas amoureux de moi, quoiqu'il soit jaloux, comme si, à mes yeux, Maurice et lui ne devaient faire qu'un.
» Odille. »