‹ Monsieur, madame et bébéChapitre 9 sur 41 · UN REVE · texte numérisé non relu

UN REVE

Un sommeil agité a presque toujours pour cause une mauvaise digestion. — Mon ami le docteur Jacques est là pour vous le dire.

Or, ce soir-là, — c'était parbleu vendredi dernier, — j'avais commis la faute de manger de la barbue, poisson qui m'est positivement contraire.

Dieu veuille que le récit du rêve singulier qui en fut la conséquence vous inspire de prudentes réflexions !

Quoi qu'il en soit, voici mon songe dans toute son étrangeté :

J'avais dans ce rêve l'honneur d'appartenir, comme premier vicaire, à l'une des paroisses les plus fréquentées de Paris. — On n'a pas idée d'une pareille folie! — J'avais en outre quelque embonpoint, une tête respectable encadrée de nombreux fils d'argent, des mains délicates, le nez aquilin, une grande onction, l'amitié de nos dames, et, j'ose le dire, l'estime de M. le curé.

Tandis "que, rentré dans la sacristie, je disais mon

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action de grâces tout en dénouant les cordons de mon aube, M. le curé s^approche de moi — je le vois encore, — il se mouchait.

« Mon cher ami, me dit-il, vous confessez ce soir, n^est-ce pas?

— Mais sans doute. Vous allez bien ce matin?... J'avais beaucoup de monde à ma messe... »

Et tout en disant cela, j'achevai mon action de grâces; je remis mon aube dans l'armoire, et, offrant une prise à M. le curé :

« Gela ne rompt pas le jeûne! lui dis-jeavec gaieté.

— Eh... eh... eh! non, non; d'ailleurs, il est midi moins cinq, et la pendule retarde. »

Nous prîmes une prise, et nous nous en allâmes bras dessus bras dessous par la petite porte des sacrements de nuit en causant amicalement.

Tout à coup je me trouvai transporté dans mon confessionnal. La chapelle était pleine de dames, qui toutes s'inclinèrent à mon approche. J'entrai dans mon étroit tribunal dont j'avais la clef. Je disposai sur le banc mon coussin à air qui m'est indispensable aux veilles de grandes fêtes — les séances durant alors fort longtemps ; — j'endossai par-dessus ma soutane le surplis tout blanc qui était accroché à un portemanteau, et, après m'étre recueilli un instant, j'ouvris le petit volet qui me met en communication avec les pénitentes.

Je n'entreprendrai pas de vous décrire une à une les différentes personnes qui vinrent s'agenouiller près de moi. Je ne vous dirai pas que l'une d'elles, par exemple , une dame toute vêtue de noir, au nez

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étroit, aux lèvres minces, au visage jaunâtre, après avoir récité sans hésitation son Confiteor en latin, me toucha infiniment, quoique étant dû sexe, par la confiance absolue qu'elle me témoigna. En dix minutes, elle trouva moyen de me parler de sa belle-sœur, de son frère, d'un oncle qui allait mourir et dont elle héritait, de ses neveux, de ses domestiques, et je compris, malgré la touchante bienveillance qui perçait dans ses paroles, qu'elle était la victime de toutes ces personnes. Elle finit par me confier qu'elle avait un fils à marier et que son estomac Tempéchait de jeûner.

Je vis encore une foule d'autres pénitentes, mais il serait trop long de vous en entretenir, et nous nous contenterons , si vous le voulez bien , des deux dernières qui me sont d'ailleurs restées paniculièrement dans la mémoire.

Une petite dame empanachée se précipita dans le confessionnal; elle était vive, rose, éveillée; malgré son expression de profond recueillement, elle parlait très-vite, d'une voix flûtée, et bredouilla son Confiteor en dépit du bon sens.

« Mon père, dit-elle, j'ai une inquiétude.

— Parlez, mon enfant, vous savez qu'un confesseur est un père.

— Eh bien! mon père... mais je n'ose en vérité... » Il y a beaucoup de ces petits cœurs craintifs qui

demandent à être encouragés. Je lui dis :

a Osez, mon enfant, osez.

— Mon mari, murmura-t-elle d'une voix confuse , ne veut pas faire maigre pendant le carême. Dois-je l'y forcer, mon père?

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— Oui, l'y forcer par la persuasion.

— C'est qu'il prétend qu'il ira dîner au restaurant si je ne lui fais pas servir de viande. Oh ! je souffre beaucoup de cela ! N'assumerai-je pas la responsabilité de toute cette viande, mon père? »

Cette jeune épouse m'intéressait vraiment; elle avait au milieu de la joue, vers le coin de la bouche, un petit creux, une sorte de petite fossette toute mondaine, mais charmante, dans le sens profane du mot, et qui donnait à son visage une expression particulière. Ses petites dents blanches brillaient comme des perles lorsqu'elle ouvrait la bouche pout raconter ses pieuses inquiétudes; elle répandait en outre un parfum presque aussi doux que celui de nos autels, quoique d'une nature différente, et je respirais ce parfum avec un malaise plein de scrupules qui ne laissait pas que de me disposer à l'indulgence. J'étais si près d'elle qu'aucun des détails de son visage ne m'échappait; je distinguais, presque malgré moi, jusqu'à un petit frisson de son sourcil de gauche qu'agaçait à chaque instant une folle mèche de ses blonds cheveux.

a Votre position , lui dis - je , est délicate : d'une part, votre bonheur domestique, et, d'autre part, vos devoirs de chrétienne. » — Son cœur poussa un gros soupir. — « Eh bien ! chère enfant, mon âge me permet de vous parler ainsi, n'est-ce pas?

— Oh! oui, mon père.

— Eh bien, ma chère enfant. . . » — Je crus m'apercevoir en ce moment qu'elle avait au coin extérieur de ses yeux une espèce de tache bistrée, afifectant la forme

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d'un fer de flèche. — a Eiforcez-vous, ma chère en-^ fant, de convaincre votre époux qui, au fond... » — De plus 5 ses cils fort longs et en quelque sorte bouclés étaient soulignés, dirai-Je presque, par une ligne noirâtre, se gonflant et se dégradant délicatement vers le milieu de Toeil. Cette particularité physique ne me parut point être un fait naturel et de naissance, mais bien, être la conséquence d'une coquetterie préméditée.

Chose étrange, la constatation de cette faiblesse dans ce cœur si candide ne fit qu'augmenter ma compassion. Je continuai d'une voix douce :

« £fForcez-vous de ramener à Dieu monsieur votre mari. Le maigre n'est pas seulement une observance religieuse, c'est aussi un usage salutaire pour la santé. Non solum lex J^ei, sed etiam... Avez-vous fait tout pour ramener votre époux?

— Oui, mon père, tout absolument.

— Précisez, mon enfant, je dois tout savoir.

— Eh bien ! mon père, je l'ai pris par la douceur, par la tendresse... »

Je pensais à part moi que ce mari était un grand misérable.

a Je l'ai conjuré sur la tête de notre enfant, » continua le petit ange, de ne point compromettre son salut et le mien. Deux ou trois fois même je lui ai dit que les épinards étaient accommodés au jus, alors qu'ils l'étaient au maigre... Ai-je mal fait, mon père?

— Il est de saints mensonges qu'excuse l'Église, car elle ne considère alors que l'intention et la plus grande gloire de Dieu; je ne saurais donc vous dire

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que vous avez mal fait. Vous n'avez point eu , n'estce pas, vis-à-vis de votre époux, quelques-unes de ces violences excusables et qui peuvent échapper à une âme chrétienne lorsqu'elle lutte contre Terreur ? C'est qu'il n'est point naturel, en vérité, qu'un honnête homme se refuse aux prescriptions de l'Église. Faites-lui d'abord quelques concessions.

— (Avec contrition) Je lui en ai fait, mon père, et de trop nombreuses peut-être!...

— Qu'entendez- vous par ces mots?

— Espérant le ramener à Dieu , je lui ai accordé des... tendresses que j'aurais dû lui refuser... peutêtre me trompai-je , mais il me semble que j'aurais dû les lui refuser.

— Ne vous alarmez pas, ma chère enfant, tout est dans les nuances, et il est urgent en ces matières de distinguer avec délicatesse. Il est entre deux époux certaines tendresses sur lesquelles l'Église ferme les yeux. Elle ne les approuve pas. (Gomment les approuverait-elle, puisqu'elles lui sont officiellement étrangères et qu'elles constatent un lien regrettable entre l'âme et son enveloppe terrestre?) Mais enfin l'Église les tolère paternellement, ces tendresses , ne voulant pas, dans sa sagesse, que l'espèce humaine s'éteigne encore. Mais cette dernière considération est la seule qui fasse excuser certaines concessions faites à nos sens; à nos sens... qui sont, comme vous le savez, nos plus mortels ennemis.

— Oui, mon père; oh! je vous comprends, et, je puis vous l'assurer , mes intentions ont toujours été conformes à vos conseils ; mais les siennes, mon père,

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celles de mon mari... en suis-je responsable? Voilà ce qui me trouble et m'inquiète.

— Je comprends ces respectables scrupules, mon enfant, mais ne vous alarmez pas sans raison. Monsieur votre mari vous fait-il part de ses intentions?

— Non, mon père.

— Eh bien ! alors , ma chère enfant , il n'est point juste que vous en supportiez les conséquences. Si vous acceptez avec résignation et comme à regret votre rôle de victime... est-ce ainsi que vous l'acceptez?

— (Baissant les yeux) Oui mon père, je l'accepte avec une résignation... douce... la plupart du temps.

— Et le reste du temps? » Je me sentais ému par tant de candeur.

a Le reste du temps, je me soumets aussi, mais par reconnaissance pour sa bonté, car mon mari est bien bon, mon père, et c'est cela même qui me fait autant souffrir de le voir en dehors du droit chemin. Quelquefois, je me dis que je ne devrais pas l'aimer autant, car enfin Dieu avant tout!

— Oui, mon enfant; l'Église, en elBFet, doit passer avant tout.

— C'est ce que je me dis, mon père, mais mon mari joint à sa bonté une gaieté si communicative, il a une façon si gracieuse et si naturelle d'excuser son impiété, que je ris malgré moi, alors que je devrais pleurer. Il me semble qu'il s'élève un voile entre moi et mes devoirs, et mes scrupules s'elBFacent sôus le charme de sa présence et de son esprit... Mon mari a beaucoup d'esprit, » ajouta-t-elle avec un petit sou-

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rire imperceptible où perçait une nuance d^orgueil. « Hum... hum... » (La noirceur de cet homme me révoltait.) Je repris sévèrement : « Il n'est point de forme séduisante que le tentateur ne revête, mon enfant. L'esprit en lui-même n'est point chose condamnable, quoique l'Église l'évite pour elle-même, le considérant comme parure mondaine; mais il peut devenir dangereux, il peut être estimé comme une véritable peste, alors qu'il tend à ébranler la foi. La foi ! qui est aux âmes — je n'ai pas besoin de vous le dire — ce que le velouté est à la pêche et..., si je puis m'exprimer ainsi... ce que la... rosée est... ^ la fleur, hum... hum. Poursuivez, mon enfant...

— Mais, mon père, lorsque mon mari m'a distraite un instant, je m'en repens bientôt. A peine est-il parti que je prie pour lui.

— Bien... très-bien.

— (Enhardie, quoique timidement].,. Je lui ai cousu une petite médaille miraculeuse dans son pardessus.

— Et avez-vous remarqué un résultat?

— (Avec embarras] Pour certaines choses, il y a du mieux, oui, mon père, mais pour le maigre il est toujours intraitable.

— Ne vous découragez pas. Nous sommes dans le saint temps du carême; eh bien, employez de pieux subterfuges ; faites-lui préparer quelques aliments maigres, mais pourtant agréables au goût.

— Oui, mon père, j'y ai pensé. Ainsi, avant-hier, je lui ai fait servir un de ces pâtés de saumon qui imitent le jambon. . .

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— [Avec un léger sourire).,. Oui... oui... je connais cela. Eli bien ?

— Eh bien î il a mangé le saumon, mais il s'est fait cuire ensuite une côtelette.

— Déplorable ! — dis-je presque malgré moi , tant Tendurcissement de cet homme me paraissait excessif. — De la patience, mon enfant, offrez au Ciel les souffrances que vous cause Fimpiété de votre mari et rappelez- vous que vos efforts vous seront comptés. Vous n'avez plus rien à me dire?

— Non, mon père.

— Recueillez-vous donc. Je vais vous donner l'absolution. » Et la chère âme soupira en joignant ses deux petites mains.

A peine ma pénitente se fut-elle soulevée pour se retirer que je fermai brusquement mon petit volet et je pris une longue prise de tabac. — Les priseurs savent combien une prise repose les esprits; — puis, après avoir remercié Dieu rapidement , je tirai de la poche de ma soutane ma bonne grosse montre et je constatai qu'il était moins tard que je ne pensais. Le jour obscur de la chapelle m'avait trompé, et mon estomac avait partagé mon erreur. J'avais faim. Je chassai de mon esprit ces préoccupations charnelles, et, après avoir agité mon rabat sur lequel quelques grains de tabac étaient tombés, je donnai de l'aisance à l'une de mes bretelles qui me gênait un peu à l'épaule et j'ouvris mon guichet.

« Eh bien! Madame, on fait attention, disait ma pénitente de gauche, en s'adressant à une dame dont

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je n'aperçus qu'un ruban de chapeau, on fait attention, cela n'a pas de nom. »

La voix de ma pénitente, qui était fort irritée, quoique contenue par le respect du lieu, s'adoucit comme par enchantement au grincement de mon petit guichet. Elle s'agenouilla, croisa pieusement ses deux belles mains dégantées, parfumées, roses, grassouillettes, chargées de bagues... mais passons. 11 me sembla reconnaître les mains de la comtesse de B..., une âme d'élite que j'ai l'honneur de visiter fréquemment, le samedi surtout, qui est le jour où mon couvert est mis à sa table.

Elle leva son petit masque en dentelle, et je vis que je ne m'étais point trompé. C'était la comtesse. Elle me sourit comme à une personne qu'on connaît, mais avec une convenance parfaite; elle semblait me dire :

« Bonjour, mon cher abbé, je ne vous demande pas des nouvelles de vos rhumatismes, parce qu'en ce moment vous êtes revêtu d'un caractère sacré, mais enfin je m'y intéresse. »

Ce petit sourire était irréprochable. J'y répondis par un sourire semblable, et je murmurai très-bas, lui faisant comprendre par l'expression de mon visage que je faisais en sa faveur une concession unique, je murmurai : « Vous allez bien, ma chère Madame ?

— Merci , mon père, je vais bien. » — Sa voix avait repris un timbre angélique. — « Mais je viens de me mettre en colère. »

— Et pourquoi ? peut-être avez- vous pris pour de

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la colère ce qui n'était qu'un moment d'humeur... » Il ne faut pas elBFrayer les pénitentes.

« Ah! du tout, c'était bien de la colère, mon père... On vient de me déchirer ma robe du haut en bas ; et, franchement, il est étrange que Ton soit exposée à de pareils inconvénients en s"'approchant du tribunal de la...

— Recueillez-vous, chère dame, recueillez- vous ; » et prenant un air grave, je lui adressai ma bénédiction.

La comtesse se recueillit, mais je vis très-bien que son esprit distrait cherchait vainement à rentrer en lui-même. Par un singulier phénomène de lucidité, je voyais clair dans son cerveau, et ses pensées m'apparaissaient une à une. Elle se disait : a Recueillons-nous ; mon Dieu , accordez-moi la grâce de me recueillir; » mais plus elle faisait d'elBForts pour contenir son imagination, et plus celle-ci devenait insaisissable et glissait entre ses doigts.^ « J'ai pourtant fait un examen de conscience sérieux, ajoutait-elle. Il n'y a pas dix minutes qu'en descendant de voiture, je comptais trois péchés, il y en avait un surtout auquel je tenais... Comme ces petites choses-là vous échappent! je les aurai laissés dans la voiture ! » Et elle ne put s'empêcher de sourire en ellemême à l'idée de ces trois petits péchés perdus dans les coussins. « Et ce pauvre abbé qui m'attend dans sa petite chambrette... Comme il doit avoir chaud là-dedans! il est tout rouge... Mon Dieu, mon Dieu, par où commencer ? je ne peux pourtant pas inventer des crimes... C'est cette robe déchirée qui m'a distraite.

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a Et Louise qui m^attend à cinq heures chez la couturière. Impossible de me recueillir!... Mon Dieu, ne détournez pas vos regards de moi, et vous, qui lisez dans mon âme, Seigneur!... Louise attendra bien jusqu'à cinq heures un quart, d'ailleurs le corsage va bien, il n'y a que la jupe à essayer... Et dire que j'en avais trois, il y a dix minutes ! »

Toutes ces pensées différentes, les unes pieuses et les autres profanes se débattaient toutes à la fois dans le cerveau de la comtesse, de sorte que je crus le moment venu d'intervenir et de l'aider un peu.

« Voyons, » lui dis-je d'une voix paternelle en m'accoudant avec bienveillance et en faisant tourner dans mes doigts ma tabatière :

a Voyons, chère dame, parlez sans crainte, n'avezvous rien à vous reprocher? n'avez-vous pas eu quelques mouvements de... coquetterie mondaine, quelque désir de briller aux dépens du prochain ? » J'avais une vague idée que je ne .serais pas démenti.

a Oui, mon père, » fît-elle en aplatissant les brides de son chapeau, « quelquefois ; mais j'ai toujours fait un effort pour chasser ces pensées.

— Cette bonne intention vous excuse en quelque sorte; mais réfléchissez, et voyez combien ces petits triomphes de la vanité sont vides, combien ils sont indignes d'une âme vraiment pure et l'éloignent du salut. — Je sais qu'il est certaines exigences sociales... le monde... Oui... oui... mais enfin... on peut, dans ces plaisirs même que l'Église tolère — je dis tolère — on peut apporter ce parfum de bienveillance pour le prochain dont parle l'Écriture, et qui est Tapa-

nage.,, en quelque sorte... l'apanage... glorieux... oui... oui... continuez.

— Mon père, Je n^aî pu résister à certaines tentations de gourmandise.

— Encore... encore!... Rentrez en vous-même, — vous êtes ici au tribunal de la pénitence, eh bien! promettez à Dieu de lutter énergiquement contre ces petites tentations charnelles, qui ne sont pas en ellesmêmes de grands crimes... Eh, mon Dieu! non, je le sais; mais enfin, ces sollicitations prouvent une attache persistante, et qui déplaît à Dieu, pour les douceurs passagères et trompeuses de ce monde... Hum... hum... et cette gourmandise s'est-elle manifestée par des actes plus condamnables qu'à l'ordinaire, ou bien est-ce simplement comme le mois dernier ?

— Comme le mois dernier, mon père.

— Oui... oui... toujours les petits gâteaux entre les repas. » — Je soupirai avec gravité.

a Oui, mon père, et presque toujours un verre de Capri ou de Syracuse après. ^

— Ou de Syracuse après... Enfin, passons, passons. » .'

Je crus m'aperce voir que ces petits gâteaux et ces vins de choix me donnaient des distractions dont je demandai mentalement le pardon au Seigneur.

« Que vous rappelez-vous encore? dis-je en passant ma main sur mon visage.

— Plus rien, mon père, je ne me rappelle plus rien.

— Eh bien ! faites naître en votre cœur un repentir

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sincère pour les péchés que vous venez d'avouer et pour ceux que vous auriez pu oublier; rentrez en vous-même, humiliez- vous devant le grand acte que vous venez d'accomplir. Je vais vous donner Tabsolution... Allez en paix. »

La comtesse se releva, elle me sourit avec une courtoisie discrète, et, reprenant sa voix ordinaire, elle me dit tout bas :

a A samedi soir, n'est-ce pas ? »

J'inclinai la tête en signe de consentement, mais j'étais un peu embarrassé à cause de mon caractère sacré.

Je vous ai déjà dit, cher lecteur, que dans ce rêve tout à fait étrange, j'avais le don de lire dans la pensée de mes voisines, de sorte que je vis très-bien ce que fît et pensa la comtesse lorsqu'elle eut quitté le confessionnal.

Elle alla retrouver son prie-Dieu, et, sincèrement affaissée devant le Seigneur, elle lui adressa une action de grâces fervente et rapide. Elle se sentait soulagée d'un grand poids, vivifiée pour ainsi dire, et, sans sa petite montre bleue qui lui dit que la bonne Louise l'attendait chez la couturière, à cause de cette malheureuse jupe, elle fût restée bien longtemps en contemplation devant la pureté de son âme qui lui inspirait une juste fierté.

L'heure avançait : elle glissa dans sa poche divers menus objets, et en particulier un petit livre coquet à fermoir d'or au dos duquel on lisait : Petit bosquet de ta pénitence, ou : Rentre:^ en vous-mêmes; puis, remettant son gant sans quitter des yeux pour cela

rimage de notre salut, après avoir baissé son voile et étage le nœud de son chapeau , elle poussa vers Dieu son âme et lui dit : « Pardon, mon Dieu, de me retirer si vite; oh ! je ne vous abandonne pas ! mais une afifaire pressée, un rendez-vous... vous savez, mon Dieu, combien les rendez-vous sont choses irrémissibles... » Elle fît un signe de croix très-coquet, pas plus long que cela, et s'envola, légère, pure, joyeuse. Ses petits talons pointus faisaient paf ! paf ! sur les grandes dalles, et elle prenait plaisir à écouter le bruit de ses pas que répétait le pieux écho. Elle se disait :

« Ecoutez-moi marcher, échos sacrés du temple, car aujourd'hui je suis pure comme vous; quel bonheur on a à se sentir un ange et en réalité, comme cela coûte peu ! »

A la porte de Péglise sa voiture l'attendait; sur un geste d'elle infiniment doux, ses chevaux s'avancèrent en piaffant et le valet de pied ouvrit la portière. Elle monta, et dit d'une voix tout à fait onctueuse à son frère en Jésus qui attendait le chapeau à la main :

« Où j'ai dit: rue de la Paix.

— Madame s'arrêtera- t-elle chez le pâtissier? hasarda le valet de pied.

— Hum! » fit-elle en regardant son gant... Puis tout à coup, d'une voix résolue où perçait une nuance d'orgueil : « Non, non, allez directement. » Et elle ajouta, en posant la main sur le petit livre qu'elle avait dans la poche :

« Merci, mon Dieu, je suis un ange! ne souillons pas mes ailes. »

En ce moment il se fît un grand bruit, et, ayant ouvert les yeux, j'aperçus Jean qui allumait mon feu. Pendant un moment je luttai entre le rêve et la réalité, et ce ne fut pas sans peine que je m'arrachai complètement de ce cauchemar étrange.

« Jean, quelle heure est-il ? » fis-je en étendant les bras.

« Dix heures et demie. Que mangera monsieur à son déjeuner?

— Rien... une tasse de thé. »

Je me sentais encore une pesanteur sur Pestomac.

66 Un bal d'ambassade.

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