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CHAPITRE XXVI

RETOUR D'àDOLPHE. — LE JOLI MÉNÂ6K

Nous avons laissé Adolphe pleurant son père, dont la mort lui enlève le seul ami qu'il avait au monde, le seul être près duquel i) pouvait trouver des consolations, de sages avis, et connaître les doux épanchements de l'amitié, sentiment si beau, et que l'on rencontre si peu chez les hommes I Que d# gens vivent et meurent sans avoir eu un ai^l... L'amitié est aussi rare que l'amour est commun.

Mais un bon père est le premier ami que nous donne la nature ; quels regrets ne doit-on pas éprouver en le perdant, surtout lorsqu'une douce infimitô en a fait le coniident dt nos peines et de nos plaisirs :

On remplace un ami, son épouse, une amante. Mais un vertueux père est un hien précieux Qu'on ne tient qu'une fois de la bonté des dieux!

Heureux encore d'avoir pu adoucir les derniers moments de l'auteur de ses jours, et lier d'avoir été soa gardien, son appui, d'avoir jusqu'au terme fatal, rempli les devoiré d'un bon fils, Adolphe sent bientôt une douce mélancolie remplacer la douleur amère qui l'accablait; il n'oublie pas son père, il y pense souvent, mais ce souvenir a pour lui des charmes, car il peut se dire : « Jamais mon père n'a eu à se plaindre de son fils. » Il emploie quelques jours à se défaire du modeste mobilier de M. Dalmont. Ayant réalisé son petit héritage, il va saluer la tombe de son père, et reprend le chemin de Paris.

Il y a un peu plus de aeux mois qu'il est parti, et il est loin de se douter de tout ce qui s'est passé pendant son absence. Le silence de Jeanneton le surprend ; mais il présume que les choses étant encore telles qu'il les a laissées à son départ, la bonne n'a pas cru devoir lui écrire.

Cependant, en approchant de Paris, il est moins tranquille; de nouvelles craintes agitent son cœur. Pourra-t-il revoir son Eugénie ? est-elle toujours renfermée aussi sévèrement ? trouvera-t-il le moyen de parvenir jusqu'à elle?... Telles sont les questions qu'il s'adresse ; et plus son inquiétude augmente, plus il presse sa marche pour arriver à Paris. Il est enfin dans la capitale ; son premier soin est de se diriger vers la demeure de son Eugénie, sans savoir encore s'il lui sera possible de l'apercevoir, d'apprendre quelque chose ; il sait qu'il verra la maison qu'elle habite ; et, pour un amant, c'est déjà beaucoup.

Adolphe entre dans la rue Saint-Martin. Comme son cœur bat en approchant de la boutique de passementerie!... C'est là... il va la voir peut-être... Depuis deux mois on a dû lui rendre la liberté... il regarde à travers les carreaux... il ne la ▼oit pas... il repasse encore... il s'arrête plus longtemps... il n'aperçoit que fiidois et madame Moutonnet assis dans les comptoirs.

« Eh quoi I se dit Adolphe, toujours la même sévérité !... Pauyre Eugénie, et c'est moi qui suis cause 1... Si je pouyais

rencontrer Jeanne ton f li faut attendre la nuit î foujouii attendre !... Et ce soir, serai-je plus heureux?... Il me semijle qu'il j a un siècle que je ne l'ai vue, et je suis bien sûr qu'elle éprouve cela comme moi !... Allons questionner ma portière, et savoir si elle a remis la lettre à Jeanneton, ensuite j'irai me chercher une chambre quelque parti... car je ne veux plus loger dans celle... Non, non, je ne veux plus ^ voisinage de mademoiselle Zélie !... Les hommes sont si j^ibles !... si!... mais je saurai ne plus l'être 1... je dois être fidèle à mon Eugénie !... »

Avant de s'éloigner, Adolphe veut encore passer une fois devant la boutique et y jeter un dernier regard. Bidois, qui a reconnu le jeune homme regardant au travers des carreaux, quitte sa plume et son grattoir, et vient, d'un air goguenard, se placer sur le seuil de la porte, où, sans oser regarder Adolphe, il tâche, en se pinçant les lèvres et en prenant une prise de tabac, de donner à *a ohysionomie une expression maligne et moqueuse.

Les grimaces de Bidois attirent l'attention d'Adolphe ; il brûle de le questionner, mais il n'ose... et, après avoir cherché un moment à lire dans les yeux du vieux commis, il s'éloigne rapidement, tandis que Bidois retourne à ses calculs, enchanté de ce qu'il vient de faire.

Adoljihe court chez la portière qui s'est chargée de sa lettre pour Jeanneton. Elle fait un cri en apercevant le jeune homme. « Comment! vous v'ià, monsieur?... Ah! vous avez été bien longtemps absent!... — Je ne pouvais quitter mon père, madame Remy... et il est mort da.ns mes bras... — Pauvre cher homme !... Et do quoi est-il mort?... — Ah I je vous conterai cela plus tard, madame Remy ; mais de grâce veuillez me dire si vous avez remis à Jeanneton ce billet... — Vot' lettre? oui, monsieur; oh ! j' lui. ai donnée à elle-même le soir de vot' départ. — Ah! je vous remercie ; me voilà plus tranqcL.llo !... Ft quelles nouvelles dans ce quartier, madame Remy? chez .M. Moutounet ?... — Quelles nouvelles? Ah ! ma foi, depuis, six semaines il n'y a rien eu de nouveau 1 — Depuis six semaines! est-ce qu'à celte époque '} s'est passé quelque chose d'extraordinaire? — Mais, le mariage do maralelle Eugénie, vl'à tout!... —Le mariage d'Eugénis ?.,. —

«-•Oui., le mariage... Mais qu*ave2-vou9 donc, monsieur? Comme ?ous pâlissez !... —Non, non, ce n'est rien... mais vous vous trompez, sans doute, madame Reoiy, ce ne peutêtre d'Eugénie... de la fille de M. Moutonnet 4ue >oa8 voulez parler?... — Mais si, monsieur, mademoiselle Euj^nie Moutonnet. Pardi 1 je la connais ben ! le mariage s'est fait à Saint- Nicolas... Asseyez-vous donc, Monsieur, comme vous tremblez !... vous allez vous trouver mal, c'est sûr... buvez un peu de viq... — Non... non, madame... ce n'est rien... je me sens mieux... cela va se passer. — Pauvre jeune homme ! ça me fait peur de le voir comme çal... C'est un étourdissement... la fatigue peut-être... ces jeunes gens vont si vite... on a chaud, et puis... — Oui, madame... c'est un étourdissement... mais cela se dissipe... Et quelle est la personne qui a épousé mademoiselle Eugénie? — M. Dupont, épicier rue aux Ours... Un gros court, l'air un peu bête... vous devez l'avoir vu... — Oui, oui, je le connais... Ils sont mariés... depuis six semaines, dites-vous? — Oui, monsieur; oh! c'est une noce qui a fait assez de bruit; on avait rais des bouquets aux têtes et aux queues des chevaux : vous entendez ben que tout le monde voulait voir çal... Et puis le marié, M. Dupont, avait une ligure si drôle... — Je vous remercie, madame Remy, je n'en veux pas savoir davantage... — Vous vous en allez, monsieur?... et vot' paquet?... — Gardez le encore, si cela ne vous gêne pas... — Oh ! du tout, monsieur ; et vous ne voulez rien faire dire à mamzelle Jeanneton? Elle est maintenant en service chez madame Dupont; elle n'a pas quitté sa jeune maîtresse. — Chez madame Dupont?... — Oui, monsieur, chez l'épicière. — Chez... Adieu, madame Remy. — Vous ne voulez pas que je lui dise rien ? Je la vois rarement ; mais, pour vous obliger, je... — Non, non, je n'ai plus rien à lui dire ; je vous remercié. »

Adolphe sort de chez la portière, et s'éloigne de la rua Saint-Martin, sans passer cette fois devant la boutique ds madame Moutonnet. Il marche précipitamment, et sans avoir de but, jans savoir où il va; il ne cherche maintenant qu'à 3'él{Mj;ner de la demeure d'Eugénie, il la fuit avec autant d'empressement qu'il en mettait à s'en rapprocher quelques heures auparavant;.

24« il* DUPONT

La nui est Tenue, Adolphe marche toujours, une seule pensée 'occupe : Elle est mariée l... A chaque minute il se redit ces mots, et il a peine encore à se persuader qu'une erreur ne l'abuse point, que ses oreilles ne l'ont point trompé. Cependant les détails que lui a donnés la portière ne peuvent lui laisser aucun doute ; et, d'ailleurs, cette union n'était-elle cas projetée, ne devait-elle pas se faire?... Comment espé- *ait-il l'empêcher! Il n'en sait rien lui-même, mais Eugénie lui avait juré de n'être qu'a lui!... Eugénie si tendre, si aimante, si sincère... a pu oublier Adolphe pour épouser Dupont! Il ne se dit pas : On a pu l'y contraindre, il fallait obéir à ses parents, elle n'avait aucune force pour résister.

Il ne se dit rien de cela; car la jalousie rend injuste et loin de chercher maintenant des motifs pour excuser Eugénie il l'accuse, il l'accable de reproches, il ne lui voit que des torts, et ne songe pas aux larmes qu'elle a pu répandre, aux tourments qu'elle a dû éprouver; mais l'amour est égoïste, il veut qu'on lui sacriUe tout, et ne tient aucun compte des pleurs qu'il fait verser.

a Que les femmes sont perfides! se dit Adolphe; épouser ce Dupont qu'elle disait détester!... A peine suis-je éloigné, et elle cède! et elle se marie! elle oublie tout ce qu'elle m'a promisà notre dernière entrevue!... Et alors combien elle paraissait m'aimer!... »

Tout en marchant, Adolphe se trouve, sans savoir comment, au bord de la rivière, auprès de Bercy. Ses jambes refusent d'aller plus loin, il s'assied à terre, en descendant au bord de l'eau. Un jeune homme et une femme sont assis un peu plus loin se tenant tendrement entrelacés. Le murmure de l'eau, le silence de la nuit, le vent qui souffle, la solitude du lieu, inspirent à Adolphe les plus tristes pensées et ajou- Jent à ses tourments.

Po'ir le couple amoureui assis un peu plus loin, It bruit de re'*u est plein de douce^ir, le silence de la nuit a des charmes, ia vent est un zéphyr qui les caresse, et la solitude eoDTient à leur tendresse et rassure leur amour.

Tout ce qui nous environne prend la couleur des sensations de notre âme, et ce qui charme l'homme heureux atteste

quelquefois les regards du pauvre. Nos yeux voient les beaulés de la nature; mais notre cœur seul les sent, et un cœur souffrant, se laisse difflcilement charmer

Les deux amants se donnent un baiser... Adolphe l'entend, il se lève, s'éloigne à grand pas : il ne peut plus supporter le tableau de l'amour heureux.

Des idées sinistres s'emparent de son esprit I il conçoit le projet de chercher au fond de Teau la fin de ses tourments. Il s'arrête morne, pensif, devant cette eau qui coule à ses pieds... Il la regarde d'un œil sec, et déjà son âme s'élance dans l'immensité. « Que ferais-je encore sur la terre? dit-il en souriant à l'idée du trépas. Elle ne m'aime plus... elle est à un autre... elle ne peut plus être à moi 1... J'ai perdu mon pèrel... je n'ai plus personne qui m'aime I... »

Et Adolphe fait un mouvement pour s'élancer dans l'eau... mais des bras l'entourent, le saisissent, le retiennent... Il se sent entraîner loin de là par deux personnes dont l'une ne quitte pas son bras ; tandis que l'autre mouille sa main de larmes.

c( Ah! monsieur I que faites-vous, qu'alliez-vous faire? lui dit une voix douce et émue; mourir 1... mourir si jeune... vous abandonner au désespoir. Ah! c'est bien mal ! monsieur. Est-ce qu'il n'y a pas une Providence ? est-ce qu'il faut jamais en douter?... Ah! c'est bien mal... dis-lui, Charles , dis-lui donc que c'est affreux de vouloir se tuer.

— Allons monsieur, dit l'autre personne, revenez à vous ; chassez ces idées-là... et reprenez courage... Si c'est le besoin, la misère... Ahl nous ferons pour vous tout ce que nous pourrons!... Songez, monsieur, à vos parents, à votre mère... — Je n'ai plus de parents... je n'ai point d'amis... Une seule femme... mais elle ne m'aime plus... — Eh bien! monsieur, nous vous aimerons, nous serons vos amis, nous, n'est-ce pas, Charles? Et vous verrez que vous n'avez pas tout perdu!... »

Adolphe regarde les personnes qui lui parlent : c'est ud jeune homme de vingt ans dont le costume annonce un simple artisan : c'est une femme qui en parait à peine seize, ot vêtue en modeste ouvrière. Ce sont eux qui étaient assis non loin d'Adolphe; ils l'ont vu se lover précipitamment ; sa dé-

marche, le désordre de sa mise, les mots entrecoupés qui Ini échappaient ont fait naître en leur cœur un secret pressentiment; ils ont suivi Adolphe et sont arrivés assez à temps, pour l'erapêcner d'accomplir son fatal dessein. Les jeunes gens entourent Adolphe, lui serrent les mains, le regardent avec le plus touchant intérêt Adolphe, ému, attendri, sent qu'il peut encore éprouver de doux sentiments ; sa poitrine se gonfle, un torrent de larmes s'échappe enfin de ses yeux et le jeune couple mêle ses pleurs aux siens.

« Dites, ah I dites-moi, monsieur, que vous ne songez plus à la mort... que vous ne voulez plus mourir, dit la jeune femme à Adolphe, que vous n'aurez plus de ces vilaines pensées-là !— Non, non, mes amis... mes bons amis!... Vous venez de me faire sentir que mon cœur peut encore éprouver quelques douces sensations sur la terre... Hélas 1 je ne le croyais plus!... mais les larmes que vous m'avez fait répandre viennent de me soulager... — Pleurez!... ah !.. pleurez, cela fait du bien !... Venez avec nous, monsieur, vous nous conterez vos peines, cela les adoucira. — Oh ! tu as raison, Charles, il ne faut pas qu'il nous quitte cette nuit ; il restera chez nous... D'ailleurs il nous a appelés ses amis, il verra que nous sommes dignes de l'être. »

Le jeune homme et sa compagne prennent chacun un bras d'Adolphe, et on se met en marcue. Adolphe se laisse conduire ; son cœur, plein de reconnaissance pour Tintérêt que lui témoignent ces jeunes gens, se sent déjà disposé à les aimer.

« Nous ne sommes pas bien riches, dit en route la jeune femme à Adolphe. Charles, mon mari, est graveur, et moi je brode; mais nous sommes bien heureux!...

— Vous êtes mariés, dit Adolphe en les regardant tous deux avec surprise. — Oui, monsieur, il y a bientôt cmq moisi... Ah! monsieur est peut-être étonné de nous avon vus, Charles et moi, assis tous seuls au bord de l'eau,., mais nous sommes si bien ensemble dans les endroits solitaires... nous ainons tant à nous parler d'amour, que nous ne noua promenons pas où il y a du monde ; v'ià pourquoi on nous prend encore pour des amants... Mais, quoique mariés, nous le serons toujours, n'est-ce pas, Charles? — Oui, ma chère Louise ; est ce que l'on peut se lasser d être heureux I »

Adolphe admire Tunion de ces deux jeunes époux, et soupire en songeant à Eugénie : c'est comme cela qu'il espérail vivre avec ellel...

On arrive rue Saint-Paul, c'est là que demeurent les jeunes gens. Ils font monter Adolphe à un quatrième étage, et il entre dans un petit logement bien simple, mais arrangé avec goût, et où régnent partout l'ordre et la propreté ; on le fait asseoir, et pendant que le jeune homme fait du feu dans une cheminée, la jeune femme dresse une table, prépare un sou per frugal : en un moment tout cela est terminé, et Adolph 8e trouve assis à table entre ses nouveaux amis.

« Eh bien! lui dit Louise en lui prenant la main, ne trouvez-vous pas encore quelques charmes à l'existence? — Ah l mes amis, dit Adolphe en les regardant avec attendrissement je sens maintenant combien j'étais coupable ; tant que l'honneur nous reste, on ne doit point disposer de sa vie !.,. C'est une lâcheté de ne point savoir souffrir; je rougis de ma faute!... Et quand vous saurez que c'est pour une famme... — Ah I monsieur, cela n'est pas raisonnable, dit Charles. — Quoi ! c'est pour une femme... dit Louise ! ah! c'est différent... je vous pardonne alors... Quoique cela soit toujours une folie ; mais c'est bien d'aimer quelqu'un comme cela,.. Ah! c'est très-bien!., cependant se tuer... c'est trop fort, car il n'y a plus d'espérance alors, et tenez, en amour, ii faut toujours en avoir... Mais contez-non? vos chagrins, vos peines... ne nous cachez rien... »

Adolphe fait le récit de ses amours, il n'omet rien depuis la Saint-Eustache jusqu*^ son retour de Senlis. Le jeune couple l'écoute avec attention. « Ah 1 c'est bien mal, dit Charles, de s'être mariée malgré tout ce qu'elle vous avait promis ; oubliez-la, monsieur Adolphe, oubliez-la, il faut suivre son exemple. — Mais cependant, dit Louise, si on a forcé cette pauvre Eugénie,., si sa mère l'a voulu, que vouliez-vous qu'elle fit?... Une jeune lille ne fait pas ses volontés... et puis, vous n'étiez pas là? — Mais, ma chère amie, on aurait dû lui écrire, puisque Jeanncton le savait à Senlis.,. — Oui, mais il n'aurait pas quitté son père mourant... n'est-ce pas, monsieur Adolphe?... —Oh! sans doute! tenez, mes amis, j« vais tâcher de l'oublier I,., — Vous feriez bien, dit Char-

les, une femme qui en épouse un autre ne mérite pas nos regrets I... Vous en trouverez mille qui vous consoleront! — Fi! monsieur Charles, que c'est vilain ce que vons dites là! dit Louise à son mari ; si on m'avait forcée d'en épouser un autre que toi, tu te serais donc bien vite consolé... — Ohî non... mais... enlin tu veux donc qu'il se chagrine constam* ment? — Je yeux... je veux... qu'il l'oublie, oui... mais qu'il l'aime toujours un peu.

— Vous n'avez point de logement pour ce soir, dit Charles, vous coucherez chez nous... Louise, ôte un matelas de notre lit, et mets-le dans cette pièce-ci.., — Oui, tout de suite. — Mais cela vous gênera, mes amis ! dit Adolphe. — Nous gêner!... Au contraire, cela nous fait plaisir de vous garder plus longtemps... — Je coucherai sur une chaise, je ne veux pas que vous défassiez votre lit... — Oh! notre lit est toujours assez doux, » dit Louise en souriant. Et en un instant le lit est préparé. Les jeunes gens souhaitent le bonsoir à leur nouvel ami, et l'engagent à prendre du repos. Ils se retirent dans leur petite chambre à coucher, qui est pour eux le temple du bonheur; et Adolphe se dit en soupirant : « Le joli ménage!... »

Le lendemain matin, Adolphe que la fatigue d'une longue route et les secousses de la veille ont enlin endormi, voit à son réveil Louise qui travaille déjà k côté de son mari. « Je vais vous quitter, mes bons amis, â'i Adolphe ; mais je vous demande la permission de venii vous voir souvent ; le tableau de votre bonheur et votre amitié seront désormais meg plus douces jouissances.

— Ah ! nous l'espérons bien que vous viendrez nous voir ; ce serait beau de nous oublier ?... Qu'ailez-vous faire maintenant, dit Charles, avez-vous besoin d'argent? Je n'en ai guère, mais cependant je puis encore partager avec vous. — Je n'en ai pas besoin, mes amis; mon modeste héritage, réuni k ce qui me restait, me fait encore possesseur de prèâ de six cents francs : avec cela, vous le voyez, je puii attendre que j'aie trouvé un emploi, et je vais d'abord louer un petit logement... — Ah ! t&chez que ce soit près de noua. — Bah!... dit tout bas Louise, je gage bien que ce sert près d'Eugénie !... »

Adolphe embrasse ses nouveaux amis, leur promet de lei revoir bientôt, et les quitte moins mallieuraux que la veille. « Maintenant, se dit-il, je sais qu'il y a encore des cœurs qui répondent aoi mieo. »

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