CHAPITRE II
De ce desservant, qui, pendant quarante années, dans le montagneux hameau d'Abrecave ne cessa de déployer son zèle et qui, avant de mourir, avait élevé Sylvain jusqu'à Dieu, je tairai le nom trop connu. Il était né eu 1809, eu face des bleus coteaux des blanches Pyrénées, dans une maison renommée pour son honneur et sa charité. De ces jours à ceux où nous vivons, encore qu'ils semblent si proches, il est un intervalle plus grand que le temps ne le mesure. Je regarde autour de moi. L'été contemporain est là, avec ses tares augmentantes, ses moisissures sur les feuilles, ses lèpres sur les fruits, et cette guerre au regard de laquelle ne furent que des jeux d'enfants ces combats de iS[4, qui furent livrés dans cette contrée même où s'élevait le château patrial du futur curé d'Abrecave. Il avait alors cinq ans.
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Qu'ils différaient des nôtres, les juins, les juillets et les aoûts d'alors! Pour les voir dar, leur robustesse, il n'est que de fermer les yeux et considérer dans la nuit de son recueillement le feu de rameaux de grosses cerises, au-dessus de lisières d'épaisses prairies, et le-s moissons calmes et lourdes dans le bleu. Pour en goûter l'harmonie, il n'est que de clore ses oreilles au brait de ce nouveau siècle, et d'écouter l'angélus d'il y a cent ans lancer au soleil les essaims de ses ruches de bronze. Pour les aspirer, il n'est que de se détourner des flacons des patriciennes et des courtisanes et d'accueillir l'arôme des framboises qui semblaient sommeiller en attendant une cueilleuse dont les simples toilettes n'avaient d'autre parfum que celui de l'air pur. Pour les goûter, il n'est que d'ouvrir l'ancien livre de cuisine où la gravure montre un déjeuner dressé dans une joie de capucines et de bluets. Pour les toucher, il n'est que de joindre les mains et de laisser notre cœur s'appuyer sur les choses mortes.
Car, où situer ce cœur, sinon dans le passé, alors que le présent nous leurre? Cet appel au passé, il est l'appel au futur encore. Et, avant
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tout, il est l'appel à cette éternité bienheureuse qu'entrevoient seuls les saints, les enfants et les poètes. Mais, en elle-même, la nature avait une bien autre valeur il y a quelques années qu'aujourd'hui où le torrent du mal ron^e les dernières assises du monde. L'année que naquit le futur curé d'Abrecave était moins éloignée de la période où les champs d'Abraham et de Booz éclairaient la terre que nous ne sommes distants du siècle qui précéda le nôtre. Qu'avons -nous fait pendant ce laps de temps relativement court? Nous avons crucifié tellement Xotre- Sei^neur Jésus-Christ que les bois sont tombés en pourriture, que l'hostie est la proie du charançon et la grappe des infiniment petits.
C'était donc une campagne bien moins déchue que la campagne actuelle que découvrait, avec des yeux de saint et de poète, cet enfant de cinq ans. Il semblait que pour lui l'ange à l'épée flamboyante, préposé à la garde de l'Eden, laissât fléchir la consigne. Par une fente de la porte, qui s'ouvrait au bas du parc, Tinnocent apercevait une terre promise. Et les blés à l'odeur acide, et les grappes au parfum flétri, que l'on rapportait de ces régions inconnues,
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étaient si opulents qu'il avait envie de pleurer. Un jour, la magnificence divine l'enveloppa. Cétait pendant les plus fortes chaleurs. Il était entré dans le cabinet de travail de son grandpère absent, et il vit un livre énorme ouvert sur un pupitre. Il se haussa, à l'aide d'un escabeau, et un monde s'ouvrit devant lui dans le soleil dévorant la page illustrée. Il y avait des espèces de chevaux dont les jambes et le col étaient si longs que leur tète pouvait atteindre les premières feuilles situées fort haut, d'arbres qui ombrageaient un puits. Ces chevaux étaient bossus. Quelques-uns avançaient vers la m.argeîle ce col si long et si souple, qu'il semblait ramper. Deux s'embrassaient en relevant toute leur taille, et un homme qui les gardait cherchait à ressaisir leurs brides qui flottaient négligemment et bouclaient de grands huits avec les courbes de leurs attitudes. Un autre homme à genoux déliait des outres auxquelles Tune des bêtes, pareille à une cornue, semblait vouloir s'aboucher, tandis qu'au centre du tableau deux personnes par-dessus tout charmaient Tenfant. Une belle femme y tenait, entre ses bras, une cruche dont elle approchait l'orifice
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des lèvres altérées d'un voyageur. A travers les arbres, on distine^iiait une ville et un pont qui paraissaient dormir en rêvant.
J^e petit garçon était pâle, d'une sorte d'émotion sacrée qui s'émanait de l'imag-e comme s'exhale un parfum d'un bois d'Orient. Et l'aïeul, qui rentrait, le trouvant dans cette extase, l'embrassa et lui dit :
— Ce livre que tu regardes est le livre du bon Dieu.
Dès lors la vie apparut à ce marmot de six ou sept ans comme imprégnée de l'esprit de ce bouquin. Mais il né chercha pas à le rouvrir, car il était discret. Seulement, lorsqu'il montait à la bibliothèque de son grand-père, il s'asseyait sur une petite chaise de telle manière qu'en élevant la tête il pût voir sur un rayon le dos en parchemin du volume. C'est le livre du bon Dieu, se répétait il. Et la gravure invisible s'&nimait dans sa mémoire où les grandes bêtes de somme faisaient un mouvement, la brise du soir remuait les palmes, l'un des chameliers poussait un cri, le frais et liquide cristal brillait sur la barbe du buveur. Et l'enfant, qui devait être un jour le curé du hameau perdu d'Abrecave, avait soif
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déjà de celte eau si pure qui doit devenir en nous une source jaillissante pour la vie éternelle.
Considérez cet enfant unique, par le fait de la mort prématurée de sa mère, grandissant loin de ceux de son âge, entre un père très bon, mais triste, et absorbé par l'administration du vaste domaine, et un aïeul qui de son temr-s faisait deux parts : Tune à sa vie religieuse profonde, Tautre à Tétude des plantes et des insectes. On ne savait ce qui donnait un aspect si imposant et si aimable h ce vieillard, mais nul ne l'oubliait qui l'avait une fois abordé.
Pour lui épargner le collège, il donnait à son petit-fils des leçons bien plus que suffisantes, puisqu'elles ornaient son jeune esprit en le sanctifiant.
Lorsque le solitaire écolier eut dix ans, le livre de Dieu demeuré jusque-là sur l'étagère, durant les heures d'étude, s'ouvrit chaque matin sur de nouvelles images qui étaient les sœurs de celle qui l'avait enchanté. L'aïeul exposait les passages de l'Histoire sainte auxquels se rapportaient les illustrations. Sa voix se faisait alors plus douce et plus j^rave
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encore, comme la brise de la soirée dans le verger de Dieu. C'était moins une leçon à apprendre qu'une respiration de l'âme. Le petit s'accoutumait sans peine à cette société de patriarches, de prophètes, d'apôtres, d'évangélistes, de martyrs. Ils étaient si faciles à vivre, ies patriarches, av'ec leurs barbes blanches, leurs troupeaux, leurs moissons! Il les vénérait, et, aussi, les prophètes tenant leurs tables sur la montagne tonnante, ou dans le déserti Et les apôtres qui, tout en se dévouant au prochain, pratiquaient d'humbles métiers I Et les évangélistes dont le roseau laissait couler le clair langage de Notre-Seigneur Jésus-Christ I Et les martyrs dont le sang, tel qu'un feu vif, embrasait parfois les consciences mortes.
Ce fut avec l'assistance et la protection de ces élus que l'enfant fit sa première communion, entre son père et son grand-père, dans l'église qui attenait au château. Fête mélancolique! où les larmes de ces deux croyants coulèrent sur les joues du demi-orphelin.
L'éducation continua. Le vieux gentilhomme se gardait de ne point célébrer devant son élève, dans l'histoire profane, ces héros qui
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furent l'honneur de la terre en marquant et défendant les front 'ères, en rexplorant ou en chantant ses beautés. 11 l'instruisait encore touchant la dignité de la femme, épouse et mère, et, tout naturellement, après lui avoir parlé, le matin, avec l'aide du livre de Dieu, de la suréminente vertu de la sainte Vierge, il l'entretenait, le soir, des créatures qui accomphssent leur devoir familial avec soin, et gagnent ainsi le Ciel comme avaient fait celles de leur lignée.
Le bon humaniste en revenait souvent au chapitre de ceux qui dépeignent les beautés naturelles et les mouvements du cœur; et, sans fatiguer l'entendement de son disciple, il lui lisait les scènes les plus bucoliques et les plus pathétiques. C'est ainsi que les champs de Booz les conduisaient à la culture de Virizile: l'Arche de Noé les transbordait sur les caravelles des Lusiades; dans la nuit des tragiques ^recs, ils percevaient l'écho du cri d'Abel; le poisson que le jeune Tohie capturait les faisait un instant se pencher sur les nasses de Théocrite; Thysope du Calvaire parfumait la description de Linné.
On ne pouvait rien concevoir de plus intelligemment pur que cet adolescent, élevé dans
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cette harmonieuse solitude, lorsqu'il atteignit sa quinzième année. Au physique il était assez frêle, mais d'un ^albe merveilleux qu'il tenait de sa mère, comme son teint brun aussi. Un front fier, que l'on eût dit taillé à facettes dans une pierre dure, des yeux de vieux portrait qui vous suivaient partout; un nez mince, à peine relevé; une bouche déjà ascétique avec des dents courtes et luisantes, un menton un peu de galoche, des oreilles bien faites, quoique légèrement détachées.
On songeait à lui faire embrasser la carrière des ambassades, mais il demeurait silencieux touchant ses desseins.
L'aïeul, qui pensait ne rien devoir négliger dans cette éducation, lui parla de Tamour humain sans contrainte, après lui avoir enseigné celui de Dieu. Il voulait, en l'instruisant de cette manière, le préparer à distinguer une beauté digne d'être sanctifiée d'avec cette chaude volupté qui donne le délire et la mort. Et ce chrétien, né vers 1764, dont la vie fut toujours un austère exemple, évoqua dans l'esprit de son petit -fils la splendeur des fiançailles de l'Ancien Testament, la gentillesse des chasseresses et
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bergères de ranthologie, et la grâce des chastes rêveuses, contemporaines de Télève, qui souriaient aux campagnes d'azur à travers les cordes d'une harpe.
Tels étaient Its seriùmeiits de ce jeune homme lors(|ue, par un atirès-diner de fin d'automne où le veut plongeait, tel qu'un oiseau lent, dans les fourrés rouves, son père lui dit ;
— Tu seras ijien p^révenant demain pour une enfant de tan âge qui viendra déjeuner avec sa famille qu'elle a accompagnée aux eaux de Saint-Jacques. Elle est de Paris. Elle se nomme Cécile.
— 11 y a bien iongtenips, remarqua l'aïeul, (|ue nous n'avons reçu d'amis.
Et se tournant vers son pelit-fils :
— Qu'il y a longtemps, mon Dieu! Depuis la mort de ta maman, c'est un tel vide! Nous vivons comme des hiboux.
Ce prénom de Cécile toucha l'adolescent et fut comme un flocon de neige qui se serait posé dans son cœur. Il ignorait pourquoi. Il savait que s'appela ainsi une vierge chrétienne, d'illustre origine romaine, et martyre du u^ siècle. El, recherchant le soir même, dans une Vie des
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Saints restée à sa disposition, l'histoire de Cécile, il y relut cet épisode du supplice où elle demeure intacte au milieu des flammes, avant qu'on lui tranche la tête, et cet autre épisode de son exhumation où son corps réapparaît, à quatorze cents ans de distance, revêtu de la tunique d'or trempée de pourpre humaine, intact et tel qu'au moment des noces éternelles.
Cette petite Cécile, dont on annonçait la venue pourle lendemain, qu'elle devait être aimable, et pieuse, et jolie, précédée du prestige d'une telle patronne! Celui qui l'attendait avec impatience ne se trempait point.
Entre les vertes caisses d'orani^crs, dans le radieux matin, des toilettes multicolores débordaient le coche, et l'air claquait aux fouets des ^niides en costume ossalois. Elle gravissait, reconoaissable entre tous, le perron. Elle était belle comme la 'eunesse, blanche comme un lys, et son chapeau semblait bercé par le beau temps. N*était-ce pas avec une robe semblable que ses sœurs aînées des premiers temps marchaient niix lions qui ne savaient que lécher leurs pieds nus? Hue vos créatures, Seigneur, sont admi-
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rables ! Que le vase d'argile, plein de Teau du baptême, est digne d'être aimé !
Les parents de Cécile furent pressés, et acceptèrent de s'arrêter au château jusqu'au lendemain matin. Et, le soir, après le repas, la mousseline des prairies remua sous la lune. La jeune fille, troussée dans un châle, frémissait un peu, assise seule sur la pierre courbe du banc de la terrasse, sous une chute de roses. Il s'approcha d'elle, s'assit auprès et pleura.
— Vous n'avez plus de mère, lui dit-elle.
Il se taisait. Elle détacha de son cou sa chaîne où pendait une croix et l'agrafa au cou de l'orphelin. Ils étaient fiancés.
Durant trois années qui lui parurent brèves, tant sa méditation devait s'élever à ces hauteurs où l'absence n'existe plus, ce jeune homme cultiva dans le secret cet amour que de son côté lui gardait Cécile. Ils ne se revirent point alors; non plus ils n'auraient osé correspondre. Mais ils étaient stjrs l'un de l'autre comme le lys l'est de son parfum : sans le savoir. Ils ne se retrouvèrent qu'en 1829, dans ce Paris qu'elle habitait et où il était venu, après avoir ter in i né de fortes élu;
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la carrière que lui souliaitaieiU son père et son aïeul. El il la reconnut, mais plus belle de ce qu'il l'avait considérée plus longtemps à travers plus de ciel.
Et alors se produisit ce fait sans doute unique dans l'histoire de notre littérature, que, dans l'hurnble appartement qu'il avait loué, il écrivit en quinze mois le chant d'amour le plus pur qui eût jailli jusque-là. Et, quand il fut terminé, du même calme qui avait présidé à celte inspiration où vivait tout ce que la grâce divine et la grâce humaine lui révélèrent, il écrivit sur la première page : Cécile. Et il enferma, sans en faire part à quiconque, ce cahier de parchemin dans un coffre d'où il ne le i élira que pour Toffrir en i83î, à sa fiancée qu'il épousait.
La santé de Cécile ayant subi dans la grande ville des atteintes inquiétantes, ils s'installèrent dans le château familial où, six mois auparavant, l'aïeul s'était endormi^ et où, six mois après leur arrivée, le père acceptait saintement la mort.
La vie du couple fut celle même qu'avait prévue le poème maùniti'jue, ju.'qn'en i834 où Cécile quittait la terre au moment qu'elle don-
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naît le jour à une petite fille dont le nom fut Marie. Ce veuf de vingt-cinq ans prit sur son cœur cette enfant qui le lui brisait.
Et il se prit à l'aimer d'un amour sans nom, d'un amour qui n'a point son pareil quand il se développe pleinement, amour souverain, image de Tamour de Dieu pour Dieu, amour qui embrase les entrailles de celui qui n'écoute plus sa propre vie : l'amour du père. Ce fut lui qui, aidé par quelques paysannes dont il était jaloux, nourrit cette petite avec le lait d'une vache qu'il avait choisie dans la campagne en fleurs. Il couchait son enfant dans sa propre chambre, épiait son souffle et, priant, il retenait entre ses doigts joints l'une des frêles mains. L'âme de la morte lui était si présente qu'en donnant ces soins il répondait en silence aux désirs maternels. Dès l'aurore, il s'habillait sans bruit, se rendait à la Messe où il communiait, ne prolongeait que peu à l'église son action de grâces, afin de laisser le moins longtemps possible Marie avec la garde qu'il avait placée auprès du berceau. Regarder sa fille et méditer, c'était maintenant toute sa raison d'être, il néghgeait même tout à fait rexploitalion des terrea, ce
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qui était d'autant plus regrettable que ceux qui l'avaient précédé, il s'en rendait compte aujourd'hui, son père et un peu son aïeul, avaient été la proie de métayers madrés et s'étaient endettés. Mais que lui importait la ruine? Son enfant venait de lui sourire^ son enfant essayait ses premiers pas.
Bientôt, les progrès de Tvlarie cessèrent. Elle blêmit. Son venlre grossit à mesure que ses jambes devenaient étiques et flageolaient. Et, un jour que son père, dont l'inquiétude grandissait, regardait l'innocente cueillir une feuille au jardin, il remarqua dans sa chérie cette forme, si spéciale, hélas! que prend le cou-de-pied chez certains enfants. Et il entendit son propre sanglot refoulé dans son cœur : mon enfant est bossue!
Cela n'était pas un mauvais rêve. Il le vivait en constatant cela, ce jour-là, à cette heure-là, à cette minute-là. Et, remontant dans cette même bibliothèque où, petit garçon, il regardait le livre de Dieu, devant le Crucifix il baisa la terre sourde.
Ce fut alors qne lui, nui avait chanté naguère avec tout son génie l'amour de l'épouse, avec le
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même génie commença de pleurer d'amour pour son enfant. Au bout de quatorze mois (les quatorze stations du Calvaire), cette sublime prière poétique où il remerciait Dieu de Tavoir chargé de cette vivante croix était terminée. Et, huit jours après qu'il eut écrit sur ce nouveau chefd'œuvre ce simple titre : Ma^ie, elle mourut. Et il l'enterra et il suspendit au pied du Christ, dans leur chambre, une étroite couronne de roses blanches artificielles qu'elle avait voulu qu'on lui fabriquât et qu'elle avait portée un jour.
Ce père affligé entendit alors l'appel déchirant et doux de la Grâce. Six ans après la mort de Marie, il entrait au séminaire après avoir vendu le château, payé les créanciers, distribué les meubles rares aux parents de Cécile. Mais les deux sublimes poèmes qui furent et demeurèrent, sur son ordre, à peu près inconnus, il les remit en mains de personnes qui étaient les proches de cette jeune femme qui lui donna son beau collier parce qu'elle les avait lus, compris, et parce qu'elle le savait pauvre parmi les pauvres.
Il fut ordonné prêtre en iS/iT), il avait environ
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quarante ans. Et, après vingt mois de vicariat dans un chef-lieu de canton où il fit l'apprentissao-e des âmes, il devint curé d'Abrecave où, à quelques lieues de Cécile, et tout près de son ant^e Marie, qu'il emporta jalousement avec lui, il repose.