‹ Monsieur DupontChapitre 31 sur 32 · CHAPITRE XXXIIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIIÎ

LS RÉGISSEUB. — ENCORE LE BOIS DE ROMAirTVlLLS. — CONCLDSION

Eugénie attend son mari, non pas avec impatiencp,mais du moins sans crainte et résignée désormais à son L.ort. Elle a déicndu à Jeanneton de lui reparler d'Adoiplie et de la rencontre de rOpéra; etcelie-ci se dit : « Grâce au oie!, ma chère Eugénie est guérie de son amour.»

Cependant le temps so passe et Dupont ne revient pas ; oo ne reçoit plus aucune lettre de lui; les garçons s'inquiètent et Eugénie s'étonne; car, d'après ce qu'elle lui a écrit, elle s'attendait à le revoir bientôt. Un matin, Jeanneton lui apporte enfin une lettre, et Eugénie dit : « Ce sont sans doute des nouvelles de mon mari. » Mais la lettre est cachetée de noir; la jeune femme frémit involontairement, et elle ouvre enfin... La lettre est du maire de l'endroit près duquel Dupont a péri, et oi' il a été transporté. Les papiers trouvés sur lui l'on fait aisément connaître. Après avoir fait enterrer le défunt, le maire a écrit à sa veuve pour lui annoncer la mort de son époux, sur laquelle il lui donne tous les détails qu'il a pu se procurer. Eugénie est tellement saisie, qu'elle n'a pas la force de parler; elle passe la lettre à Jeanneton : « Tiens... lis...» lui ditelle.

« Ah 1 mon Dieu!... le pauvre hommel... » s'écrie la servante; et elle pleure, car son cœur est sensible; elle plaint la triste fin de Dupont. Eugénie pleure aussi, et sent qu'elle a eu des torts avec son époux. Celte nouvelle est bientôt répandue; on plaint Dupont, on le regrette, parce qu'il était bête sans être méchant, ce qui vaut encore mieux que d'être méchant sans être bête.

« Mais aussi, dit Jeanneton, pourquoi s'avise- t-il de vouloir revenir à cheval?... Enfin on ne peut pas fuir son sort. Vous voilà Tfuvc, madame; mnin, ma l^ne, c'est bien comme si

îl. DÎJPONÎ âOÎ

70U8 étiez encore demoiselle... et il y a bien des demoisellea qui ne sont pas veuves comme vous.»

M. et madame Moutonnet viennent consoler leur fille. Le papa Moutonnet donne des larmes au pauvre Dupont; mais leanneton remarque avec surprise que madame Moutonnet ne paraît pas très-ailectée do la mort de son gendre. Les vieux Aponx ont quitté leur boutique et se sont retirés au Marais. Comme Eugénie est décidée à vendre le fonds d'épiceries, Jeanneton croit que madame Moutonnet va engager sa fille à venir loger avec elle ; mais la maman n'en fait rien : elle approuve les projets de sa fille, et la laisse entièrement libre de suivre ses volontés, et cela étonne encore Jeanneton.

Eugénie se défait aisément de la boutique de son mari, et prend un appartement modeste et retiré pour elle et sa bonne. Plus l'époque de la mort de Dupunt devient ancienne, plus JeannetoD éprouve l'envie de parler d'Adolphe ; mais Eugénie garde un profond silence sur ce sujet, et la pauvre Jeanneton n'ose commencer, quoiqu'elle brûle de savoir si Eugénie l'aime encore.

Depuis l'aventure de l'Opéra, Adolphe a rompu avec sa maîtresse, la jeune dame a été très-piquée de sa conduite : lui quitter le bras pour courir après une autre, voilà de ces crimes qu'une femme ne pardonne pas. Adolphe n'a mémo pas cherché à s'excuser, la vue d'Eugénie a rallumé tous ses feux; il sent bien alors qu'il n'aime pas, qu'il n'a jamais aimé sa nouvelle conquête, et il ne se soucie plus de feindre un attachement qui a déjà cessé de lui offrir des charmes. Il va conter à ses amis ce qui lui est arrivé à l'Opéra. « C'est bien malheureux ! dit Charles. Comment! vous n'aimez plus cette femme que vous adoiiez hier? — Non, mon ami. — Je me flautais bien, dit Louise, que cela ne durerait pas longtemps — Il faut bien vite en aimer une autre... Non, Charles, non., c'est fini, je ne veux plus aimer personne... que vous, me» amis. — Et puis Eugénie, » dit tout bas Louise à son mari.

Adolphe veut chercher dans les pays étrangers des distractions plus utiles que celles qu'il trouve dans les sociétés de Paris. Use décide à parcourir l'Angleterre, l'Italie, et les Alpes. Il envoie à Bidois ses ordres pour le temps de son absenco

qni peut être longue ; et, après avoir embrassé Charles et Louise, il part de Paris le jour même où Eugénie devient ▼euve.

L'été touchrf .* sa un, la saison est peu favorable aux voyages , mais, quand on est riche, on ne connaît point de diffi- 'îuités. Adolphe n'a pas ciuq chevaux et trois poslilloDs à sa chaise, mais il a tout ce qu'il faut pour parcourir commodément le continent. Il admire les Alpes, parcourt l'Italie et va passer l'hiver en Angleterre. Mais quoique les distractions ({ne ^'oiont procurées ses voyages lui laissent d'utiles et d'agré.iLîcs Souvenirs, il sent que quelque chose le rappelle en France, et revient à Paris après neuf mois d'absence.

Sou premier soin est d'aller embrasser ses jeunes amis. Charles el Louise sont toujours heureux, car ils s'aiment toujours tendrement, et leur établissement a prospéré. Louise est enceinte, elle embrasse Adolphe en sautant de joie, etltii dit: « Vous savez bien que vous m'avez engagée à en faire une douzaine... Voilà le eomniencement, et vous serez le parrain. — Oui, dit Charles; il ne nous reste plus qu'à cbcrrher une marraine... — Ah! dit tout bas Louise, quel domin.ig? que...»

Les jeunes éponx ignorent la moi t de Duj'ont.

Adolphe 03t curieux de savoir coiurn'^nt IJidois a dirigé se* hiens pendant sou absence, et il partpnursa lerre, Knentrart d^ns la cour do son château, il s'aperçoit que ses valets on! une j»elite livrée, que ses chiens de chasse sont muselés, qi.f se? appartements sont numérotés, qu'il y a un con»ptoir da;!« 3a sidle à marjger el un L'irean avec un granii livrf. d.ini si r» sal«»n ; il trouve son portier tenant un Barénie à la main, sa icintne de charge qui fait des additions, son jardinier qui ap. prend à faire des chilTrcs, son cuisinier qui étuiiie lanujltiplication, et son ga.'çou d'écurie qui compte sur svs doigts; entin le petit garçon de la j>ortière, qui n'aquecir.q ans, accour* àluien s'éctiant : «Moîiseigneur, deux fois deux fontquafrft et deux lois quatre fcnt huit. — C'est bien, très-hirn, mol petit, dit Adolphe en caressant l'enfant; je ni'aperçoi?^ que Bidois a fait tleurir r<îrilhnu'^li(iue dans mes domair.os; mais olî (loue «'>t ilV — M. if iégi.-^our est dans le village.. Mais si monseigneur veut qudii aill.- le cher- lier... — Non, je suis bien

aise de parcourir aussi le Tillage; j'y vais moi-même' Et Adolphe .sort de chez lui en se disant : « Bidois a mis dans sa tête de me faire appeler monseigneur; ces bonnes gens ne diront plus autrement.»

Il a déjà parcouru une partie du village sans rencontrer son régisseur lorsqu'on passant sur une pelouse qui conduit tux cham[)S, il entend la voix de Bidois se démenaut avec les gardes-chasse, auxquels il veut absolument faire entendre qu'il faut parquer les lièvres et les chevreuils, aiin qu'il puisso savoir au juste et mettre sur son grand-livre la quantité do gibier appartenant à monseigneur.

L'arrivée d'Adolphe met lin à cette discussion. Le régisseur s'avance d'un air respectueux vers son maître, et le jf^îiiic homme a peine à reconnaître Bidois qui a chaugô son cha|i(Mu rond pour un à trois cornes, son liabit pour une ve.-te uo chasse, et sa canne pour un vieux fusil, sur lequel il s'appuie en marchant, au lieu de le tenir sur son épaule. Jusqu'à la plume, nùse autrefois derrière l'oreille, qui est rcmjjlacéepar un crayon avrc lequel M. le régisseur prend ?es notes. « Eh ni;iis! Biduts, est-coque vous êtes devenu cliassour? dit Ad*»!phe eu souriarît de la touruure du vieil iulendant. — Mt«nscigneur, je ïah tout... tout absolument ; je veuï [)rendre moi, même connaissance du gibier; et, quoique je no sache pa-* chasser, jai toujours un fusil pour le tenir en respect. — Tout s'est-il bien passé pendant mon absence? — Oui, morj seifjuf^ur; vos lermiers payent fort exactement... et mon !iv!>' de compte est teuu parfaitement... — J'en suis persu.iir; mais ces bonnes gens sont-ils heureux, sont-ils coiuents? — Oui, monseigneur. Ohl... ils sont trés-Iieurcux... et quand il» sauront calculer, ils seront encore bien plus gais!... — Us dansent .couvent, j'espère? — Tous les dimanches et aux quatre grandes fêtes, ce qui fait cinquante-six fuis dans l'année, ^ans compter les extraordinaires. Mais si numseigneur voulait rentrer au ch;\teau, je lui ferais voir mon brouillard, mon grand-livre et ma caisse...»

Adolphe revient avec son régisseur avec lequel il <îst bieri aise de causer, non pas de ses revenus, mais d'une personne dont il n'a pas eu de nouvelles depuis loni^temps et dont il iirùlc de parler. Mais Bidois n'a daus la tète que ses grand.j-

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livres et ses comptes, et il supplie Adolphe de jeter tin coup d'œil dessus.

« Tenez, monseigneur, examinez comme tout cela est en ordre. Tous vos gens ont un compte ouvert. Vos chevaux ont un compte parliculier. Vous n'avez pas un pouce de terrain qui ne soit évahié ; je m'occupe à faire faire le compte de vos arbres. J'ai fait mettre ie poulailler en partie double, et les lapins en compte courant. Quant aux gratifications que nous accordons aux villageois pour incendies, inondations ou orages, je passe cela par frais de commerce.

— C'est bien, Bidois, c'est fort bien ; mais je veux savoir... — Toutes les Lêtesà cornes sont enregistrées... Voici l'entrée et la sortie... J'ai aussi une colonne particulière pour le potager... — C'est bien; mais... — Quant au poisson, je crois qu'il nous sera un peu difficile d'en savoir au jvistc le compte, à moins de faire dessécher l'étang, et c'est une idée que je voulais soumettre à monseigneur. — Laissez en paix le poisson, et répondez-moi... — Vous voyez comme tout cela marche... Il n'y a que ce lourdaud de portier qui ne peut pas comprendre le calcul décimal, mais je veille à cela; je fais une guerre à mort aux sous et aux deniers, dont ces paysans sont encore coiffés : je ne vous demaude que quelques années, monseigneur, et dans vos domaines on ne comptera plus qu'en francs et centimes. — J'espère que vous avez fini, Bidois, et que vous m'écoutercz enfin; je vous demande des nouvelles de Paris... de personnes qui m'intéressent... —Ah! mon Dieul... j'oubliais... En effet, monseigneur! j'ai reçu une lettre de madame Moutonnet... — Une lettre de madame Moutonnet!... — Oui monseigneur, il y a déjà six ou sept mois; elle vous fait bioa des compliments, monseigneur. — A moi? — Certainement, monseigneur, et elle m'apprend une nouvelle... ah! quelle nouvelle!... comme cela va vous étonner!... — Cela concernerait-il sa lille? — Oui, vraiment; je le crois bien... cette pauvre petite femme! — Vous nie faites trembler, iUdois... Que lui est-il arrivé? — Elle est veuve!... — Eugénie est veuve!... Il se pourrait!... — Oui, monseigneur., parce que son mari est mort!... — Dupont est mort? Est-il possible! et où? quand? comment? — Sur la route de Paris, eu revenant de Marseille... h cheval dans une

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éarriêre... ranimai a pris le mors aux dents... Et ce Dupon^., monter â cheval!... On assure qu'il ne savait pas se tenir sur un âne. Si cet homme-là avait sa calculer les dangers... Entin, il y a déjà neuf mois et plus... — II y a neuf mois, dites-vous, neuf mois qu'elle est veuve !. .. Malheureux ! et vous ne me l'avez pas écrit I... — Monseigneur, je ne le sais que depuis sept, vous étiez en voyage et j'ignorais votre adresse et votre numéro... — Et où est-elle maintenant?... — Votre adresse, monseigneur?... —Eugénie! bourreau! Eugénie! — A Paris, sans doute, monseigneur... — Elle ne demeure pas avec sa mère? — Non, monseigneur. — Des chevaux, Bidois... — Monseigneur part!... — Sur-le-champ... — Monseigneur n'a rien pris encore, et... ~ Dos chevaux, vous dis-je... — Quelle voiture?... — La première venue...

Bidois se met à une fenêtre de la cour, et crie au palefermier : « Atteh^z les numéros un et deux à la berline de monseigneur; vous donnerez l'avoine aux numéros trois et quatre.»

Adolphe descend lui-même pour presser ses gens que les ordres de Bidois embrouillent toujours; en peu de temps les chevaux sont mis, et le cocher, qui .voit Timpatience de son maître, le conduit au grand galop à Paris. Adolphe court chez Louise et son mari. îl entre dans leur boutique en riant, en sautant, et les jeunes gens, qui commencent à s'acc«vatumer à ses accès de folie, attendent cependant avec impatience qu'il leur en explique la cause. « Mes amis, elle est veuve, s'écrie-t>il enfin, elle est veuvoi .. Eugénie est libre! — Se pourrait-il!... Ètes-vous bien sûr?.,. — Oui, oui... elle est veuve depuis neuf mois!... et j'avais quitté la France. ..je m'iloignais d'elle quand j'aurais pu la voir... lui exprimer!... — Non monsieur, vous n'auriez pu la voir tout de suite ; je suis sure que madame Eugénie n'y aurnit jias consenti... SongC/; donc, monsieur, aux convenances, aux bienséances. — Oui, oui, tu as raison, cela vaut mieux comme cela, au fait... car ee pauvre Dupont!.,, c'était un bon homme... Mais n'en parions plus, mes amis ; après neuf mois, je puis bien, je crois, voir sa veuve... — Oh! oui, monsieur... Charles, v'ià notre marraine toute trouvée... n'est-ce pas, monsieur Adolphe?.., *-• Mais, Louise, si elle allait ne plus m'aimer,, — Ahoo'r

foilà autre chose à présent. — EUe m'a va à rOpêraaTCc Cfitt» femme... que je détestais... — Util mon Dieu! n'étiez-vous pas garçon?... et un jeune homme... — Mais elle peut croire que je ne l'aime plus. — Vous lui prouverez le contraire... Mais il faut que je la voie enfin, et je ne saispasson adresse... '— Oh! quâut à cela, je vous le dirai bientôt.»

Louise met un chapeau et court rue aux Ours chez celui ni a remplacé Dupont : là elle apprend l'adresse delà jeun

mme et revient la dire à Adolphe, qui se rend aussitôt à la

meure d'Eugénie. « Madame Dupont n'est pas à Pari», lui dit le portier; depuis le commencement de la belle saisoa el^e est allée demeurer à la campagne. — A la campagne 1... Mais où? de quel côté?... — Ma foi, monsieur, je crois que c'est du côté de Belleville... de Saint-Gervais... de Romainville... — De Romainvillel... Ah! oui, oui, ce doit-être là!...»

Adolphe prend un cabriolet, et se fait conduire à Romain ville, et son cœur bat avec force, car il se dit : « Elle m'aime toujours, puisqu'elle est allée demeurer là.»

Eugénie a passé dans la retraite les premiers mois qui on< suivi la mort de son époux. Elle ne voit que ses parents ; e' madame Moutonnet approuve la vie sédentaire de sa fille. Cependant au bout de quelques mois, elle lui dit avec une sorte d'affectation : « Vous voilà veuve... libre... jeune... mai? je ne prétends plus contrarier vos inclinations. » Madame Moutonnet grille de parler d'Adolphe, mais elle se tait, elle sent qne cela compromettrait sa dignité; cependant elle a eu soie d'informer Jeamieton du changement de fortune du jeune homme.

Jeanneton n'a pu longtemps garder le silence avec Eugénie. Elle a prononcé devant elle le nom d'Adolphe, et Eugénie lui a répondu en soupirant :

« Il ne m'aime plus, Jeanneton! — Bah! madame, li ne faut pas croire... parce que nous l'avons vu avec une dam*».. . Ecoutez donc, vous étiez mariée, et un jeune homme... — .'e n'ai rien à lui reprocher; mais je suis sûre qu'il ne m'aime plus...»

Mais Jeanneton apprend la nouvelle fortune d'Adolphe, ei» en vovant «{ue le temps s'envole sans qu'il cherche à revoir iiuKéuje, eiift commence à craindre aussi (jue son cœuf a'oit

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(iangé; elie n'ose plus que rarement en parler à sa maîtresse qui lui impose silence en répétant : « Il ne m'aime

plus!»

Au retour du printemps, Eugénie dirige souvent ses paS vers le bois de Roniainvillc. Accompagnée de Jeanneton, elle ^' va revoir les lieux (|ui lui rappellent l'amour d'Adolphe. C'est surtout SÛU3 le bosquet d'arbres où il lui en a fait l'aveu qu'elle aime à s'asseoir. Elle no se plaît que là et voudraity revenir chaque jour.

<f Pardi, madame, lui dit Jt?anneton, puisque ce pajs vous I plaît tant, louez-y un logement, et nous y passerons la belle f saison. » Eugénie applaudit à ce projet, el dés le lendemain I elle loue un appartement à Romainviiie, et va s'y établir avec 1 Jeanneton. Tous les matins elle se lève dès le point du jour, V et ne craignant point alors les reficonires dangereuses pou? 1^ une jeune femme, elle va seule se promener dans le bois, parcourant tout les sentiers où elle a passé avec Adolphe, et se reposant dans son endroit favori. Dans la journée, elle y retourne avec Jeanneton, elle y porte un livre ou son ouvrage, et, sous cet ombrage, n'éprouve jamais d'ennui. Mais quand sa bonne veut lui reparler d'Adolphe : « Tais-toi, lui dit-elle, ne me ramène pas au présent; laisse-moi tout entière ; à mes souvenirs; ici, je rêve à lui, je crois qu'il m'aime encore; mais quand tu me réveilles, je rac rappelle qu'il ne m'aime plus.»

Mais un jour, en se dirigeant vers son endroit favori, Eu- . génie, qui est un peu en avant de Jeanneton, entend remuer ie feuillage qui entoure son bosquet d'arbres. Elie s'approche et aperçoit un jeune homme assis à la place qu'elle occupe habituellement; elle le reconnaît, et s'arrête... tremblante... n'osant respirer, et les yeux attachés sur lui... Adolphe considère avec amour tout ce qui l'environne; il grava un nom sur l'écorce de l'arbre au pied duquel il est assis. , c'est le nom d'Eugénie, c Jeanneton, c'est lui! il m'aime toujours!...» s'écrie-t-elîe. fit elle est déjà dans les bras d'Adolphe. Deux cœurs q'jii s'entendent n'ont pas besoin de s'e-pliquer .- dôj^ le passé n'est plus qu'un songe : Adolphe et Eugénie se retrouvent ce qu'ils étaient le jour où ils s'avouèrent leai ârnour.

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