CHAPITRE XXII
Inquiétudes domestiques et consolateur maladroit ou intéressé.
PoBCiA. — You have ungently, Brutus, Slole from my bed, and yesternight, at supper, You suddenly arose, and walk'd about, Musing and Sighing, wilh your arms across (i). Shak.speàrb.
M. d'Armentières entra par le petit kiosque et suivit l'allée couverte qui conduit au théâtre champêtre. Il y trouva Isabelle faisant la chasse aux papillons , et apprit d'elle que madame Babandy était seule dans la
(i) Vous vous êtes dérobé de mon lit, Brutus , sans tendresse pour moi ; et Lier soir à souper tous vous levâtes soudainement de table, et vous vous promenâtes les bras croisés, révçi^ pt soupirant.
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maison. Avant d'aller la saluer, il s'amusa d'abord avec l'enfant, chassa avec elle aux insectes, courut dans toute la circonférence du jardin, et, oubliant par quelle porte il était entré, il oublia aussi de remettre la clef grâces à laquelle il avait pu s'introduire sans sonner, frapper ou se faire annoncer.
Lorsqu'il vit Odille , il fut d'ailleurs distrait de toute autre pensée en remarquant qu'elle essuyait ses yeux remplis de larmes, et, naturellement, sa première parole devait être pour s'enquérir avec intérêt de la cause qui les lui faisai t verser.Odille n'en fit pas mystère. Les fréquentes absences de Maurice et ses entretiens à mots couverts avec Mazade depuis une quinzaine de jours excitaient son inquiétude ; elle s'en ouvrit à son cousin , mais repoussa bien loin l'explication de celui-ci qui crut d'abord qu'elle se plaignait de l'abandon où la laissait Maurice, et qui voulut la rassurer sur sa fidélité conjugale, au risque de lui inspirer les soupçons qu'il prétendait réfuter.
— Moi, s'écria Odille, moi douter de l'amour de Maurice? y pensez-vous, mon cou-
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sin? Maurice me sacrifier à une maîtresse! c'est impossible.
— ■ Vous êtes peut-être jalouse enfin de l'influence que son inséparable exerce sur son esprit?
— Je ne suis jalouse de personne, mon cousin ; mais je ne saurais m'empécher de craindre que cet inséparable n'entraîne mon mari dans quelque fatale entreprise, si j'en juge par quelques mots saisis par moi à la volée.
— Je le crains comme vous, et je regrette que, négligeant mes observations de parent désintéressé, vous n'ayez pas compris depuis long-temps que vous deviez à tout prix rompre une liaison aussi funeste, je puis le dire. Moi-même j'ai peut-être à me reprocher de n'avoir pas parlé avec assez de franchise; je me défiais démon antipathie et craignais de paraître vouloir remplacer une autorité par une autre; car c'est un maître que s'est donné là mon cousin, un maître d'autant plus dangereux qu'il le gouverne au nom d'un prétendu dévouement dont il se fait payer d'avance les douteuses
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preuves. Mais ce qui choque le plus dans le monde, c'est l'espèce de contrôle que M. Mazade semble exercer sur vous, ma cousine.
— Sur moi?
— Oui, sur vous... toujours au nom de son dévouement pour Maurice. Vous avez en lui un sévère censeur.
— Il est certain qu'il ne me flatte guère.
— Oh! n'en soyez pas piquée! il ne croit pas au bon sens des femmes , et si Maurice prêtait l'oreille à ses charitables insinuations , il serait jaloux de vos amitiés les plus innocentes. Du reste, si Maurice ne l'est pas, cette espèce de vice-mari qu'il vous a donné l'est pour lui.
— C'est un peu fort, dit madame Rabandy dont M. d'Armentières parvenait peu à peu à piquer l'amour-propre.
— Très jaloux même, continua M. d'Armentières, et si je vous racontais...
— Prenez garde, mon cousin; vos réticences ne seraient pas de la charité chrétienne; je supposerais peut-être pire que vous ne me cacheriez.
— Votre confiance commande la mienne;
j'espère que vous serez plus discrète que moi, lorsque vous comprendrez que mon indiscrétion pourrait renouveler une de ces explications où il y va de la vie entre hommes de cœur. En un mot, c'est moi qui ai eu l'honneur d'excitei' la jalousie de M. Mazade; c'est à moi qu'il a osé déclarer sur un ton aigre-doux que mes visites trop fréquentes pouvaient faire parler la médisance.
— Voilà pourquoi vous avez rendu vos visites plus rares?
— Je vous avouerai que je n'ai pas cédé si facilement à une pareille observation. J'ai dû demander si elle provenait de mon cousin ; mais non , c'était à l'insu de Maurice , c'était de son autorité privée que M. Mazade prétendait circonscrire mes devoirs de parent et d'ami dans certaines limites. Si du moins il m'avait donné quelques raisons, mentionné quelque imprudence ou révélé à moi-même un sentiment qui menaçât mon repos sinon le votre! s'il m'eût dit comme à un petit cousin sortant du lycée : Monsieur d'Armentières , prenez-y garde, vous croyez n'aimer votre cousine que d'à-
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niitié, c'est un sentiment plus doux qui vous rapproche d'elle, et qui peut d'autant plus la compromettre, que, là où vous croyez n'être que respectueux, vous êtes encore plus tendre ! Je vous ai surpris rougissant et pâlissant tour à tour en étudiant son regard. Le contact de sa main suffit pour allumer dans vos yeux une flamme capable de consumer le monde. Retirez-vous, mon jeune ami, sinon vous ne tarderez pas à devenir coupable ou malheureux... Mais non, c'était à un garde du corps de vingt-sept ans, qui songe sérieusement à se marier, que M. Mazade daignait apprendre qu'on ne doit pas compromettre une belle cousine par un amour follement affiché.
— Mais enfin , qu'avez-vous fait ? demanda madame Babandy qui trouvait que son sage cousin prenait un singulier plaisir à irriter son impatience par ses amplifications.
— Ce que j'ai fait, ma cousine? j'ai représenté à M. Mazade que ses soupçons étaient aussi injurieux pour vous que pour moi, et que, si je ne craignais de faire du
ou ARLES ET PARIS. îîSq
bruit , je lui en demanderais satisfaction. A ce mot, il s'est permis une parole qui équivalait à un cartel...
— Et vous vous êtes battus?
— Oui , ma cousine , après nous être juré que nos témoins ne seraient pas instruits de la vraie cause du combat,
— Ah! mon Dieu! vous pouviez être tué...
— C'eiit été pour vous, ma cousine, et vous l'auriez ignoré. Heureusement, comme le motif supposé de notre querelle n'avait pas paru très grave à nos témoins, nous fûmes séparés après avoir échangé deux balles sans nous blesser ; mais M. Mazade ne voulut se retirer du champ clos qu'après m'avoir pris à part et fait jurer que je réduirais mon assiduité auprès de vous à un nombre de visites sur lequel il réglerait luimême le nombre des siennes, pendant les deux mois qui suivraient notre rencontre. J'ai cru devoir souscrire à cette dernière condition , établissant par là l'égalité de nos droits, et évitant surtout le bruit d'une querelle qui n'aurait pu se prolonger sans parvenir aux oreilles de Maurice.
— Je trouve M. Mazade passablement impertinent, dit Odille, et je regrette de ne pouvoir me servir d'une pareille aventure pour ouvrir les yeux à Maurice sur ses ridicules prétentions. Mais, hélas! qui sait où ils sont tous les deux en ce moment ? Ah! mon cousin, je ne saurais vous dire quel pressentiment sombre m'agite... N'avez-vous rien appris? que se passe-t-il donc dans Paris?... j'ai cru entendre M. Mazade assurer que le gouvernement serait changé sous peu de jours ?
— Rassurez-vous, ma chère cousine, répondit M. d'Armentières évidemment contrarié de voir Odille beaucoup plus préoccupée de la politique que de ses confidences relatives à Mazade; rassurez-vous : on crie beaucoup, on fait de sinistres prédictions dans les journaux; mais qui oserait les réaliser? Jamais le trône des Bourbons ne fut plus solide.
— Les libéraux n'en sont pas moins convaincus de la facilité de renverser ce trône.
^- Ce sont les fous du parti : mon cousin n'est pas de ceux-là.
ou ARLES ET PARIS. SQl
— Non, mais par sa faiblesse pour des amis moins raisonnables que lui, il peut se croire obligé de donner des gages de fidélité à leur causej il peut se trouver dans une émeute ou un guet-apens de police. En un mot, il y a quelque chose d'extraordinaire, mon cousin, et je vous demande en grâce dépasser ce soir à notre appartement de Paris pour dire à Maurice ce que je n'ai pas osé lui dire moimême, que s'il ne doit pas revenir demain soir, je ne pourrai résister à mon inquiétude , et j'irai le rejoindre après le dîner.
— Je promets de vous le ramener ou de venir vous apporter sa réponse.
— Je vous remercie, mon cher cousin, et je vous promets que , sans< vous trahir , je saurai faire comprendre à Maurice que je connais mieux que lui quels sont ses vrais amis. Mais en ce moment, telle est, j'en conviens, l'anxiété où m'ont jetée les paroles menaçantes que j'ai surprises et un insurmontable pressentiment... que je presserais avec reconnaissance la main de M. Mazade lui-même s'il revenait avec Maurice.
Une dame du voisinage , qui yenait pas-
ser la journée avec madame Babandy , enlra en ce moment, et cette conversation en resta là. Mais M. d'A-r m entières, arrivé à Paris, n'oublia pas la commission de sa cousine, qui reçut le lendemain, par un exprès, le billet suivant :
« Ma chère cousine,
» Je n'ai pu joindre Maurice hier soir, et ce matin j'arrive trop tard chez lui; il était sorti avant sept heures , mais en disant au portier qu'il ne rentrerait pas, se proposant de retourner ce soir à Bellevue. Je ne vous écris donc que pour l'acquit de ma conscience, chère cousine, et pour vous renou- Teler l'assurance de mon respectueux dévouement.
» Théodose d'Armentières.
i) P. S. Ce que vous m'avez dit m 'ayant rendu questionneur, je ne vous cacherai pas qu'on m'a appris que la police était sur la trace d'un complot: mais que cette nuit même tous les conspirateurs avaient été arrêtés. Le journal n'en dit rien encore ce
ou ARLES ET PARIS. QqS
matin; mais tous les postes ont été doublés hier soir au Château. »
Cette lettre ne rassura qu'à demi Odille , et elle eût été bien malheureuse de ne pas voir revenir ce soir-là son mari, si elle n'avait reçu dans la soirée ce second billet par un second exprès : <
« Ma chère Odille ,
» Un événement imprévu m'empêche d'aller ce soir te rejoindre ; ne m'attends même demain que fort tard. Je ne puis te dire le reste que de vive voix.
» Ton mari , M. B. »
CHAPITIIE XXIII.
Admirable dévouement d'un cousin.
S'il n*est digne de moi , le piège est digne d'eux. Racinb.
Il était plus de minuit : madame Babandy ayant vainement attendu son mari jusqu'à une heure assez avancée, venait de se jeter sur son Ut, agitée par une anxiété fiévreuse, livrée aux plus cruelles conjectures, et, quel que fût son ardent désir de revoir Maurice , n'osant plus en former le vœu qu'avec mille restrictions mentales, car, depuis les deux lettres qui terminent le chapitre précédent, elle avait à redouter que son retour auprès d'elle ne pût s'effectuer
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qu'au péril de sa liberté, de sa vie même. Depuis ces deux lettres les avis les plus alarmants , les nouvelles les plus fatales , lui avaient peu à peu révélé qu'au nombre des complices delà conspiration récemment découverte, elle devait compter, non seulement l'imprudent et exalté Mazade^ mais encore Maurice, le sage Maurice, Or, dans cette parricide conspiration, il ne s'était agi de rien moins que de marcher sur les Tuileries, d'enlever la famille royale, d'obtenir du roi un acte d'abdication, en lui appuyant une épée régicide sur la gorge, et de proclamer un de ces gouvernements provisoires, qui sont la pierre d'attente des révolutions comme des restaurations.
D'après quelques rapports, l' ex-capitaine Babandy était désigné comme devant prendre le commandement d'un régiment séduit; d'après quelques autres, il ne figurait que comme l'aide-de-camp d'un général anonyme, dont il représentait la participation mystérieuse au complot; mais, dans tous, son nom était en tête, précédant même celui de Mazade. Le journal officiel, sans nom-
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mer les deux amis, les comprenait, dans une phrase générale, parmi ceux qui ne pouvaient long-temps échapper à la police mise sur leurs traces.
Toute la journée, des figures suspectes avaient rôdé autour de Bellevue.
A chaque bruit qui frappait de loin son - oreille, la triste Odille se relevait sur son lit, écoutait attentive, et puis laissait retomber de nouveau sa tête souffrante quand elle n'entendait plus rien. Tout-àcoup, il lui semble qu'on a ouvert la petite porte du kiosque : quelqu'un marche certainement dans l'allée des peupliers, le voilà sous la fenctre de la chambre principale : il appelle à voix basse et prononce le nom d'Odille... C'est lui, dit-elle; aussitôt, sans lui répondre, elle descend, ouvre la
porte de l'escalier , et reconnaît M. d'Ar-
mentières.
— Mon cousin ! s'écrie Odille avec l'accent d'un désappointement pénible... et Maurice ?
— Maurice! répond M. d'Armentières ; n'est-il pas ici ?
a^8 M. DE l'ÉTXJTCELLE,
— Hélas ! non.
— Je venais l'avertir, le sauver, lui porter un passeport que voilà , ma cousine ; car il faut qu'il fuie s'il en est temps encore... Silence : j'ai été suivi, les agents de police auront sauté par-dessus les murs ; mais tant mieux, puisque Maurice n'y est pas!... Venez, montons dans votre chambre ,.•• et en disant ces mots, il entraînait madame Babandyqui prêtait l'oreille au nouveau bruit de pas qu'on entendait dans le jardin....
— Ma cousine , dit INI. d'Armentières quand ils furent dans la chambre, un Dieu sauveur m'a envoyé; j'ai été prévenu que, sur un avis , heureusement inexact, on devait venir ici arrêter cette nuit même mon cousin : j'arrivais trop tard pour le prévenir lui-même , je serai arrivé à propos pour le sauver, en dépistant la police pendant deux ou trois jours... Secondezmoi.
— Quel est votre projet? demanda Odille, tout entière à une seule pensée.
— Vous allez le voir,... donnez-moi une des redingotes de mon cousin.,. Ahl sa robe
ou ARtES £T PARIS. t^
de chambre, encore mieux! ( et M. d'Armentières dépouilla son habit pour revêtir cette robe de chambre ) ses pantoufles,... ( et il ôta vivement ses bottes pour mettre ses pieds à l'aise dans les pantoufles de Maurice... ). Maintenant, laissez monter ces hommes, ma chère Odille, et ne me démentez pas... Contentez-vous seulement de pleurer et de dire que votre mafi est innocent.
— Ouvrez, dit une voix.
— Que désirez-vous? répondit M. d'Armentières, ens'avançant, dans son nouveau costume, sur le long balcon en galerie formant la façade du pavillon.
— Nous désirons parler au capitaine Babandy.
— Amis ou ennemis ? demanda M. d'Armentières.
— C'est un ami qui nous envoie pour lui indiquer un asile.
— C'est moi-même, messieurs; la porte est ouverte, montez sans bruit.
Odille était interdite ; deux hommes mon-
3oo M. DE l'Étincelle,
tèrent, tandis que deux autres se glissaient sous la galerie inférieure.
— Vous êtes le capitaine, dit l'un des agents en entrant dans la chambre où M. d'Armentières s'était assis sur le bord du lit. — Je vous arrête au nom du roi.
M. d'Armentières, avec le plus grand sang-froid, tire deux pistolets de sa ceinture , s'avance sur les deux agents , et leur crie :
— Vous avez cru, quand je vous ai dit de monter, messieurs, qu'un officier de hussards se laisserait prendre au piège comme un conscrit ; mais je vous attendais, et vous êtes morts !
Odille poussa un cri de terreur en entendant armer les deux pistolets; les deux agents reculèrent; mais l'un d'eux levant la main :
— Capitaine, prenez garde; vous êtes maître de notre vie sans doute, mais permettez-moi de vous faire observer que notre mort ne vous sauvera pas; nous sommes en nombre, et après nous avoir tués, ce qui aggravera votre fâcheuse position , vous
ou ARLES ET PARIS, 3o l
n'êtes pas sûr d'échapper à nos camarades ; quatre sont dans le jardin, quatre autres en dehors des murs.
— Huit hommes pour un seul! êtesvous Français ?
— Nous sommes Français et gendarmes, reprit l'agent, et si vous voulez écouter l'avis d'un troupier qui a une femme et quatre enfants, au heu de faire résistance , vous nous suivrez, et je vous donne ma parole d'ancien miHtaire que mon rapport ne vous chargera pas.
— M. d'Armentières se tourna vers Odille et désarma ses pistolets, qu'il remit au gendarme.
— Je ne vous demande que le temps d'embrasser ma femme et ma fille, que la mort violente de deux hommes tués sous leurs yeux ferait mourir de frayeur : il me convient d'être conduit de nuit à la Préfecture de police, messieurs ; car je n'aimerais pas que la foule vhit se rassembler sur notre passage... Adieu , Odille , ma bien-aimée ; adieu, Isabelle, ma hlle; et en parlant ainsi, il serra dans ses bras Odille accablée et
3el M. DE l'jétincelle.
étourdie de cette scène , Odille, à qui son rôle défendait toute résistance contre de si tendres adieux. Isabelle était dans son berceau, pleurant d'effroi à la vue de ces deux inconnus : M. d'Armentières l'embrassa paternellement.
Un des gendarmes ne put retenir ses larmes.
Après un redoublement de caresses d'époux et de père, M. d'Armentières dit enfin aux agents : — Je suis à vous , messieurs, partons.
La femme de chambre avait eu le temps de s'habiller et d'accourir, le jardinier et sa femme s'étaient aussi levés; tout ce monde vit le prisonnier sans trop distinguer ses traits.
CDAPITRE XXIV.
— Is it not strange?
That Angeloan adulleroui thief?
An hypocrite, a virgin-violatori Is it not strange and strange (i).
SHAEfirBAa, Measure for mea$ur».
L'arrestation faite cette nuit à Bellevue ne pouvait être un mystère dans les maisons voisines du pavillon du capitaine Babandy. Quand le jour fut venu, la curiosité amena plus d'une personne à la grille du jardin et à la porte de la basse-cour; mais on pense ^ien que madame Babandy resta invisible toute la journée : quant aux domestiques, ils
(i) N'est-ce pas étrange?... Quoi! cet Angelo est un voleur adultère, un séducteur de vierges. N'est-ce pas étrange, très étrange ? (Sbàksfsakb, Ruse contre ruse.)
3o4 M. DE l'étincelle,
se trouvaient bien embarrassés pour raconter avec beaucoup d'exactitude ce qu'ils n'avaient vu que très inexactement.
A Paris, où l'on recherchait et recueillait avidement tous les incidents relatifs à la conspiration découverte, on ne manqua pas de s'entretenir à la Bourse de la nouvelle capture, et les gazettes répétèrent chacune sa version du bruit de la journée : dans les unes on lisait, après un grand éloge de l'activité et de l'intelligence de la police, que le capitaine Babandy n'avait pu long-temps échapper aux agents de l'autorité. Dans les autres, le publiciste, après avoir annoncé le même fait sans commentaire , s'étendait beaucoup , dans un entre-filet, sur la violation du domicile des citoyens et sur les vexations auxquelles se livrait l'administration, sans respect pour les lois. Mais à la bourse de l'après-midi, on savait déjà que l'activité et l'intelligence delà police venaient de subir un échec, et les journaux du lendemain amusèrent leurs lecteurs parles articles suivants :
ou ARLES ET PARIS. 3o5
Voici la version laconique d'un journal ministériel :
« La nouvelle de l'arrestation du capi- » taine Babandy était prématurée. »
Voici la version ironique d'un journal libéral :
« La police estsujetteàd'étranges bévues;
» ce qui vient de lui arriver chez le capitaine
» Babandy devrait la dégoûter des arresta-
» tionsdenuit. L'agentchargéd'arrêterleca-
» pilaine a pris pour lui un de ses parents
» qui s'est prêté d'autant plus facilement à
» passer pour le prévenu, qu'on dit qu'il sert
» dans les gardes du corps, et qu'il n'y avait
» pas apparence qu'il pût long-temps être
» confondu avec un officier de l'ancienne
» armée. »
Les jours suivants la même nouvelle défraya les journaux arriérés et fournit aux autres un nouveau texte de réflexions.
Voici les détails plus précis qu'on lisait dans un journal ultra-royaliste qui se disait bien informé, et qui n'était pas fâché peutêtre de se consoler de la disgrâce de la police par un peu de chronique scandaleuse :