ACTE PREMIER SUZETTE
Tu vois, mèrel
DORINE
Allons, bon ! Je pleure.
SUZETTE
Tu pleureras bien plus encore tout à l'heure, Va, quand il te dira dans quels tristes enfers...
FLORISEL
Qu'importent maintenant les anciens maux sou (Ter ts, Et les hasards, et la misère, et tant d'alarmes, Mon enfance orpheline, et ma jeunesse en larmes? Ahl tous ces mauvais jours à jamais révolus. En ce jour radieux je ne m'en souviens plus. Se souvient-on des flots soulevés par l'orage^ <Juand on arrive au port, échappé du naufrage, Et qu'on y voit sa nef pavoisée à l'abri? Se souvient-on du ciel par l'hiver assombri, Quand la brise d'Avril au ciel est revenue, i:t que le gai soleil va redorer la nue, liéveiller les oiseaux dans les fleurs du buisson. Et vous remplir le cœur de sa jeune chanson?
DORINE
A la bonne heure, donc! Voilà les jeunes hommes Que j'aime!
TRISTAN
C'est ainsi, madame, que nous sommes.
DORINE
Ahl rimb<*cile, avec son museau de renard! 11 m'a tout gâté, tiens!
24 MONSIEUR SCAl'IN
SUZETTE
Mais...
DORINE
C'est un traquenard,
Je le vois.
FLOUISEL.
Oh! madame.
TRISTAN
Il se pourrait, madame, Que vous soupçonnassiez notre pureté d'âme ?
SUZETTE
Maman I
Quoi! Que je m'en rapporte à ce gredin, Glisseur de billets doux, sentinelle au jardin !
FLORISEL
Suzette vous a dit?...
DORINE
Sûr. Et je n'admets guère...
SUZETTE
Oh ! vas-tu là-dessus lui faire encor la guerre ? Puisqu'à moi tu m as bien pardonné.
TRISTAN
D'autant plus Que sa démarche rend les blâmes superflus. Quand on doit s'épouser, tout passe sans vergogne.