‹ Monsieur Tardif, comédie-vaudeville en un acteChapitre 13 sur 20 · MADELINE, M. TARDIF · texte numérisé non relu

MADELINE, M. TARDIF

Ils restent quelque temps en face l'un de Vautre , et se regardent sans rien dire.

M. TARDIF

Et bien!... qu'en dis tu? je Técliappe belle.:. Vois-tu ce que c^est que de se presser ?... Si jamais cela m'arrive maintenant.

MADELINE

Je n'en reviens pas... je n'aurais jamais cru que vous fussiez d'une défaite aussi difficile... et j'en suis restée là ( montrant le papier quelle tient à la main ) avec ma lettre.

M. TARDIF

Qu'est-ce c'est que cela ?

MÀDELINE.

C'est de maadame Ursule qui vient de l'envoyer ; et voyez-vous, mon parrain... je crois maintenant que cellelà valait mieux.

M. TARDIF , tout en décachetant le paquet. Je le crois aussi... au moins^ elle était douce et aimabla.,. mais quand je pense h la tromperie qu'elle m'a faite... si jamais elle m^y rairappe!... {jetant les jeux sur le papier. ) Ah ? mon dieu I

MADELINE

Qu'est-ce donc?

^. M. TARDIF

C'est le contrat de mariage qu'elle m'envoie , avec une lettre d'elle , signée veuve Ursule.

MÀDELINE.

Là... vous voyez donc bien qu'elle ne voulait pas vous tromper.

M. TARDIF, lisant :

« Monsieur^ » Des raisons d'intérêt et de famille que je vous ferai » connaître , m^'^vaient engagée à taire un précédent ma- 3) riage... Il m'eût été doux de vous laisser une erreur qui » semblait vous plaire; mais aux termes où nous en )» sommes, la plus grande franchise doit régner entre » nous; et je vous prie de vouloir bien m' accorder un mo- » ment d'entretien.

Votre servante,

veuve Ursule Pincé, j»

J'ai tort , Madeline ; j'ai été injuste envers elle.

MADELINE

Oui , mon parrain.,, et pour réparer l'injure que vous lui avez faite... si j'étais de vous ^ je lui renverrais le contrat tout signé.

M. TARDIF

Tu as peut-être raison... allons , me voilà décidé... nous verrons... à y penser... dans quelque temps.

MADELINE

Mais du tout... vous allez encore arriver au dernier

moment... et d'ici là votre ami Didier va vous parler pour sa sœur... va vous tourmenter encore.

M. TAKDIF.

C'est vrai... Vois dans quel embarras je me trouve... Qu'est-ce que tu ferais a ma plare?

MADELIJVE.

AiPt : Ces postillons.

kf- Je signerais c'contrat de mariage.

"'^ M. TARDIF

Quoi ! sur le champ ?

MAD£LIIVE.

C'est le meilleur parti.

Dès qu'il saura que l'hymen vous engage, Monsieur Didier verra qu'tout est fini ; '^ De ses'poursuit's vous serez à l'abri. [écoutant )*'<^z\s je l'entends ; je tremble qu'il ne sorte ; M. TARDIF , prenant le contrat et signant. Dépêchons-nous. .. j'ai si peur. . . de sa sœur. , .

MADELINB.

Non, mon parrain , ce n'est pas lui.

M. TARDIF

\,N'importe , J'ai signé de frayeur.

M. TAKDIF, appelant.

Dubois... (m/2 domesliçue parait ) y tu \ as ^oiicv ce papier...

DUBOIS, prenant le papier.

Oui^ monsieur... ( à Madeline) Mademoiselle Madeline, voilà une lettre qui arrive pour vous.

MADELIIVE.

Ah! c'est de Julien.

M. TARDIF, à Dubois.

Tiens ^"c'esl pour madame Ursule notre propriétaire... et va vite de penr que je ne te rappelle. ( Dubois sort ) il n'y a donc plus à s'en dédire... me voilà avec une temme.

MADELINE

Eh bien! mon parrain^ puisqie c'est fînî^ vous devez être content.

M. TARDIF

li me semble que non... et ça me fait au contraire un drôle d'effet de me voir marié.

MADELINE

C'est singulier... et moi anssi... Enfin, mon parrain, pourvu que ça tourne à bien , et que vous soyez heureux.

M. TARDIF

Je l'espère , Madeline... d'autant plus que nous y avons mis le temps... Quoi qu'il en soit ^ je n'ai que ma parole... Grâce à toi, me voilà enfin marié.,. C'est maintenant ton tour, et dès demain... Adieu , mon enfant^ je te laisse lire ta lettre... tu vas épouser Julien... tu vas être heureuse. «;. tu ne penseras plus à moi.

MADELINE

Si, mon parrain, toujours.

M. TARDIF

Et lu viendras me voir ?

MADELINE

Oui , mon parrain.

M. TARDIF

Et si ton mari ne voulait pas?

C'est égal.

M. TARDIF

Voilà un bon naturel... voilà de rattachement... et puis, je ne Tavais jamais regardée comme cela... ce petit minois agréable... cette petite tournure... cette... ( se reprenant) Lis ta lettre , mon enfant^ lis ta lettre... Je vais trouver Didier, pour nous séparer bons amis, et lui faire part d« mon mariage... ( soupirant ) Si ma femme venait...

MADELINE

Votre femme î...

M. TARDIF

Oui... ma propriétaire.

M. Tardif. %

MADELINE

C'est jusle... je n'étais pas encore au fait de l'autre nom... et j'aurai de la peine à m'y habituer.

M. TARDIF

Et moi, donc!... Eh bien, si elle vient,*tu la recevras... J'aime autant que ce soit toi... Adieu, Madeline.

MADELINE

Adieu , mon parrain.

( M. Tardif sort par le fond.)

Page 1