K. DU PORT
Jeannelon est accourue aux cris d'Eugénie; elle pousse aussi un cri de joie en voyant Adolphe, et court l'embrasser en disant : « Je savais bien qu'il reviendrait. » Adolphe voudrait déjà ne plus quitter Eugénie, et ce n'est pas sans peine qu'on lai fait entendre qu'il faut donner une année à la mémoire de Dupont. Mais il peut du moins la voir tous les jours, lui exprimer tous les jours sa tendresse, et se livrer auprès d'elle à l'espoir d'un bonheur que rien ne doit plus troubler.
Souvent Jeanneton voit les transports de joie d'Adolphe. «Ahl dit-elle alors, vous seriez ben pus content si vous saviez que... » Mais Eugénie court en rougissant mettre son doigt sur la bouche de Jeanneton, et la bonne n'en dit pas davantage.
L'année est écoulée : et rien ne s'oppose plus à l'union dei dcui amants. Adolphe est allé présenter ses devoirs à monsieur et madame Moutonnet; et on lui a fait l'accueil le }ihis flatteur. Adolphe sait à quoi attribuer ce changement, mais il se garde bien de le laisser paraître; il est trop heureux d'ailleurs pour conserver aucun ressentiment.
C'est à la terre du jeune homme que doit se faire le mariage. Monsieur et madame Moutonnet s'y rendent dans une calèciic de leur gendre; madame Moutonnet veut qu'on la laisse découverte, quoiqu'il pleuve un peu le jourde leur départ; et elle recommande au cocher de passer par larue Saint- Martin, quoique ce ne soit pas son chemin; mais peut-on résister au désir d'être vue dans la calèche de son gendre j)ar se» anciennes connaisances? M. Moutonnet a ordre de laisser tomber son ch.jpeau dans la rue, en passant devant la bouiique des Dcrnard, aiin que la voiture s'y arrête un moment.
Charles et Louise partagent le bonheur d'Adolphe. Ils ont cMonn bien vite toute l'amitié d'Kutxénie; il n'a ^\\\u, pour l s lui faire aimer, que lui dire ce qu'iU ont fait pour Adolphe. Ce^t avec eux et Jeanneton qu'Eu^îénie et Adolphe se rendent a'! chiilcau.
fîidois M élé prévenu de ce qui va s'y passer, et, pour ce j .nr-1^. il a failsuspendre les leçons d'arithmétique. Il ordonne uue lôtc, do» jeux, des danses; il prépare une réception à
8cn S'Mgttear. Lcà {ki^sads out desfusiU. ïes valets des arquebuses, les jeunes filles des couronnes. Les hommes savent le nombre de coups qu'ils doivent tirer, ei le» lemmcsle compte des révérences qu'elles doivent faire.
Ce grand jour est arrivé. Tout le monae «it reçu au bruit des coups de fusil, des cris, des chants de viîlaçreois. M. Moutonnot a peur d être blessé ; mais sa femme trouve ce tapage là extrêmement distingué, et ordonne a son mari d'en être eaf ban té.
Adolphe remercie Bidois de sa réception. « Monseigneur, dit rintendant, on devait tirer trente coups de fusil, il n'y en a que quatre qui ont raté, ce n'est pas ma faute; mais on les fera partir ce soir, parce qu'il faut que je retrouve ma balance.»
Monsieur et madame Moutonnet sont dans Tadmiration de >a propriété d'Adolphe; Eugénie ne voit que son amour. Enfin Adolphe Conduit Eugénie à l'autel, et cette fois elle y marche sans trembler, et Jeanneton est témoin du bonheur de sa chère maîtresse, et M. Moutonnet pleure encore en voyant marier sa fille, et madame Moutonnet ne pleure pas plus que la première fois, et Louise dit à son mari ; « Ils s'aimeront et seront heureux comme nous. »
Et le lendemain de ses noces, Adolphe sait ce que voulait lui dire Jeanneton, et la joie, le bonheur, l'amour brillent encore davantage dans ses yeux, ce qui ne se voit pas ce jour-ià chez tous ces maris qui, au lieu de trouver une demoiselle dans une veuve, trouvent quelquefois un^, veuve dans une demoiselle; et Bidois salue l'épouse de son jeune maître en hii disant : « Madame, le mariage a produit ia preinièrf fimltip/icatioa. »
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