‹ Monsieur Piégois; comédie en trois actesChapitre 95 sur 156 · ACTE DEUXIEME I · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME I

JANTKL

De votre idée, vous avez tiré une fortune, c'est tout ce qu'il y a de plus juste.

PIÉGOIS

Je ne me plains pas. Mais qu'est-ce que c'est que mes petits capitaux à côté des vôtres?

JANTEL

Evidemment... évidemment... Mais les gens comme vous n'en jouent pas moins dans les affaires un rôle très important... Ils sont comme les condottieri d'autrefois qui n'avaient qu'une poignée d'hommes, mais qui l'apportaient à l'heure décisive. Ils avaient le geste prompt et le coup d'oeil sûr... Piégois, vous ferez une fortune énorme quand vous voudrez.

PIÉGOIS, se levant.

Eh bien, très sincèrement, non... je ne tiens pas à aller plus loin. Je n'ai pas l'ambition féroce et illimitée de l'argent... Et

puis, j'ai fait une observation que je vous donne pour ce qu'elle vaut...

JAXTEL, souriant.

Voyons ?

PIÉGOIS

J'ai remarqué ceci : Quand on a trop d'argent, c'est comme quand on a trop de sang. Il se produit un phénomène analogue à celui de l'apoplexie. Tout homme est capable d'absorber une quantité d'argent déterminée. S'il la dépasse, il est étouffé infailliblement.

JANTEL

Alors, à votre âge, avec vos ressources, votre vigueur, vous songez déjà à vous retirer, comme un négociant enrichi!

Que voulez-vous, j'ai eu beaucoup de chance, je m'en rends compte. Or, qu'estce que c'est que la chance, sinon une sorte de vol inconscient?... Mais oui... Un homme trop

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