‹ Monsieur Scapin; comédie en vers. Nouv. éd., contenant la version en deux actes et la version en trois actesChapitre 37 sur 84 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

TRISTAN

Là, maintenant, c'est fait.

Rassurez-vous, d'ailleurs ! Rien à craindre en effet. C'était pour rire.

SUZETTK.

Drôle!

TRISTAN, ricanant.

Ehl ehieh!

FLORISEL, irrité.

Tu ricanes?

TRISTAN

l*arbleu ! d'avoir si net arrêté vos chicanes.

On dispute, on se fâche, on voudrait se manger ;

Mais comme l'on s'embrasse au moment du danger !

SUZETTE

Tu nous écoutais donc?

TRISTAN

Oh ! rien que d'une oreille.

Allez, l'occasion est belle et sans pai-eille. Profitez-en.

Il se remet en senùneile.

FLOUISEL.

Il a raison. Nous étions fous.

Suzette, embrassons-nous encore, voulez-vous?

SUZETTE

Le danger est passé : je ne suis plus émue.

FLORISEL

Vous croyez? Il me semble, à moi, que l'on remue Dans la maison.

e2 MONSIEUR SCAPIN

SUZETTE

Non pas. Tristan reste muet.

FLORISEL, la pr>,ssant.

Oh ! faisons comme si quand même on remuait.

SUZETTE, sévèrement.

Florisel !

FLORISEL

Pourquoi donc prendre cet air morose ? Mais le baiser et toi, c'est l'abeille et la rose. De quel droit te crois-tu permis de refuser Cette rose à l'abeille, et ta joue au baiser ?

SUZETTE

De quel droit ? C'est très laid.

FLORISEL

Comment! C'est laid, ta joue ?

SUZETTE

Non.

FLORISEL

Quoi? L'abeille, alors? L'abeille qui se joue A l'entour de la fleur aimée, et qui voudrait S'y poser un instant pour dire son secret ?

SUZETTE

Un secret ! Vous avez un secret? Lequel est-ce?

FLORISEL

Oh ! le même, tu sais, le même, que je laisse S'exhaler de mon cœur partout où nous passons, Que je confie à tout, et de mille façons. Au vent par mes soupirs, à la nuit par mes larmes, A mon luth par les chants qui célèbrent tes charmes ;

Page 1