‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 24 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

' Punition du coupable qui a jcomtm quelque sfintiment dhonhexxr.

RoBERTitLE a quitté Paris , théâtre iiûxnçnse oii brillent tour à tour les talens et rineptie, l'élévation et la bassesse , rintri^nt^t^rbpiuiéte homme fécueU ÇQûtrc lequel viennent se briser l'orgueil , l'ambitiofi , la rapacité; gouffre qiM engloutit lesfortanés et les hommes , oii tout disparatt après avoir ébloui un moment; où on oublie tout , hors la niode et le plaisir ; oii la frivolité est l'idole qu'on encense constamment; oii les £exnme& ne paraissent dominer que pour être asservies aux usagés , aux convenances , et surtout à l'amour.

Roberville marchait ^ en faisant de

profondes

DB ROBERTIIiLE. ù^t

profondes et d'inutiles réflexions sur le passé. Où portera-t- il ses pas ? Où cherchera- t-il un asile? Un nom qu'il ose à peiâe prononcer, et qui toujous se présente le premier lorsqu'il est battu par l'infortune, tm nom qui rappelle la Vertu aimable, l'amour du devoir , la considération qui accompagna l'homme de bien , de l'Oseraîe enfin est le dieu tùtélaire que Rober- Tille invoquerait encore, s'il se croyait digne de l'approcher.

Désespérant de Fintéresser autre-

:ment que par le mensonge, il conçut

Je projet de le tromper, de cacher ses

tfautes , et de ne présenter qu'une vic-

-time du malheur , titre toujours sacré

auprès de son ami. Une copie de son

mémoire au roi rendrait ses inten^

lions respectables ; l'original de la lêt«

ite de M. de la Galissonnière atteste-

.rait Ifiur sincérité j et l'estime d'un tel

//. Il

avant 9 avait tm hôtel magnifia des meubles somptueux , un ëqui élégant, des flatteurs et des. valets trop heureux de rencontrer au p du jour un misérable cabaret o puisse se reposer. Ainsi le roî de racuse , soumis à son humble forti était maître d^école à CorintKe.

Roberville aura-t-îl cette force prit qui fait tout suppoii'ter, ce cou: tranquille et froid qui élève Thoi au-dessus des circonsjtanceé?L'hoi TÎcieux ne s'occupte que des joaisi ces qu'il a perdues j il ne vit que p les regretter; il n'agit que pour procurer de nouvelles/Son repos

BB robkrtilLb. a45

Roberville, dégradé, étudiait un discours bas , flatteur , mensonger , * qui pût surprendre de l'Oseraie, lors- = qu'un homme se présenta gaiment à - ' la porte du cabaret. Des souliers fer- ■ rés , des guêtres de cuir , une veste

> d'indienne ^ un habit percé au coude, ^ un chapeau d'où pendaient quelques ■• lambeaux, tristes restes d'un bprd -' d'argent, un mauvais violon sous le

i bras, et pardevant une trousse , faite sa^ d'un morceau de vieille tapisserie, et ^ remplie de chansons ; tel était l'exiéis rieur du nouveau compagnon que la :?J fortune offrait à Roberville.

té II entre. Il dépose son violon sur Kl une table, e4 «a personne sur une esca- ^ belle. Il tire du milieu de ses chansons

? le grignon de pain, le morceau de fro« ^ mage ; il demande chopine. Son front s^ serein annonce la paix du cœur, et un ^ sourire habituel marque son conten- ■■ tement.

lui faisait faire la grimace. La ca lière s'était pourlant empressée < servir ce qu'elle avait de mieu compagnon , au contraire , tro son pain et son fromage excelle:

savourait sa piquette, et s'il inter pait un moment son repas , c pour dire de ces gaillardises , ur grivoises peut:-être , mais qtii r vent l'absence du souci. Il a déjc il va payer et partir, ce Cambiei y> chopine,notre hôtesse?— ^Sixbl » camarade,— C'est donné , ma » car il est excellent. Je veux vot y) gialer aussi. Jîcoutez une cha y> nouvelle, qu'on chante par

De ROBERViLIiE. ^45

j> faime les chansons, je ne chante » même pas mal , à ce que dit nôt' y> bourgeois , et si Tair n^est pas diflly> cile....— Je vous l'apprendrai, notre » hôtesse. J'ai là mon violon, vous le y> suivrez. Je ne regarde pas à un quart » d'heure, quand il s'agit d'obliger » une brave femme cc^mme vous.^-^

'» Voyons, chantons, et jepayecho- » pine à mon tour. — ^Tope. »

Cette chanson , comme vous l'avez

-probablement prévu, était celle qui avait fini de donner l'éveil aux créanciers de Roberville. Il interrompit le chanteur au quatrième couplet, il paya^son écot, et il sortit en se disant: w Ma honte est publique } je îie peux » plus tromper personne. »

Il renonce au projet de surprendre de rOseraie ; non qu'il se repente de l'avoir formé , mais il juge l'exécution impossible. Il s'éloigne encore de Paris^ il marche au hasard; il s'a^ssied

dorée , ne dédaigne pas d'y pr ])lacc enfre une nourrice et un cin. Peu lui importait où le mé la brouette : le mouvement , h Tcrsation , pouvaient Parracher même , et c^est ce qu^il voulait.

Le capucin finissait de dire se viaire , et la nourrice de faire son enfant. Ces importantes ( tions terminées ^ on reconotndte ^ jaser. Le capucin apprit à ses a gnons de \oyage qu^il allait pi sur Saintr Vincent de Paule da couvent de Soeurs de la Charit le prédicateur , lorsqu^il avait lent , était fort bien traité , auoi

DE HOBERVILIiE. 247

procureur qui venait de saisir les meubles d'un coquin. « Ma bonne > dit le y> capucin en nazillant^ les apparen- )) ces sont souvent trompeuses , et la » charité chrétienne défend d'y croire; y> elle ordonne même de pardonner y> au coupable. — Oh! révérend père!

» il n'est pas question ici d'appareny> ces, et ce Roberville est un fripon, » comme vous êtes un saint homme, y^ Elle commence l'histoire dès son origine j elle n'oubhe aucune circonstance , elle en ajoute, selon l'usage^ Lorsqu'elle s^arrête pour cracher, le capucin prend la piarole , et dit bénignement : ce Dieu amolisse l'ame du )) pécheur , et lui fasse la grâce de s'a^ D mender !» La nourrice reprenait , après la pieuse exclamation ; et elle n'était pas à la moite dé son récit ^ que Roberville se plaignît d'une cOtlîque qu'il n'avait pas, et se fit desceadre sur le grand chemin.

de chansons lui a appris qu^il es le chemin d'Etampes, et il aime tant aller à Etampes qu^ailleurs.

Une maison simple, mais agré se présente à lui. Une cour plant< tilleuls^ tapissée d'espaliers, doi vert gazon est coupé par de p< allées sablées , s'étend jusqu'j grande route. Une grille, dont couleur légère couvre le fer, toui triste et menaçant, fait ]a sûrel propriétaire , et permet à Toeil di garer dans la plaine.

Roberville s'arrête devant grille. Une jeune femme est assis le gazon. Elle. encourage, elle £

DE KOBERVILLE^ 249

bras. Roberville ne voit pas son visage^ mais il est frappé des grâces de son maintien, et de ses moindres mouvemens. Là douce anxiété, la tendresse attentive , portent en avant , en arrière , deux bras arrondis , sur lesquels Fenfant chéri retrouve l'équilibre, ou cherche un appui. c< Ah! di- » sait tout bas Roberville ^ qu'il est » heureux le père de cet enfant ! il « jouit de ses caresses; il trouve en » lui un. lien nouveau, qui l'unit dou- » blement à sa femme. La jeune » épouse trouve dans le plus sailit des » devoirs le plus doux des plaisirs :

}> aime*t-on ainsi son enfant sans en y> chérir le père ? Oh ! cette jeune y> femme ne connaît, j'en suis sûr, » ni mousquetaire-, ni duc , ni direc- » teur général des vivres, ni roi, ni y> maréchal de France , ni petit abbé.

» Elle compte pour rien les jouissances 'y> du luxe : et qiie sont-elles en effet?

l5o HONSI£UR

1» L'ostentation est elle un sentiment?

» Ne cesse- t-on pas au contraire de » sentir à mesure qu'on s'éloigne de )) la nature? Si \e m'étais marié , com- » me Fépoux de cette jeuae femme, y content dans mon intérieur^ veric sant le bonheur autour de moi ^ je » serais heureux de la félicite des )» miens 9 j^aurais conservé ma for- X tune f )e ne serais pas ^gitif ^ errant; i> déshonoré. J>

Pendant qu'il fait ces réflexions^ et bien d'autrese peut- être ^l'enfant^ dans la vivacité de ses |eux, porte les yeax sur lui 'et s'arrête. La jeune mère se tourne; Roberville croit la reconnaitrç ; il est déjà reconnu. Un cri léger s'échappe <Je la bouchç la plus fraîche et la plus pure j elle . prend son ^n&nt sur l'un de ses bras ; elle court à la grille , elle l'ouvre ; elle passe au cou du malheureux le bras qu'elle a réseryé à l'amiiié. « C'est vous , mon

DB koéfellVILLE. 25i

^ frère, qui ih'aVèz û long teinps ou-

y>. bliée ?— é'^^st vo^s; Félicité, que

w \è retrdùV^ie'liéur^ùse, <jui êtes si

i> digne de Têtre ! Ali î j^oublie auprès

^ y> (ié vous toulefs mes inft)'rtunes.— •

16 VôJas êtes infortuné* î'Êiitr'ez^ verië^^,

^ Vepôsçz-rotis ici. On nou^ âvftît dit

S> cèpe^idàût que Vous étièfi^ riche;

^ y> qùé ih^ sdéur Vivait dans rQj)alence,

y> et à Paris; ç'èfet là çei qu*on a}ipellè

S) 'le bonheur. A$key ez - vous , mon

» cï^>Wr R.ôbçrVifi^.^Piuà^

7> vilte y Oubliez èehbm-là. Je P^î'prft

i) ^ôut' mp déi-obet aui *aiUerïe&

S) qti'accunittlaieht suïr moi mes pré^

5> tentions au' fauteuil académique , ek

>) leurs résultats pîquans.. Je reprend^

» mon premier nom, pour cachet la

»' victime de Baàmçurs que je mè suis

^) Saitiïé^: et de l'îlumîliattion ôtii eA

^ est fet Suite. » ^

' • tïnç petite t$blé"ést 4éjà placée de^

tant lui. Ëfié isst coUtei^e d'uiiiûg*

a5a '^ HOM8I£UE

blanc comme la neige. Le vin es^ versé , les morceaux sont coupés par la main hospitalière. iLa douce voix invite^ presse Roberville. Il est préoc* cupé , il entend mal ^ il mange peu. On con6e pour un mpment Penfant chéri à une servant^ intellig.ç^nte^ et dpucQ. On, se met à table, avçc ï^.oI>ertj des mots caressans le ramènent à lui, et rexemple provoque l'appétit*

,^La bonne^ Taimante Félicité est un jpeu curieuse. On rost plus au;iriUag,e qu'ailleurs ^ et ss^puriosité était aiguiU ionuée par l'intérêt . qu^^elle ^ pprtait à son beau-frère., Robert eût voulu lui cacher ce que sojp. amour-propre craignait tant d'avouer. Mais la maudite chanson arriverait là comme ailleurs»

XI faudrait la discuter couplet par coujplet;^ justifier certaine circjonstauc^^ et pallier telle autre : ce serâi:t. a ne pa^ finir. Un- récit ifranc et court prévenait toute expliçatiQi) po^t^çf ii^u^> [Robert

DE KOBËRTILLE. o5^

céda aux instances de sa belle-sœur.

Il contait avec adresse ; il glissait sur un fait , il se bornait à en indiquer un autre ; il cherchait enfin à concilier ce malheureux amour-propre avec

-la Terité. Rien n'échappait à la jeune femme. Elle pénétrait; elle entendait tout. Elle ne se permit pas une observation y elle ne proféra pas une p£brole ; mais souvent profondément af-

>fectée y elle levait les yeux au ciel, et

. semblait lui dire avec reconnaissance: Je vous remercie de m'avoir préservée de tant d'écueils.

Il était naturel que Robert désirât

: entendre l'histoire du mariage de Fé>licité. Elle fut courte , parce que les

.gens sages et heureux n'ont presque rie^i là dire. La journée qui va cpm-

Tuencer ressemblera à celle qui vient

.de s'écouler. Leur vie est un long calme.

a Yows^ vous rappelez ; mon frère^

> l^ÎBslant où foi quitté Paris. Pie&- » trée avec mon père et ma mère dans » nos foyer& de Rancy ^ je partageais 7è mon temps entre les travanx domes- » tiques et les arts dont f avais acquis i> quelque habitude^ en suivant les le- » çons de ma soeur. Ma m^e ne paj^ raissait disposée à faii^ en mafa-

.)» venr aucun sacviiîce ; et au village » comme à. Paris, les hommes sont >i côlôulatetu*s. Je' prévis que j^étais » destituée à vivre seule ^ et j« songeai à :» m^assurer des ressources. Je me per* y fectionnai dans lès talens que ^nV

> vais pour ainsi dire qu'^effleur^, et » )e voulus former par la lecture mon » esprit et mon cœur. Les premiers )> livres qui me tombèrent sous h » main , m'amusèreiit beaucoup; mais » quand je voulus me rendre compte I) de mes lectures y je trouvai* que j'a- » vais employé mon temps , à peu »^^iès comme mon'père ^ c^i lit fous

DE ROBBRVILLE. 255

»Te3 jours un journal. Je consultai » noire curé sur le choix de mes livres. K II m'en donna dont il faisait un cas » particuh'er, et je m'aperçus qu'il )i n'y avait de différence de ces' voit lûmes aux a^uires , que par Tennùi y> que m'inspiraient les derniers» J'é* y> tais fort embarrassée> lorsque M. Md* y> reau nous rendit sa première visite. M M. Moreau est un homme de » vingt-cinq ans, d'une figure ouverte, » d'une taille bien prise, d'un sens » droit et d'une gaké inalléra ble. Il »lQLeritait, d'une tante, deux cents y> arpens de lerre, dont il venait pren- ^ dre possession à Rancy , et un ami y> commun l'avait recommandé à mon » père. Chasseur déterminé, il avait » pris son fusil pour charmer l'ennui 7> du chemin. Un lièvre et quelques y> perdreaux, qui garnissaient sa cary> nassière, déterminèrent ma mère à >) l'engager à dîner. Mon père ajouta

a56 MONsiErK.

» à cette offre celle d'un lit. M. Mo- ^ reau accepta franchement^ et me » regarda faire les apprêts du repas » a^ec quelque intérêt* Ma mère est » grondeuse ) et je suis docile; elle )i trouvait mal ce que je faisais; je » tâchais de mieux faire ^ et je ne réy> pondaispas. Yoilà^ dit M.Moreau^la y> meilleure façon de répondre. C'est y> le premier mot qu'il m'ait adressé.)) » Ma mè^e me chargea de faire les » honneurs du dîner, et M. Moreau y> me dit : La grâce et la cordialité font » le charme d'un repas, et celui-ci me /» parait excellent. Je ne répondis rien » à M. Moreau, tt je crois que je » rougis.

« Après le dîner , je m'occupai des y> soins du ménage , et je perdis souy> vent de vue M. Moreau^ mais il me y> sembla que ses yeux me cherchaient » et qu'il me revoyait avec plaisir.

*> Lorsque j eus rétabli l'ordre par-

DÉ ROBERVILLE. 267

» tout, je rentrai, et je trouvai au y> milieu de la salle un pupitre dressé » et ma harpe. Ma mère m'ordonna » de commencer, et j'obéis. Lorsque 7> j'eus fini le morceau , M. Moreau » me dit : Vous avez deux talens, ce » lui de bien exécuter et de ne pas fa- » liguer d'avance vos convives en ins- » tances multipliées, et par ces répon- » ses évasives qu'on prendrait pour de » la modestie, si on ne démêlait le sot » orgueil qui les dicte. Je fus bien aise » que -M. Moreau eût du discerne- » ment.

» Je rangeai mon pupitre et ma y> harpe. Je pris mon ouvrage et je ne y> parlai plus. Quand on ne dit rien ,^ » on observe, et je m'aperçus que » M. Moreau était rêveur. Je ne savais » trop à quoi attribuer sa rêverie j >i mais je rêvai aussi.

y> Ma mère s'en aperçut, toussa, et y> îfe repris mon aiguille*

» Je sortis^ un panier au bras, tX y^ j'allai cueillir des fruits pour le sou-

> per. Je chantais^ en les cueillaot, D la romance que j'avais accompa*

> gnée de ma harpe ^ non qu'elle me y> plût davantage qu'une autre, miî » parce qu'elle avait fait plaisir à » M. Moreau.

y> M. Moreau était derrière moi. A » la fin du dernier couplet^ il me dit; » Vous chantez mieux ici que dans k » sale j pourquoi cela ? — C'est parce » que je me croyais seule. — On n'est 30 jamais seule quand on a un cœur.

3t> Voilà le premier et le seul OiOt de

> M. Moreau auquel fe n'^ie pasré- » pondu.

j II engagea la conversation et me » parla d'abord d'éconoroie rurale.

» Je répondis en persone instruite. S )) me parla ensuite de moi ^ et je ne }) répondis plus que oui eu non.

)) Ce genre de conversation me pa-

DE ROBERVIIiLE. 269

» rut pénible, et }e le priai de m'indi- » quer quelques bons ouvrages. Toute » lecture oiseuse, me dit-il, offre plus y^ ou moins de danger. Les autres vous ï) sont inutiles, parce que vous savez 7> ce qu'une femme honnête doit say> voir. Ne lisez plus. Je ne lirai plus , » répondis-je.

y> Voyez, reprit-il, ce jeune arbre.

y> Il est plein de sève et de vigueur. Ses >» rameaux souples et verdoyans s'é- » tendent de tous côtes. Qu'on le taille, » qu'on le régularise, on lui ôtera son » énergie et sa grâce. J'avais promis » de ne plus lire^ ré Unc à l'espèce » d'empire que M. Moreau prenait y> sur moi. La comparaison du jeune » arbre me persuada qu/il avait, rai- » son.

y> Il cueillit une pêche, l'ouvrit et y) m'en présenta la mo?lîé. Elle me pa- )) rut meilleure, peut-être parce quô » je la partageais avec lui.

36o MONSIEUR

» Nous soupâmes. Chacun se retira j> dans sa chambre j et je m'aperçus, 7> pour la première fois, que j'étais 7> seule dans la mienne.

» Je ne dormis pas et je me levai » plus fraîche que la veille. Je descen- » dis au jardin. J'y trouvai M- Mo- 7> reau. Il me demanda si j'avais bien )) reposé. Pour la première fois je y> mentis à M. Moreau, et ce fut la » dernière.

» La politesse voulait que je luî )) demandasse à mon tour comment il » avait passé la nuit. Il me répondit » qu'il n'avait pa$ dormi : je n'osai lui y> en demander la cause.

» M. Moreau me dit qu'il était gary> çon. Je rougis, et ce fût, je crois » de plaisir. Il ajouta qu'il avait à » Chàtenai une jolie habitation , et un y> d^omaine assez considérable qu'il » faisait valoir; et cela ne me fît ni » plaisir , ni peine. Il m'avoua qu'il .

DE ROBERVILIiE. 261

» s'ennuyait d'être seul , et son ennui » me parut naturel. Il^m'assura qu'une » femme telle que moi ferait le bon- » heur de sa vie : je pensai qu'il fey> rait aussi lé mien. Il sollicita mon » aveu pour me demander à mes pa-u > rens. Je ne répondis rien. Mais ma » main était dans la sienne, et pro- )> bablement jq la lui serrai , je ne sais y> comment , car je vis la joie briller y> sur son visage; et il me quitta aussi* » iôt..

» Une fille qui sait qu'on la de*- )) mande^ est toujours embarrassée. Je y> fus cacher mon embarras sous une y> treille. Personne ne me voyait , et ^ je me sentais rouge comme une ce-^ » rise.

» Je rentrai en tremblant, et ma )) mère me dit : Mademoiselle , em- )> brassez votre époux! Je ne la fis pas » répéter,

» De ce jour; M* Moreau nenous

û6) MONSistm

D quitta presque plus , et je sentis biesr^ >> tôt que ce n'était pas le désir de Tin- » dépendance qui me déterminait à » me marier,

» Pendant les quinze jour qui s'é- > coulèrent , M. Moreau m'inspira y> autant de respect que d'amour, » et je ne conseillerai jamais à une » jeune personne d'épouset un homme j> qu'elle ne respecte pas.

» Le notaire du village vint nous » lire le <;ontrat. On ne me donnait j) que deux mille écus. J'eus la fai- » blesse d'en paraître humiliée. M.

» Moreau me dit à l'oreille : Qu'ira- }» porte qu'un diamant soit monté sur » un peu plus ou un peu moins d'or?

^> Je souris à M. Moreau.

y> On nous maria le lendemain. Le % célébrant me demanda si je prenais w M. Moreau pour .mon époux. — » Pour mon époux , pour mon ami , » pour mon protecteur. -^ Promettez-

6b roèervilt.e, a63

» TOâi obéissance? — Aimer, n'est-ce 7> pas tout promettre ? M. Moreau me 7> sourit à son tour.

y> On fit une noce, il y eut une fête : >) je ne vis que M. Moreau.

» Il m^. conduisit ici. Voilà votre y> demeure, me dit-il. Vous y .sere2 y) libre, pai^faitement libre : l'époUse » sage n'obéit qu'à elle-même en remy) plissant ses devoirs.

y> Depuis que je le connaissais, son y> maintien , ses manières , son ton , » avaient toujours eu quelque cbose » d'auguste et d'imposant. Il avait j) voulu , me dit-il , me connaître et » me juger. Sur de moi , il allait revey> nir.à son caractère : il y revint, et » n'en fut que plus aimable.

y> La paix, la gaité, l'abondance y> et l'amour habitent cette maison.

» Tous nos jours se ressemblent^ y> parce que tous nos jours sont heur j^ reux*

«64 MONIEUR DE KOBERTIIXH.

» Je ne croyais pas que notre com- 7> mun bonheur pût s'accroître en- » core. M. Moreau me dit y en rece- ^) \ant sa petite Gécile^que je lui de » Tenais plus chère. Moi^ je sens que 9 la tenir de son amour ^ c'est être y> deux fois mère.

» Vous savez . tout , m.on frère.

» L'histoire de celte première année D est aussi celle de la sejconde y et je >) crois pouvoir me flatter que ce sera » celle de toute notre vie. »

Fin du Tome seconde

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