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sujet de son discours : l’Etre. C'était un thème aride et peu attrayant ; et cependant l’auditoire était ravi. Quelle science ! Quelle lucidité d'intelligence ! Quelle clarté dans l'expression !
Quelqu'un qui avait assisté aux leçons des plus grands savants de l’Europe disait qu'ilavait rencontré des hommes aussi instruits que M. Désaulniers, mais que jamais il n’avait entendu un enseignement plus clair et plus éloquent que le sien.
Dans une lecture qu'il fit, à peu près dans le même temps, devant l'Ecole de médecine, il étonna tout le monde par la science et la largeur de vues avec lesquelles il parla de l’organisation physique et intellectuelle de l’homme.
On dit que les étudiants en médecine, gens assez peu sensibles, on le sait, furent vivement impressionnés par cette parole
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admirable et qu'ils en gardent encore le souvenir salutaire.
Ajoutons que Montréal eut aussi le plaisir de l'entendre parler du haut de la chaire de Notre-Dame, dans deux circonssances solennelles : une fois, c'était la fête de la Saint-Jean-Baptiste ; et l’autre fois, lors de la grande cérémonie funèbre qui eut lieu en l'honneur des héros de Castelfidardo.
Sa prédication était aussi vivement goûtée dans les campagnes ; lorsqu'on voyait M..Désaulniers monter dans la chaire, c'était un heureux événement.
Mais M. Désaulniers avait plutôt l’éloqueñce de la philosophie que celle du sentiment et de l'imagination ; il aimait mieux discuter que prêcher ; l’habitude de l'improvisation et des allures dégagées de l’enseignement nuisait à la prépara-
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4 MESSIRE 1I.-S. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
tion de ses discours ou sermons. Esprit philosophique avant tout, il s’occupait peu de tirer parti des lieux communs et des ressources oratoires nécessaires en certains cas. Marcher dans les sentiers battus, dans les chemins connus, ne suffisait pas à son courage et à son esprit ; il aimait à élargir le chemin, à ouvrir des horizons nouveaux ; s’il rencontrait une montagne, il n’en faisait pas le tour, il passait au travers ; on le suivait au sillon lumineux qu'il laissait derrière lui. Habitué à parler à jets continus, à laisser sa pensée courir bride abattue, dans un monde sans
limites, il S’'impatientait, lorsqu'il lui fal-
lait mesurer ses paroles et gêner ses mouvements. On aurait dit un coursier sauvage incapable de supporter le frein, un
torrent dont on veut arrêter les eaux puis-
santes.
De pareils hommes ne devraient pas mourir, du moins pas dans la vigueur de
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l’âge, au cœur de la moisson, lorsque le monde recueille abondamment les fruis de leurs travaux. Malheureusement, ce sont presque toujours ceux-là qui s’occupent le moins de prolonger leur vie.
Pour montrer à leur bien-aimé professeur combien ils s’intéressaient à sa précieuse existence et pour lui permettre de conserver ses forces par un exercice salutaire,les anciens élèves du collège de Saint- Hyacinthe lui offraient, au mois de septembre mil huit cent soixante-quatre, un magnifique billard. M. Désaulniers fut sensible à ce témoignage d'estime et de reconnaissance si plein de délicatesse et d'opportunité, :
C'est près de ce billard, qui lui rappelait de si doux souvenirs, que le trente avril mil huit cent soixante-sept, l’ange de la mort l’avertit de sa fin prochaine en le frappant du bout de son aile. Il se
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hâta de profiter du temps qui lui restait à vivre pour couronner dignement sa vie en assurant l’avenir du collège de Saint- Hyacinthe.
Il fit bien de se hâter, car, le cinq avril de l’année suivante, l’ange revenait chercher sa belle âme pour la porter devant Dieu. |
Un concert unanime de regrets et d’éloges s’éleva de toutes les parties du pays. Qu'il était touchant de voir la douleur de tous ceux qui avaient eu le bonheur de le connaître et de recevoir ses
enseignements ! L'illustre défunt avait dit que ses élèves seraient ses livres ; il aurait pu ajouter qu'il aurait dans leur souvenir un monument plus glorieux et plus durable que la pierre qui couvre sa tombe.
DISCOURS DE M. DÉSAULNIERS A l’occasion du départ des Zouaves de Saint-
Hyacinthe pour Rome.
Surrexit Judas, qui vocabalur . Machabæus, filius ejus, pro eo.
L'aspect général du royaume de l'Eglise dans le temps présent, nous fournit, mes Frères, un grand enseignement. Aujourd'hui plus que jamais peut-être, il nous est donné de comprendre la mission de l'Eglise sur la terre, mission de luttes, de combats continuels de la vérité contre l'erreur, du bien contre le mal. Jésus- Christ, en venant sur la terre, venait pour combattre ; sa vie a été une longue lutte contre l'erreur du paganisme et contre les persécutions, et lorsque montant aux
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cieux il promit à son Eglise qu'il serait avec elle jusqu'à la consommation des siècles, il lui dévoilait par là même la condition de son existence parmi les hommes : toujours résister au mal, toujours subir les attaques des ennemis de Dieu et toujours repousser ces attaques jusqu'au jour de la lumière éternelle, de la récompense des élus,où Dieu, rappelant à lui les bons soldats, leur ouvrira le ciel et fera de l'Eglise militante l'Eglise triomphante dans l’impérissable gloire de Jéhovah.
Combattre, c’est toute la vie de l’homme sur la terre, militia vita hominis super terram.
Ce combat, commencé avec Lucifer, ne
finira qu'avec la dernière bataille livrée contre l’Antechrist. -Il y a deux camps, il faut passer dans l’un ou dans l’autre.
Pour nous, énfants de l'Eglise, ces combats font notre bonheur et notre gloire,
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car ils préparent et assurent notre avenir au-delà du tombeau.
La circonstance qui nous réunit est un exemple de ces luttes. Quoique éloignés de Rome, le centre de la catholicité et pour cela même le point de mire de la fureur des impies, nous avons entendu les gémissements du père des fidèles, et c’est l'honneur de notre pays de fournir aujourd’hui des défenseurs à la plus noble et à la plus sainte des causes, à la cause de l’ordre, à la cause de Dieu même. À ces jeunes gens qui nous disent adieu au moment de partir pour s’armer du glaive du Seigneur, et à vous tous, mes Frères, je veux dire ce qu'est le Royaume de Dieu et ce qui doit fortifier ceux qui le défendent.
L'Eglise est un royaume, regnum cælorum ; ses frontières doivent s'étendre jusqu'aux dernières limites des terres habi-
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tées : ses :ois doivent pénétrer dans les palais des rois comme dans la chaumière du pauvre. Rome est sa capitale, le Pape est son souverain. L'établissement de ce royaume est le moyen que Dieu a pris pour assurer le salut des hommes ; l'Eglise n’a pas d'autre destinée que celle de préparer notre gloire éternelle.
Or, il importe que ce royaume ne périsse point. Pour l’établir le Verbe de Dieu s’est fait chair et Jésus-Christ a subi les souffrances de la croix ; c’est assez dire que son existence est la condition même du bonheur de l’humanité tout entière.
Si donc ce royaume est attaqué, le devoir des catholiques est de voler à son secours, de s’armer pour la défense des droits sacrés qui forment la base de sa constitution divine. En lui promettant une durée dont le terme sera la consom-
mation des siècles, Dieu s’est mis en cause, pour ainsi dire. Quelle gloire pour nous de travailler suivant nos faibles forces pour que la parole de Dieu ne reçoive point de démenti! Quelle gloire, ai-je dit ; mais n'est-ce pas aussi une obligation sacrée ? Ne sommes-nous pas obligés de défendre l'Eglise qui nous
donne le bonheur dans l'éternité ? Combattre pour l'Eglise, c’est soutenir Dieu :
quelle gloriole humaine peut être com-
parée à cette suprême gloire! Et soutenir un Dieu mort pour nous, quelle
obligation plus douce et en même temps:
plus méritoire !
L'Eglise, c’est le moyen de parvenir au ciel ; défendre l'Eglise c'est travailler à la conservation de ce moyen, et comme le salut est la dernière fin de l’homme, il faut dire que défendre l'Eglise est la plus belle mission qui puisse échoir à l’homme.
Ce n’est donc pas avec un sentiment de
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tristesse que nous devons assister à la s0lennité d'aujourd'hui. Réjouissons-nous plutôt dans le Seigneur de ce qu'il est donné à notre bien-aimée patrie de fournir des hommes à l'armée du Christ. Je le sais, je le comprends, ceux à qui nous disons adieu en ce moment font un immense sacrifice en quittant leur pays ; ils courent le risque de compromettre ce que nous appelons leur avenir, leur succès temporel : ils abandonnent leur famille, leur patrie, et, mes Frères, le cœur de l’homme s'attache à la patrie comme il s'attache à sa mère. Mais ils ont le courage de ce sacrifice. Ils abandonnent leur mère selon la chair pour voler au secours de leur mère spirituelle l'Eglise ; ils se séparent de leur père en ce monde pour aller défendre la cause de Dieu, leur père au ciel ; ils laissent le Canada, leur patrie, pour aller combattre sous les dra-
peaux de l'Eglise, qui est aussi leur pa-
trie, et qui leur prépare un séjour meil-
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leur. Hommage à eux ! ils sont les bras du Seigneur, ils ont cette force qui a vaincu le monde.
Je sais encore qu'ils causent des sacrifices autour d'eux. Leurs pères comptaient sur eux. Mais j'admire encore la noble idée qui inspire les pères de ces jeunes gens. Ils aiment l'Eglise et lui donnent leurs fils pour la défendre ; de même Dieu a aimé le monde jusqu’à lui donner son Fils pour le sauver.
Les mères de ces jeunes gens souffrent aujourd’hui dans leur allégresse religieuse. Elles ont le courage, la force ; mais leur cœur de mère ne peut pas ne pas s’alarmer à l'dée des dangers que vont courir leurs fils La vierge Marie au pied de la croix avait cette joie céleste promise au sacrifice, en pensant à la gloire de son divin Fils, mais elle payait son tribut à la nature humaine par d'a-
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bondantes larmes: Sfabat mater dolorosa.
Ainsi, mères chrétiennes, vous pleurez au départ de vos fils pour le champ de bataille, mais vos âmes se réjouissent à la pensée de la bonne action que vos enfants ont la généreuse intention d'accomplir.
Vous êtes les sœurs de cette noble dame de notre ancienne mère-patrie, qui apprenant que son époux venait d'être tué sur le champ de bataille de Castelfidardo, conduisit son fils aux pieds des autels et l'offrit aussi au Seigneur au milieu de ses larmes de mère.
Remercions la Providence de ce qu'il lui a plu d’inspirer tous ces dévouements.
Gardons-nous de la tristesse lorsque nos compatriotes s'élèvent au-dessus du commun des hommes ; dans ces jours où les caractères sont si dégradés, nous devons nous réjouir de pouvoir contempler des âmes fortes et généreuses, et d'être témoins de belles actions. Comrae Cana-
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sur ony et Ses
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