ÉGLANTINE, LE CHEVALIER JASMIN
LE CHEVALIER
Qu*ai-je appris, princesse? c'est aujourd'hui que vous vous mariez avec un étranger? vous m'aviez promis de me choisir pour époux ; mais; hélas ! je ne suis qu'un pauvre chevalier, et vous voulez être reine de Danemark. Je vois bien que je n'ai plus rien à espérer. Je viens vous faire mes adieux, et vous regarder pour la dernière fois; demain je partirai pour la terre sainte, et je chercherai la mort dans une bataille contre les Turcs.
74 MONSIEUR LE VEM
ÉGI.ANTIJNE.
Ingrat, vous osez me faire des reproches, lorsque je me donne tant de peine pour éloigner votre rival I au lieu d'aller eh Palestine, songez plutôt à mériter ma main.
LE CHEVALIER
Que faut-il entreprendre pour cela, belle Eglantine? Je suis capable de tout. Je traverserais des fleuves à la nage, je me précipiterais dans les flammes. Donnez-moi des lions à Combattre, des serpents, des dragons à couper avec mon épée.
EGLANTINE
II faut seulement attendre l'occasion
de me sauver la vie, comme Ta ordonné ^^S.
la fée. II faut vous tenir tranquille; ne "
pas bondir ainsi par-dessus les arbres et les parterres du jardin; être discret, et supporter avec patience la présence de votre rival.
LE CHEVALIER
Eh ! le puis-je, princesse? L'amour me fait bondir. La jalousie, l'inquiétude, me font sauter par-dessus les arbres. Je ne puis m'en empêcher.
ÉGLANTlNE.
Sautez donc, si vous le voulez. Tout le monde verra votre amour et votre jalousie; on en parlera à mon père, je serai enfermée dans la citadelle, vous ne serez jamais mon mari, et j'en mourrai de chagrin.
LE CHEVALIER
Ah! ce serait une faiblesse impardonnable que de vous désobéir, chère Eglantine. Je deviendrai raisonnable pour vous mériter. Voyez, déjà je ne saute plus, et je me tiens immobile
sur mes jambes comme un docteur. L'amour seul peut me transformer ainsi ; l\imour seul et l'espoir que me donnent les mots charmants que je viens d'entendre. Permettez-moi au moins de me prosterner à vos genoux et de baiser votre main .
ÉGLANTINE
Non, chevalier. Cela ne serait pas convenable; d'ailleurs, les galons de votre manteau s'accrocheraient après les broderies de ma robe : nous ne pourrions plus les décrocher, et Ton verrait ainsi que vous vous êtes jeté à mes genoux L'excès de votre tendresse ne me déplaît pas. Adieu, chevalier, je vais aller soupirer un peu dans mon boudoir, car je me sens le cœur bien agité. (Elle sort.)