MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS
logie, il mena tout cela de front avec un égal succès. Quel noble et vaste champ aussi ouvert aux conquêtes du génie de l’homme ! Quelles jouissances pour un esprit avide de lumière et de vérité !
Chercher la raison, la nature et la fin de tout ce qui nous entoure, du brin d’herbe qu'on foule aux pieds comme de l’astre suspendu au-dessus de nos têtes ; connaître Dieu, l'âme et la matière ; pénétrer, en un mot, les mystères de l’ordre intellectuel, moral et physique, qui nous enveloppent de toutes parts comme d’untriple ME
voile ! Est-il un plus admirable sujet de préoccupation et d'étude !
Pour satisfaire son immense désir de " savoir et se rendre plus capable de a remplir les fonctions auxquelles il avait ln le consacré son existence, M. Désaulniers L alla, en. mil huit cent trente-trois, au .
collège des jésuites de Georgetown, d'où d
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il revint à Saint-Hyacinthe, mûri et fortifié
avec un champ énie de our un vérité !
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MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 15
par l'étude, la réflexion et les leçons fes professeurs les plus distingués. De mil huit cent trente-quatre à mil huit cent trente-huit, il fut chargé d'enseigner les mathématiques, la physique et la langue grecque. Les études que nécessitait un enseignement si sérieux ne l’empêchèrent as de faire son cours de théologie avec beaucoup de succès.
Il fut ordonné prêtre, le trente juillet mil huit cent trente-sept,par Mgr Bourget, qui venait d’être sacré évêque, le vingtcinq du même mois.
En mil huit cent quarante-sept, il parcourait le diocèse de. Montréal et allait de
| porte en porte mendier des secours pour ) le progrès et l'extension de la maison à
laquelle il avait consacré ses talents et son avenir, Un grand nombre de prêtres et.
de citoyens s’empressèrent de répondre à son appel, et bientôt il eut le bonheur de
16 MESSIRE 1I.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
contempler ce beau collège de Saint-Hyacinthe, digne, par la grandeur de son architecture et de ses proportions, de la pensée de ses fondateurs.
En mil huit cent cinouarte-deux, il entreprenait un voyage aussi cher à son esprit qu’à sa foi. Visiter l’Europe, étudier sa civilisation, ses capitales, ses monuments et: ses universités ; parcourir cette terre d'Asie dont la poussière porte l'empreinte de Dieu ! Combien de fois il avait soupiré, comme tous les grands hommes, après ce bonheur !
Il eut ce bonheur, grâce à la générosité et à l'esprit éclairé de Mme Masson, qui le choisit pour accompagner son fils qu'elle envoyait dans ces contrées lointaines parfaire son éducation. M. Désaulniers visita l’Europe, l’Asie et une partie de l'Afrique ; il voyagea en philosophe et eu prêtre, cherchant avec avidité tout ce
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MESSIRE 1.8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 17
qui pouvait satisfaire son intelligence et ses sentiments. Rien n'échappa à ses investigations et à son désir d'apprendre ;
il aurait cherché à ébranler les pyramides,
s’il eût pensé qu'elles recélaient quelque vérité.
Ï] revint après deux ans, chargé de souvenirs, de connaissances et d’impressions qui augmentèrent l'éclat et l'efficacité de son enseignemext et le charme de ses conversations. Le nouveau collège, fruit
en grande partie de ses efforts et de son
dévouement, avait été ouvert pendant son absence, et il en avait été nommé supérieur aux acclamations de tous les professeurs, élèves et amis du collège. Ce fut un beau jour que celui où il franchit le seuil de cette maison qu’il aimait tant et dont il était la gloire et l’ornement ; ses
anciens élèves en parlent encore avec
émotion.
Quelques mois après son retour, l'évêque
18 MESSIRE 1-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
de Montréal le chargeait d’une pénible et délicate mission.
Aux Illinois vivait un prêtre dont le souvenir était dans tous les cœurs canadiens et le portrait dans toutes les maisons du Bas-Canada. Ce prêtre, on l'avait vu parcourir, la croix à la main, nos campagnes et nos villes, et partout des mil-
liers d'hommes, fascinés par son éloquence,
s'étaient prosternés au pied des autels et enrôlés sous la bannière de la tempérance.
Soudain, une nouvelle étrange, incroyable, éclata au sein de la population canadienne :
“ Le Père Chiniquy avait été interdit et même excommunié par son évêque, et au lieu de se soumettre, s'était jeté dans le schisme et l’hérésie, entraînant à sa suite un grand nombre de ses compatriotes.” On refusa de croire à un pareil malheur, on cria à la calomnie, à l’imposture, et pourtant c'était vrai, trop vrai. Une espérance restait à la religion et à la patrie
nible et
dont le rs canales main l'avait LOS Camles milquence, utels et pérance.
royable, dienne :
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MESSIRE 1.8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 49
afligées. M. Désaulniers, ancien condisciple de ce prêtre malheureux, partait dans le but de le ramener dans le sein de cette Eglise catholique à laquelle il avait fait tant de bien, ou du moins d'ouvrir les yeux à ceux qui le suivaient. Mais hélas!
l’apôtre de la Tempérance, le prêtre canadien dont la parole éloquente avait si profondément remué les cœurs, n'était plus qu’un apostat, une ruine hantée par un spectre. M. Désaulniers consacra alors toute sa science, son énergie et son éloquence à le combattre et à détacher de sa cause ceux qu'il avait trompés. S'il ne réussit pas à ramener dans le bercail toutes les brebis égarées, il en sauva du moins un bon nombre.
Il rentra alors dans son collège pour ne plus en sortir. Il enseigna, pendant quelques années, la théologie, la chimie, et reprit, en mil huit cent soixante, sa chaire de philosophie qu'il garda jusqu'à
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vin MESSIRE 1.-8. LESEUR-DÉSAULNIERS.
sa mort. Ainsi, l'état de service de M.
Désaulniers au coilège de Saint-Hyacinthe comprend trente-six ou trente-sept années de professorat, trente-sept années de dévouement et de sacrifices pour le succès et la gloire de cette maison d'éducation.
Mathématiques, chimie, physique, histoire naturelle, astronomie, théologie, il a tout enseigné avec un talent et un succès qui dénotaient que auns sa vaste tête il y avait place pour toutes les sciences, que rien n'était à l'épreuve de son courage et de sa pénétration d'esprit.
Mais c’est comme professeur de philosophie, surtout, qu'il a jeté tant d'éclat sur son enseignement et sur le collège de Saint-Hyacinthe. Nous avons dit qu'il avait manifesté, vers la fin de ses études collégiales, un goût et un t#lent tout particuliers pour cette science.
C'était l'époque où Lamennais remuait
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MESSIRE 1.8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 21
le monde par les accents magiques d’une voix qui rappelait les grands docteurs du christianisme. La jeunesse surtout prêtait l'oreille à cette voix mélodieuse, à ces éloquentes philippiques en faveur du catholicisme.
M. Désaulniers ne put échapper à l’entraînement universel et se sentit épris des théories brillantes dont les conséquences erronées n’apparaissaient pas encore clairement.
Un jour, ayant à subir un examen sur les fondements de la certitude, il commença à réciter suivant les doctrines exposées dans les cahiers de la classe, puis il ajouta : “ Sed secundum Dominum de Lamennais hoc est falsum : mais suivant Monsieur de Lamennais cela est faux.” Et bravement, il entama la discussion avec ses examinateurs, parmi lesquels se trouvait M. Raimbault. Celui-ci, plus
charmé que mécontent de trouver une si grande énergie de pensée chez un enfant de quinze ans, se contenta de lui dire, en terminant la discussion, qu’il ne tarderait pas à voir le néant de ce système.
En effet, trois ans après, durant son séjour à (reorgetown, M. Désaulniers renonçait à des idées qui pendant quelque temps séduisirent beaucoup de grands esprits.
Emporté par son imagination au-delà des limites que la foi trace aux esprits les plus superbes, Lamennais avait fait d’un élément de vérité une erreur ; il avait osé prendre la place de l'Eglise, en fixant luimême les sources de la certitude.
La chute de Lameunais fit voir davantage à M. Désaulniers combien l'erreur est facile en philosophie, et combien les théories les plus brillantes et les plus
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MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 23
logiques en apparence sont près des abîmes. Il n’en devint que plus prudent et plus ardent à poursuivre la vérité à travers tous ces systèmes anciens et modernes établis par les plus grands génies.
Le doute répugnait à cet esprit droit et profond, à cette âme franche et naïve ; il l'ai fallait la vérité, la vérité dans toute sa splendeur, afin qu’il pût la faire jaillir aux yeux de ses élèves.
Mais après quinze ans d’études et de méditation, il déclarait qu'aucun système ne lui offrait la plénitude de ce qu'il cherchait. Un jour pourtant, il se déclara satisfait et content ; il avait trouvé dans S. Thomas d'Aquin la solution de tous les problèmes qui le préoccupaient et le triomphe sur les doutes qui l’affligeaient.
Il avait compris plus que jamais, en étudiant la théologie et la philosophie de ce grand docteur de l'Eglise, la nécessité de l’union étroite de ces deux sciences incom-
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24 MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
émancipée du joug de la foi.
trouvant, après quarante ou cinquante
parables et l'impuissance de la raison
Il s’abreuva avec délices aux eaux limpides de cette source profonde au fond de laquelle les vérités les plus controversées lui apparaissaient comme des diamants, et il sortit de ce baïn, radieux et transformé, avec un désir immense de dire ce qu'il avait vu.
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Porté, en quelque sorte, sur les ailes de celui qu’on appelle “ l’Ange de l’école,” il s’éleva dans les régions les plus pures et les plus éclairées du monde intellectuel.
On raconte la joie des hommes de génie
années de inisère et de travail, le secret qu'ils cherchaient. M. Désaulniers éprouva autant de bonheur, lorsqu'il put enfin explorer sans crainte et sans danger cette mer semée d'écueils qu'on appelle la phi-
raison
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MESSIRE L.-S. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 25
losophie, lorsqu'il put remonter ce fleuve immense qui arrose le monde, jusqu'aux sources où il se forme par l'union de la raison avec la révélation. |
Avec quel plaisir il se remit à l’enseignement de la philosophie qu'il avait abandonné quelque temps! Avec quel enthousiasme il communiqua à ses élèves le résultat de ses travaux et de ses recherches, et déversa dans leur esprit
les flots de lumière qui inondaiïent son
âme ! C’est ici surtout qu'il faut contempler et admirer l’éminent professeur de philosophie.
Voyez cette belle et large tête ; cette grande et noble figure aux traits hardis et fiers; ce regard vif et profond qui semble aider la parole à porter la lumière et la. conviction dans les âmes ; cette physionomie toute rayonnante d'intelligence, de candeur et de franchise ; cette forte et imposante stature ; écoutez cette
26 MESSIRE I.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
voix mâle et sonore, cet accent convaincu
et entraînant, ces réponses et réparties
brusques et promptes comme des boulets, ironiques et mordantes quelquefois, mais toujours aimables ; voyez encore ce laisser-aller, cette façon originale d'agir et de parier un peu démocratique et familière, cavalière même, si l’on veut ; mettez enfin un cœur de mère dans cette poitrine d'homme, et l’on aura le portrait de M.
Désaulniers au milieu de ses élèves, en même temps que la raison du culte d'amour et d’admiration qu'ils lui portaient.
Les élèves n'arrivaient pas en classe avec ce dégoût ou cette crainte qu'on remarque trop souvent, et qui malheureusement déforment les caractères et les intelligences ; ils y allaient joyeux et contents, heureux de rencontrer leur professeur bien-aimé, de l'entendre parler, de boire à ce vase d’où la science débordait
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MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 27
à pleins bords. Aussi, quels efforts il faisait pour leur rendre l’étude aimable et agréable, pour leur faire apprécier les charmes de la philosophie par la chaleur de sa parole, la clarté de ses explications ; pour leur communiquer l'enthousiasme qu’il éprouvait lui-même pour la science !
Lorsque, par une interpellation habile faite quelquefois par un élève qui ne savait pas sa leçon, on faisait tomber la discussion sur une des belles questions qui préoccupaient constamment sa pensée, . quel silence ! quelle attention respectueuse !
Lorsque la cloche sonnait pour la récréation, on était presque mécontent. Et ce n’était pas seulement de philosophie qu’il parlait dans ce temps-là ; mais comme tout s’enchaînait et se soutenait dans sa vaste intelligence, il parlait de droit, de médecine, de commerce et de politique.
Queltrésor pour une maison d’éducation !
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28 MESSIRE L.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
Faire des hommes ! c'était son mot et son objet. Aussi, il conduisait ses élèves comme des hommes, par la raison, par la persuasion, l’amour-propre bien entendu et le respect de soi-même ; et en effet, avouons-le, lorsqu'ils sortaient du collège, la plupart étaient plusavancés, plus hommes, que d’autres le sont à vingt-cinq ou trente ans.
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À ceux qui lui reprochaient de ne pas écrire, de ne pas faire des livres, il répon-
dait par ces belles paroles : “ C’est vrai, je n'écris pas, mais j'espère avoir laissé dans l'esprit et le cœur de mes élèves ce
que je pensais, ce que je sentais. Mes élèves seront mes livres.” Cette réponse
rappelle le mot fameux de cette fière | Romaine qui disait, enmontrant ses trois
fils : “ Voici mes bijoux.”
11 avait quelquefois une manière pittoresque et emphatique de dire certaines
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choses, de proclamer certaines vérités. Il disait, un jour, en parlant du progrès :
“ Le progrès ! c’est une belle et grande chose ; mais on en a tant abusé, qu’en religion on en a fait une hérésie, et en politique une bêtise.”
Un jour qu'il discutait savamment sur la matière, un élève voulant lui faire une objection, frappa le mur avec son poing, et s'écria que, malgré toute sa science, M. Désaulniers ne lui ferait pas croire qu’il ne voyait pas et ne touchait pas en ce moment de la matière. “ Ah! tu vois la matière, toi, tu touches la matière! Eh !
bien, tu es plus fin que moi ! Il y a quarante ans que je veux en voir et en toucher, et je n'ai pas encore réussi.”
Inutile de répéter ses explications, mon but n'étant que de peindre M.
Désaulniers dans ses rapports avec ses
élèves.
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30 MESSIRE 1.-8. LESIEUR DÉSAULNIERS.
Ses élèves ! on aurait dit que chacun d'eux était une partie de lui-même ; leur progrès et leur bonheur, c'était toute son ambition. Il aurait voulu les pénétrer de sa foi et de sa science, leur apprendre tout ce qu'il savait lui-même, les mettre en état de briller dans le monde ou dans le sacerdoce par leurs connaissances comme par leurs vertus, par leurs manières et leur esprit ; enfin, il allait jusqu'à leur dire comment faire un bouquet.
Fidèle à son système d'en faire des hommes, il leur demandait moins les signes extérieurs, qui passent, que ‘les principes, qui restent.
Pour les habituer à penser et à se conduire par eux-mêmes, il avait fait de la classe de philosophie au collège de Saint- Hyacinthe une espèce d'institution, un état dans l'Etat : c'est par elle qu'il prétendait conduire la communauté, et il
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MESSIRE 1I.-8 LESIEUR-DÉSAULNIERS. 31
s’appliquait à lui faire comprendre son rôle et son influence. Punir un philosophe !
jamais ! Quel magnifique système ! Si les élèves de ce prêtre distingué, de ce professeur incomparable, ne sont pas ce qu'il a voulu les faire. des hommes ! ce n’est pas sa faute.
Disons, pour finir ce tableau, qu'après
avoir enseigné les choses les plus sé-
rieuses, après avoir discuté les questions philosophiques de la plus haute portée, il passait ses récréations avec les écoliers, jouant avec les petits comme les grands, aux cartes, aux dames et aux échecs, aussi enjoué, aussi bruyant qu'eux.
J'ai dit qu'il n’écrivait pas ; cependant, ce qu’il n’a pas voulu faire pour le public, il l’a fait pour le collège de Saint-Hyacinthe. Il a laissé une belle traduction d'une grande partie de la Somme philoso+ phique de saint Thomas,des cahiers de notes
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32 MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
et d'analyses sur toute espèce de choses, et un Traité des obligations qui dénote une connaissance approfondie de notre droit coutumier et de nos statuts. (Car, il faut dire que, non content d'enseigner la physique, les mathématiques, l’astronomie, la chimie et la philosophie, il avait établi une chaire de droit à l’usage des élèves de philosophie, et plusieurs disent que son cours en valait bien d’autres. Il enseignait cela comme tout le reste ; ce:
qui lui entrait dans la tête en sortait lumineux, brillant comme des rayons de soleil, on aurait dit que chaque science y avait sa case ou son compartiment.
En mil huit cent soixante-sept, il publia, dans le Courrier de Saint-Hyacinthe, des articles remarquables sur “ le progrès.”
Aussi savant en loi ecclésiastique qu’en:
loi civile, il était l’avocat et l’oracle des curés du diocèse ; on le consultait de tous côtés.
Saint Alphonse de Liguori était son
né homme pour la théologie morale, comme | | FES saint Thomas l'était pour la théologie dog-
sr: 11 matique et la philosophie. On l’a entendu
ME dire plus d’une fois que saint Alphonse
Nr de Liguori serait un jour déclaré Docteur
neuls de l'Eglise.
> des |
tnt J'ai parlé de sa foi. Il croyait avec la
PE à naïveté de l’enfant et l'énergie du philo- .
>: ce sophe qui a trouvé la vérité. “Je crois, | ortait disait-il souvent, mais je serais bien mal-
nv di heureux si je ne pouvais m'expliquer ma
ience foi.”
Cet homme à la figure si énergique, à È blia, la tête si forte, aux allures presque mili- | , des taires, était, comme on sait, doué de la plus 18.” grande sensibilité. Une belle page sur EN l'Eglise, sur le pape, faisait pleurer ces : dir yeux si fiers,si indépendants en apparence.
Eêe Cette sensibilité qu'il cherchait à dissi-
muler lui jouait de mauvais tours. Quelp)
quefois, pendant la récréation, ses élèves s’approchaient de lui et lui présentant un journal, lui disaient : “ Lisez-nous donc cela, Monsieur Désaulniers, il paraît que c'est bien beau.” Le bon professeur se mettait à lire de sa voix la plus mâle, de son accent le plus convaincu ; mais bientôt son ton baissait, sa voix s’enrhumait, ses yeux s’embrouillaient, il était arrivé à un passage où il était question du pape.
I] se hâtait de s’en aller en donnant pour prétexte que sa digestion le fatiguait.
L'infaillibilité était pour lui un dogme avant même que le concile en eût fait un article de foi ; il avait exprimé l'opinion qu'un célèbre et d’ailleurs bon traité de théologie devrait être banni de nos écoles, parce que cette vérité n’y était pas sufsamment affirmée.
Ses dernières paroles en public furent pour cette Eglise et ce pape qu'il aimait tant.
MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS, 935
La population de Saint - Hyacinthe, réunie dans la cathédrale, disait adieu à quelques-uns de ses enfants qui partaient pour s’enrôler sous l'étendard du souverain Pontife. M. Désaulniers avait été chargé de faire le discours de circonstance.
M. Oscar Dunn, alors rédacteur, du Courrier de Saint-Hyacinthe, eut la bonne pensée de recueillir les paroles éloquentes qui tombèrent de sa bouche ce jour-là ; nous les reproduisons plus loin.
Lorsque M. Dunn eut écrit le discours de M. Désaulniers, il alla le luilire afin de s’assurer si c'était bien cela. Il n’en avait pas lu la moitié que le savant professeur de philosophie avait les joues baignées de larmes.
Un autre trait achèvera de faire comprendre ce qu’il y avait de foi et de dévouement dans l’âme de ce prêtre. Il avait une passion, la plus canadienne et
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36 MESSIRE I.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
certainement la plus innocente des passions, il aimait la pipe.
Un jour, un élève étant tombé malade, il promi: de renoncer à cette agréable distraction, si le jeune malade recouvrait la santé. L'élève ayant guéri, M. Désaulniers tint sa promesse jusqu’à son dernier jour.
Une singulière particularité !
M. Désaulniers dont les yeux paraissaient si bons, ne voyait pas le rouge.
Est-ce pour cela qu’il l’aimait si peu en politique ?
Il avait un grand respect pour l’autorité civile, et ses relations amicales avec les premiers hommes du pays fürent d'une grande utilité au collège de Saint- Hyacinthe.
Son patriotisme était à la hauteur de
MESSIRE 1.8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 37
ses autres sentiments. Du patriotisme !
Un homme si bien fait pouvait-il ne pas en avoir ? La vie de celui qui consacre une si grande intelligence et un si noble cœur à l'éducation de la jeunesse n'’estelle pas un acte continuel de patriotisme ?
Si les hommes n'apprécient pas sufiisamment ces dévouements obscurs mais sublimes, quelle couronne Dieu doit leur réserver !
La réputation de M. Désaulniers n'avait pas tardé à franchir les murs du collège où il avait concentré son existence.
Vers les années mil huit cent quaranteneuf et mil huit cent cinquante, il faisait, à l'Institut - Canadien de Montréal, des lectures qui eurent du retentissement.
Il n’y a pas bien longtemps encore, il nous était donné de goûter à son enseignement philosophique. C'était au Cabinet de lecture paroïissial ; il avait pris pour