‹ Monsieur Piégois; comédie en trois actesChapitre 33 sur 156 · ACTE PllEMlEU · texte numérisé non relu

ACTE PllEMlEU

rolusce ce qui ne m'a pas surpris, d'ailleurs... Pourquoi m'aurait-elle épousé? Je ne suis pas d'une beauté sublime, je ne suis pas riche, je n'ai aucun avenir. Ah ! dame, moi, je n'ai pas compris mon époque. Au lieu de Jàclier mes études et de mener une exissonce de vagabond, j"ai suivi ma carrière régulièrement. Ma famille a voulu faire de moi un fonctionnaire, et je suis resté fonctionnaire. Et je mourrai avec une retraite de trois mille francs. Voilà oii mènent aujourd'hui les professions régulières... Toi, lu l'as comprise, ton époque!... Tu t'es dit que ce qu'il fallait avant tout, c'est de s'enrichir par tous les moyens possibles; et tu t'es enrichi, je ne tiens pas à savoir comment...

PIÉGOIS

Quand je te l'aurai dit, tu devineras avec quelle simplicité la fortune m'est venue... Tu en parles à ton aise, toi ! Tu te plains d'être chef de bureau et de gagner six mille francs par an... Mais, à une certaine heure de ma vie, je me serais contenté de la moitié. Penses-tu que j'ai abandonné ma médecine pour la joie de me trouver seul, sans sou ni

maillo, sur le pavé de Paris? Si mon père, on mourant, après mes deux premières années d'école, m'avait laissé autre chose que le reslant d'une mince fortune bourgeoise, je n'aurais pas mieux demandé que de devenir un grand docteur. Le malheur est que nos familles nous lancent parfois dans des professions oii, pour gagner sa vie, il ^faul commencer par avoir trente mille francs de rente. ]Nous sommes, dans notre génération, quelques-uns qui avons été victimes de cette manie. Te rappelles-tu Melvin, qui était si fort en mathématiques et qui se destinait à Centrale?... 11 est croupier à Monte-Carlo, lirunel, qui était notaire, a vendu son étude et dirige un café-concert à Toulouse. Moi, après avoir couru pendant dix ans de place en place et fondé, dans l'intervalle, deux ou trois journaux de sports, je me demandais ce que j'allais faire de l'espèce d'énergie et de volonté que je sentais en moi, quand est intervenu le hasard qui n'est peut-être que la volonté des autres. Et un soir, au fond d'un tripot, j'ai rencontré un bonhomme dont le nom ne t'apprendrait rien, et qui avait fait une fortune prodigieuse dans les affaires de casinos et de cercles. C'est lui qui

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