MAIS LE LENDEMAIN
Le lendemain, son amour s'était réveillé, il avait retrouvé l'avenir.
Et pourtant son désespoir était puissant encore... les sentiments les plus étranges l'agitaient. 11 pleurait toujours Clémentine; mais il la pleurait avec reconnaissance, avec adoration, comme une femme qui s'était sacrifiée pour lui; il l'aimait, il la bénissait dans sa pensée; mais il n'aurait plus donné sa vie pour la réveiller...
On ne put l'arracher de la chambre de Clémentine; il resta près de son lit toute la journée qui suivit la mort. Sa douleur avait quelque chose d'agité, de vivant, de bizarre, qui faisait craindre pour sa raison.
Ce n'était pas cette douleur immobile et découragée qui n'attend plus rien des jours, c'était un désespoir ardent qui semblait lui donner une existence nouvelle.
Il marchait à grands pas dans la chambre silencieuse, comme un homme préoccupé de vastes projets...
Son visage, d'une pâleur effrayante, s'illuminait tout a coup d'une rougeur inaccoutumée.
11 disait des mots sans suite. Il ne pouvait tenir en place.
Les gens qui le voyaient ainsi le croyaient fou.
Tantôt il tombait à genoux près du lit de Clémentine, et, s'abandonnant à sa douleur, il lui demandait- pardon avec des paroles déchirantes.
Dans d'autres moments, il la pressait sur son cœur avec passion. 11 prodiguait à cette jeune morte, si belle encore, des caresses inutiles, de doux noms d'amour sans écho... Il était pour elle tout passion et reconnaissance. Il la remerciait d'être morte!... Il couvrait de baisers son front pâli, ses mains glacées, sa bouche muette... Il l'aimait d'un amour délirant; et peut-être, si tant d'amour l'avait ranimée, il l'aurait maudite, il l'aurait fuie avec horreur.
Une fois, dans son déiire, il appela Laurence!... et il jeta autour de lui un regard farouche, pour voir s'il n'y avait là personne pour l'espionner.
Cet homme avait l'esprit malade, je vous l'assure.