‹ Monsieur Tardif, comédie-vaudeville en un acteChapitre 5 sur 20 · MADELINE , M. TARDIF · texte numérisé non relu

MADELINE , M. TARDIF

MADELINE^ COUrUTlt à lui.

Mon parrain... vous n^êîes pas malade?

M. TARDIE.

Du tout... c'est comme un fait exprès! et ils finiront par me faire perdre la tête.

MADELINE

Qu y a-t-il donc ?

M. TARDIF

Laisse-moi le temps de me reconnaître ; car les événemens se pressent avec une rapidité... il semble que tout le monde se soit donné le mot pour se dépêcher. Autrefois^ on faisait les affaires avec calme et réflexion... aujourd'hui, on les enlève à lacourse!.; Voyant qu'il fallait tôt ou tard déménager, j'avais pris un parti... je voulais acheter celte belle maison qui fait le coin de la rue de Paris.

MADELINE

C'est une bonne idée que vous aviez là.

'' M. TARDIF

Voilà pourquoi^ ce matin, jelais sorti de si bonne heure...

Anciîf heures, en me levant... j'arrive tout essoufflé à l'aitdience des criées... je veux suienchérir , on ne veut pas.

, MADELINE

Et pourquoi donc?

M. TARDIF

Sous prétexte qu'elle a été vendue hier... ça n'est pas possible... elle avait été affichée pour le i8.

MADELINE

Justement, c'est aujourd'hui le 19.

M. TARDIF

Tu croîs ! eh bien ! je te demande si ce n'est pas ime fatalité... je ne peux jamais arriver le jour même... C'est comme l'autre semfxine ^ mes rentes sur le grand livre... je les ai vendues le lendemain du bon moment... Désolé de ma spéculation , je retourne aux messageries , prendre la diligence de Melun... il y avait une heure qu'elle était partie.., enfin ça n'est fait que pour moi.

MADELINE

Non, mon parrain... mais pour rendre la partie égale , vous devriez toujours vous mettre en route la veille... par ce moyen, vous arriveriez en même temps que les antres.

M. TARDIF

C'est ça ^ pour passer sa vie à s'essouffler; pour agir comme un brouillon... je suis comme il faut être... ce n est pas ma faute , mais celle de mon siècle qui est trop vif

Air ; A soixante ans.

our arriver chacun fait son possible ,

Moi. . . ma devise est ; n» nous pressons pas.

Aussi ma vie est un ruisseau paisible ,

Qui , vers le but s'écoulant sans fracas,

fuit à regret , et revient sur ses pas. / ^^es autres, l'existence active ^Est un torrent que l'orage a grossi. . , yQ^'y gagne-t-il ?. . . plus son cours est hardi, OpIus il s'élance , et plus tôt il arrive

.A rOcéan , où tout finit pour lui.

^^A propos de vivacité... dis donc, Madeline^ j'ai rencontré tout-à-l'lieure Julien^ ton amoureux; et j'ai causé une heure avec lui... Sais-tu que ce gaillard-là est bien heureux d'épouser une jolie fille comme toi... Et puis, tu es si bonne, si douce... c'est un vrai trésor que je hii donne là.,* Aussi, il est pressé comme un diable; et il veut toujours que je fixe une époque pour votre mariage.

madeline.

Au fait... voilà trois mois que vous le faites attendre.... et que vous remettez de jour en jour.

M. TARDIF

Eh bien ! calme toi... cela va maintenant dépendre de toi seule.

MADELINE

De moi^ mon parrain!

M. TARDIF

Oui... c'est une idée qui m'est venue, tout-à-l'heure, et que; je suis})ien fâché de ne pas avoir eue plutôt; mais c'est toujours comme ça, les bonnes idées n'arrivent que les dernières... (Z^/Y?/2rt/2i une prise de tabac.)\il comme c'en est une d'où dépend ma fortune...

MADELiNE, Dwement.

Votre fortune!... et vous me dites cela avec une tranquillité!... Parlez vite, je veux savoir ce que c'est.

M. TARDIF

Attends au moins que je m'asseye.

MADELiNE , luî cipprocliant un fauteuil.

Tenez, mon parrain... là, sur ce fauteuil... Mais parlez donc. . Est-ce quelque danger, quelque malheur, qui vous menace? J^en suis toute tremblante.

M. TARDIF

Cette chère enfant!... Voici de quoi il s'agit... (Il est assis ^ Madeline est debout et s'appuie sur son fauteuil. ) J'avais un oncle , qui toute sa vie était resté garçon , et qui s'était trouvé si malheureux du célibat , qu'il voulait absolument me voir marié... 11 mourut auparavant : mais...

Am : // me faudra (Quitter l empire.

Il me laissa son héritage , En m 'ordonnant en des termes exprès , De prendre femme et d'entrer en ménage Dans les dix ans qui suivraient son décès.

*"ADELmE.

II savait bien quVous aimiez \^^ délais.

M. TARDIF

Je me suis dit : ,, Suivons mes destinées , » Au célibat s'il faut être enlevé, «Et si l'hymen un iour m'est réservé , "Prenons d'abord gaîment ces dix années,

» C'est toujours cela de sauvé ; » Comme garçon prenons ces dix années,

» C'est toujours cela de sauvé. »

MaLs, hier en parcourant mes papiers pour l'achat Ae c tte niaason , ,e snis tombé sur mon ^x.rail do ba ,3l et.^e crou-a.-tn?... ,'a, vu que j'avais cinquante l:^^

madelitve. .IWs un mois... et quand votre oncle est mort, vous

aviez?

M. TARDIF

Quarante ans... ainsi de compte fait, me voilà à la fin de la çhxiemc année, terme de ri^nenr Ft 1 f ,

MADELIIVE.

Commem!... votis aviez dix ans devant vous !

M. TARDIF

sompisls".' j'Iî-perdfleT'r" ''"''- -'-' 'I--' ''^ dire r « J'ai k émo " le Z'''"''^'''' ""°^'^^' ^ "»« « Al. I .= -î 7 j P' "••• l«^s deux autres, à me dire • « Ah ! ça, il faudra t y penser » — F» „Jr i '

MA.DEL1NE

Quatre... ce n'était pas mal pour commencer.

M. TAIIDIF.

Oui... mais c'était bien un autre embarras... je ne savais laquelle choisir; et pendant que j'hésitais, la première s'est mariée, la seconde est partie, ')our Paris; la troisième est morte... et la quatrième...

MADELINE

Eh bien!... la qna'rièiae?...

M. TARDIF

Oh! la quatrième est encore à marier... Mais il y a ici de jeunes officiers qui sont fort aimables... enfin... je suis encore arrivé trop tard.

C'est jouer de malheur.

M. TARDIF

Aussi, je n'en viendrai jamais h bout... mais^ je me suis dit, ce matin : « Mad. linc a de Tesprit, de Tintelli- » gence; il n^y a qu'elle qui puisse me trouver ça. » Et pour le stimuler encore davantage , j'ai annoncé tout-kl'heure a Julien que son mariage se ferait le même jour que le mien... ainsi, je ne m'en mêle plus... Vous voilà intéressés tous les deux à avoir de l'activité pour moi.

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