‹ Monsieur, madame et bébé Gustave DrozChapitre 23 sur 40 · I.a boule · texte numérisé non relu

I.a boule

—Je m’agite 1 ... Je cherche ma boule, tout simplement; vous êtes prodigieux.

— [Avec humeur .) Ta boule, ta boule.

— Certainement, ma boule; j’ai les pieds glacés. [Elle continue à chercher.) Vous êtes aimable ce soir, en vérité; vous avez commencé par çommeiller dans la Revue des Deux-Mondes, et je vous retrouve ronflant dans le Moniteur... A votre place, je changerais mes lectures... Je suis sûre que vous avez pris ma boule !

— J’ai eu tort; je m’abonnerai au Tintamarre... Allons, bonsoir, ma chérie. (Il se retourne.) Tiens, ta boule est au fond; je la sens au bout de mon pied.

— Eh bien ! avancez-la ; croyez-vous que je peux aller la chercher au diable?

— Faut-il que je sonne ta femme de chambre pour t’aider. (Il fait un mouvement de mauvaise humeur, remonte la couverture jusqu’au menton et enfouit sa tête dans l’oreiller.) Bonsoir, ma chère.

— (Madame piquée.) Bonsoir, bonsoir.

La respiration de monsieur s’égalise et se ralentit, ses sourcils se détendent, son front reprend son calme; monsieur va perdre complètement la conscience de la réalité.

Madame frappe légèrement sur l’épaule de son mari.

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La boule.

— Hum! fait monsieur en grognant.

Madame frappe de nouveau.

— Eh bien! quoi?

— ( Madame , d’une voix angélique.) Mon ami, voudrais-tu souffler la bougie?

— {Monsieur, sans ouvrir les yeux.) La boule, la bougie, la bougie, la boule I...

— Mon Dieu, comme vous êtes irritable, Oscar. Je l’éteindrai moi-même; ne vous dérangez pas. Vous avez un caractère fâcheux, vraiment, mon ami; vous êtes d’une humeur massacrante, et, si l’on vous poussait un peu, vous en arriveriez en cinq minutes à tous les excès.

— * {Monsieur, d'une voix perdue dans l’oreiller.) Mais non! j’ai sommeil, chère amie, voilà tout... Bonsoir, ma petite femme.

— ( Madame , avec vivacité.) Vous oubliez qu’en ménage la bonne intelligence a pour base la réciprocité des égards.

— j’ai tort... allons, bonsoir... [Il se redresse un peu.) Veux-tu que je t’embrasse ?

— Je ne le veux pas, je le tolère. [Elle approche son visage de celui de son mari, qui l’embrasse au front.)

— C’est trop de bonté, vraiment; vous avez embrassé mon bonnet.

— {Monsieur, souriant.) Tes cheveux sentent bon... C’est que, vois-tu, j’ai tellement sommeil...

La boule.

Tiens, tu as des petites nattes; tu t’ébouriffes donc, demain?

— Je m’ébouriffe? Vous avez été le premier à trouver que cette coiffure en l’air m’allait bien; d’ailleurs, c’est la mode, et c’est demain mon jour. Voyons, monsieur l’irrité, donnez-moi l’accolade une bonne fois, et ronflez ù votre aise; vous en mourez d’envie. ( Elle approche son cou du visage de son mari.)

— {Monsieur, riant.) D’abord, je ne ronfle jamais... Je ne plaisante pas... jamais. (Il embrasse longuement le cou de sa femme et reste la tête appuyée sur son épaule.)

— Eh bien ! qu’est-ce que vous faites- là?

— Mais je digère mon baiser.

Madame minaude et regarde obliquement son mari d’un œil à moitié désarmé. Monsieur aspire à pleines narines le parfum àimé.

— ( Après un silence et bas à l’oreille de sa femme.) Dis donc, ma chérie, je n’ai plus sommeil du tout. Est-ce que tu as toujours froid aux pieds? Je vais aller chercher la boule.

— Ohl merci, éteignez la bougie et dormons, je tombe de fatigue. (Elle se retourne en posant son bras sur le visage de monsieur.)

— Non, non, je ne veux pas que tu t’endormes

avec les pieds froids; il n’y a rien de plus mau-

262 La boule.

vais... Tiens, voilà la boule; réchauffe-les, tes pauvres pieds... là... comme cela.

— Merci, je suis très-bien. — Bonsoir, mon ami, —dormons,

— Bonsoir, ma chérie.

Après un long silence, monsieur se tourne et se retourne, et finit par frapper légèrement sur l’épaule de sa femme.

— ( Madame , effarée.) Qu’est-ce qu’il y a, mon Dieu ? Que vous m’avez fait peur !

— ( Monsieur , souriant .) Serais-tu assez bonne pour éteindre la bougie?

—Comment! c’est pour cela que vous me réveillez au milieu de mon premier sommeil? Je ne pourrai plus me rendormir. Vous êtes insupportable.

— Tu me trouves insupportable? (// s’approche tout près de sa femme.) Voyons, raisonnons : que je t’explique ma pensée.

— Mais, je veux dormir; c’est un supplice. O ma mère!

— Moi aussi, je veux dormir; c’est justement pour nous entendre à ce sujet-là que je voudrais t’expliquer ma pensée.

Madame se retourne, — son regard rencontre l’œil... plein de douceur de son mari. — Elle part d’un éclat de rire.— Tiens, dit-elle, tu es un tigre. Puis s’approchant de son oreille, elle murmure

La boule.

en souriant : Voyons, explique ta pensée... pour avoir la paix.

— ( Madame , après un très-long silence et à

moitié endormie.) Oscar! ,

— {Monsieur, les yeux fermés , d’une voix faible.) Ma chérie!

— Dis donc, petit mari, et cette bougie, elle brûle toujours?

— Ah! la bougie... Je vais l’éteindre. {Il souffle.) Si tu étais bien gentille, tu me donnerais la moitié de ta boule, i’ai un pied gelé... Bonsoir.

— Bonsoir.

Ils se serrent la main et s’endorment.

Une envie.

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