SCAPIN, SUZETTE, DORINE
DORINE
Quoi ! toujours en bisbille ! Êtes- vous acharnés
SCAPIN
Eh! je ne veux pas, moi, que l'on me rie au nez.
SUZETTE
Moi, je ne peux souffrir qu'à tort on me suspecte.
Bien, juge-moi ! (a Donne.) Tu vois comme elle me respecte, Cette gaupeî
DORINE
Ah ! c'est mal de la traiter ainsi.
SCAPIN
Tu ne vaux pas mieux qu'elle ; et c'est ta faute aussi l Elle prend, après tout, la route qu'on lui montre. Or, quand je plaide pour, toujours tu plaides contre ; Quand je vais d'un côté, tu vas par l'autre flanc; Je n'ai qu'à dire noir pour que tu dises blanc; Si bien que la petite à la fin s'imagine Qu'à tout ce que j'ordonne il faut cabrer l'échiné. Et que les pères sont simplement inventés Pour faire à leurs enfants les quatre volontés.
DORINE
Quel avale-tout-cru ! Tu me la bailles belle ! Parbleu ! si contre toi souvent je me rebelle. C'est que j'ai ma jugeotte aussi. Faudrait-il pas Que je fusse une chienne en laisse sur tes pas ? Non, non, je ne suis pas à pétrir comme argile. Et tout ce que tu veux n'est point mot d'évangile. Quand j'ai raison, je dis ma raison, peu ou prou, Et la dirais encor, la tête dans un trou.
SCAPIN
Hardi ! va ! continue, et regimbe, et querelle ! Appuie à la casser dessus la chanterelle ! Au lieu de retenir Suzette, excite-la ! Tu vois bien que c'est toi qui lui donnes le la.