‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 6 sur 24 · DE R0BK11TIX.LE · texte numérisé non relu

DE R0BK11TIX.LE

M"^. Thomasseau suivit son exemple. «C'est un enfant à former, dit* »elle. -<- Je m'en charge. Madame.

)}Mais^ de quoi donc riez -vous? — ^)Charmante ingénuité I Précieuse ^ignorance qu'il me sera si doux dé ))dissiper ! »

On convient de l'heure et du pré* texte que prendrait M. de Vercourt; des moyens qu'on emploierait si le mari était un homme sans usage , sans savoir-vivre; et le mousquetaire fit monter ces dames dans le* carrosse de certaine comtesse qui était à sa disposition. Contenu par IdL présence de M*^^ Thomasseau , qu'il prenait pour une demî*vertu, et à qui il faisait trop d'honneur , il se borna à ces protestations qui man* qucnt rarement leur effet, qui sont sincères la veille , et auxquelles une femme qui a de l'expérience ne croit

plus I^e leudemaiiif U les déposa sur

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la place de SaiutrMichel, pour îeuf donner le teras d'arranger la fable qu'eilej» débiteraient en rentrant , el il courut attendre le moment heU' reux dans les bras de sa comtesse.

Roberville fut aussi indigné que surpris de l'évasion de sa femme. Il concevait qu'on peut, à son âge, ne pas obéir rigonreusomciU, et chercher à couvrir la désobéissance de quelque prétexte spécieux; m.aiS| braver ouvertement un époux, mépriser sa colère et les convenances , jusqu'à lui faire dire par ses gens qu'elle est allée à l'Opéra, est un excès d'audace qu'il ne devait pas attendre d'une femme de dix- sept ans : c'est ce qu'il ne peut pas souffrir, c'est ce qu'il doit réprimer.

Quels moyens emploiera- 1- il ?

Dix plans divers se succèdent^ et tous à l'éxecution lui présentent des înconvéniens .qu'il n'a pas prévus d'abord , parce qu'il est toujours en-

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traîné , par son imagination » audelà de ce qui est raisonnable. Con- $ultera-t-il Félicite ? En fera-t-il l'ennemie de sa sœur? peut-il même le désirer ? Sa meilleure , son unique amie ne se dégraderait-elle pas à ses yeux, en nourrissant en lui un éloignementqui, chaque jour, devenait plus prononcé? A-t-elle d'ailleurs lexpérience qui , seule , peut conseiller sagement dans une conjonc** ture aussi délicate?

Indécis, incertain, mais toujours furieux , Roberville court chez M. de rOseraie, chez cet homme à qui il doit tant , qu'il a trouvé sensible à ses peines , indulgent pour ses erreurs, et dont il a si mal reconnu le tendre attachement. La longueur de la route , la fraîcheur de l'air, lui avaient calmé la tête ; et , en entrant chez son ami, il ne sentait plus que ses torts envers cet éti*e estimable»

Il s'attendait à être froidement reçu; il le méritait; il en convenait luimême. «Quel fut son étônnement , lorsque de l'Oseraie prit , a son aspect, un air riant, et lui serra la main !

u Tu me délaisse dans la prospé- »rité : tu as donc quelque nouyelle » disgrâce à me confier? J'aime que » tu reviennes à moi dans le malheur.

»Cela prouve ta confiance et une j» affection que tu oublies trop sou- »vent, mais que rien ne peut étein* j»dre. Voyous, mon ami| que puisja >pour toi ?

Roberville , rassuré , raconta tout ce qui s'était passé depuis son m9« riage jusqu'à ce moment. Rendu ^ par la bienveillance de son ami et par la chaleur dû débit , à son premier ressentiment, il peignit les torts de sa femme en traits de feu. De

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rOseraie sourit et lui dit : «N'atta- »€hons pas à une première impru- ))dence , une importance que pro- »bablement elle ne mérite pas. Ta » femme a fait une fausse démarche; ))mais il me semble que tu en es jil'unique cause, — Moi , mon ami , »moi ! — Ecoute, Roberville. Tu as » commencé par vouloir faire de ton » amour et de celui de ta femme , »roccupàtion de tous les jours et de » tous les moyens. Tu t'es bâté d'user ))un sentiment qui n^est pas éternel, ))qui ne se reproduit jamais ; tu » l'avais éprouvé dix fois : voilà une » première faute.

»Ton ^mour-propre se révolte , ^s^iudigne pour une misérable chan« »son, qui eût été oubliée le lende- ))main. Tu te mets en état de guerre »avec tout un village; tu es forcé >» d'enlever ta femme des lieux oii ))elle vivait. dans la médiocrité, au 9 milieu de gens simples comme elle,

))quî ne pouvaient ni la corrompre , ))ni même allérer la pureté de ses ;» goûts. Tu la conduis à Paris; tu » ouvre ta maison k des gens que tu »ne connais pas, et qui peuvent être «dangereux. — Je ne reçois, h peu «d'exceptions près, que des femmes.

» — Tant pis. Ce genrie de liaison »est d'autant plus dangereux qu'il est j)plus libre; et de touji les corrup- })teurs, 1<^ plus insinuant, le plus »perfide est une femme corrompue.

«Revenons.

«Tu prends un état que ta for- «tune ne te permet pas de soutenir.

«Tu fais contracter à Rose l'habi- »tude du luxe et des plaisirs dispen- «dieux , et lor^squc ta raison te fait «sentir la nécessité d'une réforme, «tu crois qu'il suffira d'un mot pour «jr ployer une jeune femme sans «jugement et sans expérience! Elle «résiste, tu devais t'y attendre ; et «au lieu de voir, dans sa résistance,

»E BOBKRVIJLLE. «7.1

nTefict certain de son défaut de ^lumières, au lieu de r9n>ener in- )) sensiblement à tes idées par la »douceur,"par des raisonnemens, tu ))deviens exigeant , impérieux. Tu jiprouonce Je moi , je le veux j mol }ique des circonstances majeures lé< Dgitiment quelquefois, mais qui est })toujour5 le signal de la discorde, jiet qui ne laisse' d'autre parti que «celui de la sévérité* Que de fautes »à-la-fois !

» Ta femme s'aigrit anlieu de cé- »der. Elle désobéit ouvertement., et welle veut quç tu le saches. Quelle* »sont maintenant tes ressources avec »un être qui n'en a aucune dans ;»respril,'-el qui a cessé d'aimer? Ne à)t'abusc pas là-dessus-, mon ami!

»Eût-iI survécu quelque chose de ce ))premier amour à l'abus que vdus »eh avez fait, celte faible lueur a dû »»3'él(?indre par ce mot redoutable.

7a MOKSiEUH

» C'est un malheur de le prononce ^ »quand on y est contraint; c'en c^* »un plus grand d'être forcé de 1^ Dsoutenir; mais le dernier de tou^ i^est de voir mépriser une autorité »» légitime , sans laquelle il n'existe M pas d'ordre dans une maison.

)) Je le le répète , j'attache peu «d'importance à la démarche qu'a » hasardée ta femme. Mais tu t'es mis )) toi-même dans une position qi;ii ne » le permet plus de reculer. Repré- » sente-lui d'abord qu'elle a manqué ))à son devoir. Déclare-lui , avec fer- ))meté , qu'à la première désobéis^ i)sance , tu la mettrais dans un cou- Dvenl. Elle parait altière; elle déso- )fbéira encore , je le crains. Alors 5 »il n'y aura plus à balancer. Effectue })ta menace. Conduis -là dans une » maison décente; fournit abondam- »ment au nécessaire^ mais imprime ji d'abord la terreur. Elle passera de

l'indifférence

DE RaBEKViLLE. ^3

i) rindifierencc à la haine. Mais les » remonlraiiccs d'une supérieure ^ )) éclairée , ses proprés réflexions la » ramèneront insensiblement à loiet « à ce qu elle se doit à elle-même.

» Elle verra dans sou époux un ami )) vrai envers qui elle a eu des torts » réels : elle aura appris à craindre , » à respectertpu autorité, et elle te » saura gré de ta clémence , quand » le moment d'en user seravenu.

» Tels sont, mon ami , les tristes )) et uniques conseils que je puisse » te donner; tel est le parti que )) j'eusse pris moi - mênie, si le sort » meut mis à une s^mblablecpreuve.

* — Oh! toi, tues heureux en tout.

» — J'ai fait, ce qu'U fallait pour )) l'être. Quand j'ai pensé au mariage, » J'ai comparé Tamour à un mé- » léore éblouissant, uiaÎF» passager.

» J'ai senli qu'une vive amitié , des » soins , des prévenances, des égards

74 THONStEUR

» mutuels, rendeiit seuls consiara* » naenl heureux, et j'ai eu le bon- )> heur de reocoulrer une femme pé^ - » nélrée comme moi de ces vérités.

» Va^ moh ami» \& le plains au*- A taat que je t^aime; mais sois n homme I et déploies-en le carac- >x lère^ » -

En guiltam M, de VercQurt , tna»dame Thomasseau avait fait lalecon à sa compagne. <( Il faut., lui avait- » elle dit, mener son mari ou en )> être esclave, et dans Fahernative, » il n'y a pas à balancer. Vous veh nez de débuter comme un ange:

)) sachez maintenant persévérer. Il )) vous en coûtera , à la vérité , qnel- )) ques elîorts , vous aurez quelques i> combats a soujtenir pour subjii^ * guer un homme qui annonce de )) l'énergie^ maisFerapire est le prix >) d;u çoui'age jet vous le perdez sans- )) iMDtonr^si vous cédez une fois. Dé- }) cî'arcz d^m ton ais-é et ferme cfu^

DE ROBERYILIiE. 75

» yoQS n'entendez pas vous contrain- » drc > et que vous avez été à FOpéra, » parce que tel était votre bonplai- » sir. Si M. de Roberville s'empot*te»

» opposez une dignité Calme à Fo^

» rage , et retirez-vous dans votre ap- «partement.

0 K'allez pas lui parler dn char<> * « niant mousquetaire: au moindre n soupçon d'une intrigue galante > il » ameuterait contre vous tous les 7) maris ; ces animaux-U ont tous le » ridicule de ne vouloir pas être )> trompés. Il entraînerait encore.

» dans son parti les dévoles, les )i prrdcs, les bégueules,; et une » femme qui n'a plus pour elle que » ses amans , eàt à peu près seule :

» car ce n'est plus Tamour de l'indî- » vidtt qui les guide, c'est celui du M phisir, et cet amour-là n'estqu'un # goût passager. Bonsoir , ma pcji lile. Fermeté, ajdressé et discré-

^6 MONSIEDII

> lion : avec cela une femme arrive ji à tout. » ^

Roberville el Pi ose se conformèrent exactement aux conseils qu'ils avaient reçus. Le mari exigea tout ;.

réponse ne voulut rien accorder.

Ils sç séparèrent aussi indifféréns . l'un pour l'autre que s'ils eussent en quinze ans de mariage, et aussi animés, aussi aigi*is que deux Normands qui se menacent mutuellement d'une assignation*

Il est bien extraordinaire, pensait Roberville , que mafemmene trouve des idées ^ qu'elle ne s'exprime facilement que pour-me contredire. Vous, verrez qu'elle deviendra aimable pour tout lé monde, excepté moi.

Celle remarque de Roberville pourrail êtrcfailc par bien des maris, qui

n'y pensent pas. Concluons-en que tout est pour le mieux, et ajouioi^js

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