‹ Monsieur ThiersChapitre 2 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Notre siècle vieillit, et depuis qu'il est né au lendemain des grandes convulsions, sous l'éblouissant rayon de Marengo, il a vu bien d'autres révolutions, bien des expériences tragiques, bien des crises de toute sorte qui ont dévoré trois ou quatre générations. Il a vu le monde, — la France aussi bien que l'Europe, — changer plusieurs fois de face, les idées se modifier comme les situations, les gouvernements périr et renaître, le succès et la puissance passer d'un camp dans un autre camp. Avoir vécu de la vie de ce siècle, avoir traversé soixante années d'agitations et d'épreuves, quatre ou cinq régimes différents, sans quitter un seul instant la scène, sans s'épuiser, en grandissant au contraire avec les circonstances, c'est une fortune rare. C'est le destin de Thomme qui est le sujet de ce livre et qui mérite d'être compté comme un personnage de l'histoire.

n AVAXÏ-PROPOS.

Telle est la vie de M. Thiers, en effet, qu'elle se mêle pour ainsi dire à la trame de la vie nationale, de l'histoire française, depuis les heures déjà si lointaines où, tout brillant de jeunesse, ce fils de ses œuvres se jetait dans les luttes généreuses de la Restauration. Du moment où il est entré dans la carrière, il Ta parcourue sans plus s'arrêter, d'un pas alerte et ferme, en homme fait pour toutes. les fortunes, toujours prêt au conseil et à l'action, inépuisable de ressources, de savoir et d'éloquence. S'il a paru quelquefois prendre des rôles différents, il a toujours servi la même cause, — la cause du pays, de sa grandeur et de ses institutions libres. Cette cause, il l'a servie d'un dévouement passionné à travers les révolutions, sous la Monarchie, sous la République ou sous l'Empire, — sous les pouvoirs qu'il aimait aussi bien que sous les pouvoirs qu'il n'aimait pas, — comme écrivain, comme orateur, comme ministre, comme chef de gouvernement; il l'a défendue contre tous les excès avec l'originalité et l'universalité de son esprit, jusqu'au jour où, mûri par l'âge et par l'expérience, popularisé par ses services, il s'est trouvé être l'homme nécessaire, le représentant privilégié de la France dans une crise suprême. C'est la catastrophe de 1870-I87I qui a fait de lui ce qu'il a été au soir de sa vie, dans les circonstances les plus cruelles, un personnage national; c'est sa vie tout entière qui l'avait préparé à être, au moment des tragiques extrémités, le grand serviteur

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