ACTE DEUXIÈME
Vieux secret, toujours jeune, et toujours cher, autant A celui qui le dit qu'à celui qui l'entend ; Secret de mon bonheur, secret de mon martyre. Que je t'ai dit cent fois, jamais las de le dire, Que je disais hier, que je dirai demain, A tes yeux, à ta joue adorable, à ta main ; Secret que je voudrais enfin, ô ma farouche. Faire chanter par mes deux lèvxes sur ta bouche.
Il Teut la baiser sur les lèvres.
SUZETTE, indignée, sVcirlanl de lui.
Ah ! monsieur Florisel, pour le coup !.. Hem ! Tristan I
TRISTAN, se frottant les mains.
Bien ! Bien !
FLORISEL, pressant Snzctte de plus en plus.
Suzette !
SUZETTE
Non!.. Hem!
Tristan pourit silencieusement sans répondre à l'appel de Suzette. FLORISEL.
Suzette !
SUZETTE
Va-t'en!
FLORISEL
Que je m'en aille, ô ciel ! Quoi ! T'aurais-je offensée.
Ma Suzette, mon cher trésor, ma fiancée?
Mais ce gage imploré qui rend ton front boudeur,
U n'a rien dont se puisse alarmer ta pudeur ;
Et me le refuser ainsi, voilà le crime.
Notre amour sans cela, c'est un vers sans la rime !
Ce baiser, c'est comme une espèce de serment,
Rien de plus.
SUZETTE
Ce n'est pas coupable?
FLORISEL
Assurément.
Tout le monde le fait.
SUZETTE
Qui, menteur que vous êtes?
FLORISEL
Mais tous les Florisels et toutes les Suzettes,
Tous ceux qui s'aiment, tous, mignonne, en vérité,
Dans tous les univers, de toute éternité !
SUZETTE, prèle à céder.
Alors....
TRISTAN, accourant.
Cette fois-ci, c'est pour tout de bon. Preste I Décampons vite et sans demander notre reste.
FLORISEL, à Suzette, en l'enibrassanl.
Je t'aime.
SUZETTE, le lui rendant.
Non, c'est moi.
FLORISEL, même jeu.
C'est moi.
TRISTAN, les séparant.
C'est tous les deux.
Il pousse Florisel vers la porte.
Voyons, dépéchons-nous ! Ah ! la peste soit d'eux.
Qui ne s'embrassent pas lorsque rien ne les trouble
Et, lorsqu'il n'est plus temps, veulent s'embrasser double I
Sortent Florisel et Tristan.