‹ Monsieur le curé d'Ozeron, romanChapitre 16 sur 16 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Six mois après, le duc étant mort à Lourdes où il vivait avec sa femme et sa fille qui le pleurèrent, Monsieur le curé d'Ozeron racheta le château natal du saint Pasteur d^Abreeave. Et il dit à Bénigne :

— J'estime que ce domaine est le fruit de vos perles. Il apparaît que Dieu les a voulu multiplier pour qu'un bon nombre en revienne à vous qui les avez semées. Comme par deux tlots successifs, ayant traversé la mer, elles ont été rapportées au seuil de mon humble presbytère. Le fils du meunier et le fils de notre ancien maire ont servi les desseins de la Providence, si bien que même après avoir, sur leur avis, distrait, pour vous offrir cette propriété, les perles qui Font payée, le collier demeure intact, et bien au delà, sur les titres de mon tiroir. Voilà une aventure mag-nifique. L'Océan a semé son blé de

MONSIEUR lE CUI\É d'oZERON a8l

nacre dans la terre fertile où vous vivrez aVec vos enfants, puisque Mimi est fiancée.

Marie était fiancée, en effet, selon son cœur et sa raisoli, Marie plus épanouie que la larg-e rose de Tété. Le juillet suivant, avec celui qu'elle avait choisi et qui l'avait élue, elle se tenait sur cette même terrasse où, quatre-vingt-huit ans auparavant, en 1824, Tamour douloureux de Cécile s'était entr'ouvert comme iin lys.

II semblait que, dans ce coin romantique et reculé, en cette journée où Marie exposait au soleil sa joie robuste, la campagne si attaquée par notre siècle s'étalât dans la gloire du siècle précédent. Les gravures delà Bible, contemplées avec son aïeul par Tenfant triste et doux qui devint Pasteur d'Abrecave, revivaient. C'était comme la réalité après le songe. La solide jeune fille, le buste droit, regardait devant elle, tandis que l'ombre d'un chêne s'étendait à ses pieds, comme un prêtre mort solennellement troussé danssonmanteau limage de vieux desservantdont la bénédiction se perpétuait au delà de la tombe.

Et le monde s'ouvrait, le ciel se fendait sous le long éclair bleu des Pyrénées, les collines se

déroulaient sans heurt comme de belles pensées, leurs feuillages fumaient comme un encens, de petits pavillons se dissimulaient dans les vignes, tels des perdreaux, la route nationale s'avançait comme une procession qui tient des palmes de peuplier, des clochers éparpillés marquaient, de leur index, Tombre divine, des vaches se prélassaient dans la prairie, au bord du ruisseau où des mouches d^azur étincellent, un poulain parcourait, au triple galop, une pelouse. Tout cela, dans la grande corbeille du Seigneur. Et, sur la tête de la fiancée, les fauvettes sifflaient, les piverts dans le midi brûlant riaient. Le bronze tinta, d'une note si grave que Marie en ressentit la vibration dans son cœur. Et, comme elle se signait dans la cascade de l'angélus, elle rit à son fiancé qui avait aussi prié. Et cette bouche, qu^ avait été muette, s'entr'ouvrit comme une fleur de soleil.

A quelque distance en arrière. Bénigne tenait un collier de perles plus précieux que celui qu'un jour elle détacha de son cou : un humble et sombre chapelet qui avait appartenu à Thomme d'Abrecave et que lui avait donné Monsieur le curé d'Ozeron.

Marie, s'étant retournée, vit sa mère, alla vers elle, lui prit la main qu'elle baisa, laissant rouler de ses yeux noirs, parmi ces pauvres perles, une perle de joie plus belle que toute la parure de l'Océan.

Elle se reprit à sourire. Elle comprima son cœur, et, reg-ardant celui qu'elle aimait, elle fit, pour exprimer qu'elle était contente :

— Haï

Et, à travers l'orient de la larme qui baignait encore son iris, elle entrevit, dans l'allég-resse de la force, la famille pastorale assise au bord des moissons futures et, au delà des g-uerres à venir, et malgré elles, l'ascension de la rie évangélique prêchéepar le grand prêtre d'Abrecave, et par le digne Monsieur le curé d'Ozeron.

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