ACTE DEUXIÈME
SCAPIN
Moi, pas du toat, merci !
ESPLANDIÀS.
On m'a dit que monsieur Scapin était ici.
SCAPIN
(Test possible.
ESPLANDIAS.
Je tiens que c'est sûr, et j'insiste.
SCAPIN
Je ne suis point chargé de le sui>Te à la piste.
ESPLANDIÀS.
Mais votre ton...
SCAPIN
Monsieur voudrait un madrigal?
Savez-vous qui je suis ?
8CAPIN.
Cela m'est bien égal.
ESPLANDIAS.
Monsieur, rien qu'à mon nom Ton s'enfuit comme un lièvre. Si je vous le disais, vous en auriez la fièvre.
SCAPIN
Dites.
ESPLANDIAS.
Esplandias!... Vous ne tremblr^z pas?
SCAPIN
Non.
TRISTAN, à part.
Quel homme !
SCAPIN
Esplandias ! Peuh ! c'est ça votre nom ! Écoutez donc le mien, aux splendeurs non pareilles. Pour mieux l'entendre, ouvrez vos deux larges oreilles. Allons, êtes-vous prêt, mon pauvre Esplandias? Hum !... Gorgonbrasidormirlifloflandias !
Ça, c'est un nom, monsieur I Personne ne s'y trompe. 11 semble, en le disant, qu'on sonne de la trompe; Et Ton voit tout de suite à ces airs de buccin Qu'il s'agit d'un héros et non d'un spadassin.
TRISTAN, à part.
Quel toupet 1
. Spadassin, moi ! Vous n'y pensez guère. Je suis ancien soldat, monsieur. J'ai fait la guerre En France, en Italie, aux Flandres, en Alger. Pendant trente-neuf ans, au plus fort du danger, J'ai porté le harnois sur ces vastes épaules.
SCAPIN
La guerre! Moi, monsieur, je l'ai faite aux deux pôles, Aux forêts d'Hyrcanie, aux monts Himalaya, Sur le Styx, où lui-même Hercule s'effraya.
ESPLANDIAS.
Je sortis le dernier au sac de Pampelune.
SCAPIN
Et moi, je suis entré le premier dans la lune.
TRISTAN, à part, mais entendu par Scapin.
Ah î dans la lune 1 II va trop loin.