‹ Monsieur Scapin; comédie en vers. Nouv. éd., contenant la version en deux actes et la version en trois actesChapitre 23 sur 84 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Et pendant que le vieux court la dame de pique,

C'est à celle de cœur que le jeune se pique.

Une dame de cœur qui s'appelle Rafa,

Courtisane émérite, et dont il se coifîa

Si bien qu'il la voulait pour femme. L'homme austère

Y mit bon ordre. 11 n'est point bête, le notaire !

Voti-e fille a de quoi redorer les débris

De ses vieux panonceaux rongés de vert-de-gris.

Et voilà le guêpier où vous alliez vous mettre,

Oui, monsieur Scapin, oui. Tandis qu'avec mon maitre...

SCAPIN

Va, je te laisse aller. On voit clair dans ton jeu.

Vous ne me croyez pas, vraiment?

SCAPIN

Mais non, patbleu !

A travers ce fatras de mensonges indignes. Pour ton maître et pour toi c'est la dot que tu guigiîes. Vous mangerez les fruits, si tu cueilles la fleur,

TRISTAN

Monsieur, nous épousons sans dot.

SCAPIN

Écornifleur î Qu'importe tôt ou tard, pourvu que l'on partage? Si ce n'est pas la dot, ce sera l'héritage. Un beau-père est un champ où pousse le crédit.

TRISTAN, solennel.

Monsieur, ce que j'avais à dire, je l'ai dit. Il ne me reste plus à tenir qu'un langage : C'est celui de la guerre, hélas I puisqu'on l'engage.

11 laine retomber le coin de u cape comme un pli de toge.

SCAPIN

Eh ! tu me parles là comme un consul romain.

TRISTAN

C'est que je sais, monsieur, quel homme surhumain

J'ai l'honneur d'attaquer, et pour cette bataille

Je tâche à me hausser jusques à votre taille.

Oui, monsieur, oui, je sais que vous êtes celui

Sur qui l'apothéose aux rayons d'or a lui,

Le maître incomparable, impérissable, immense,

En qui la fourberie et finit et commence ;

Et je tremble en pensant que moi, vil galopin.

J'appelle sur le pré Scapin, le grand Scapin !

SCAPIN, se rengorgeant.

Quoi ! maraud...

TRISTAN

Songez donc ! Pour moi, quelle épouvante. D'affronter en ce jour, face à face et vivante, Cette figure auguste aux éclairs radieux. Que nous imaginons 4éjà parmi les Dieux ! Oui, les Dieux 1 Car j'entrais ici comme en un temple. Et demeure étonné, lorsque je vous contemple, A vous trouver de chair et non pas de métal. Moi qui vous vois en bronze et sur un piédestal.

SCAPIN, très orgueilleux.

Comment ! ïu connais donc...?

TRISTAN

Toutes vos aventures.

le SUIS le premier né de ces races futures Pour qui l'on vous chanta comme un héros vainqueur ; Et vos exploits, monsieur, je les apprends par cœur.

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