AVANT-PROPOS
public dont le pays a invoqué et reconnu la cordiale et décisive autorité.
Qu'on découvre après cela, si Ton veut, que M. Thiers a eu comme d'autres ses défauts, ses vivacités, ses obstinations, cela se peut bien. Il ne reste pas moins entre tous un personnage national et historique, non-seulement par ce caractère de réparateur des infortunes publiques qu'il a eu dans son vieil âge, mais encore par tout ce qu'il a représenté au courant de sa vie, par sa figure morale. Nul Français contemporain, peut-être, n'a mieux répondu à cette moyenne d'opinions, d'idées et de sentiments de la France telle qu'elle est sortie de la Révolution, telle qu'elle a vécu depuis plus d'un demi-siècle.
Assurément, M. Thiers a été un fils de la Révolution, de la société moderne, et il ne s'en cachait pas. Il tenait à la Révolution en homme qui la voulait organisée, libérale et bienfaisante, qui comprenait le prix d'un gouvernement sensé et conservateur pour une grande nation, qui mettait l'honneur de la politique moderne dans la défense incessante de la paix civile, de la paix religieuse, de la paix des classes. Il a été surtout un patriote ; il a été du parti de la Francé> non de la France d'un jour ou d'un régime, mai§ de la France de tous les temps, de l'histoire, de la tradition, de l'ancien régime comme de la Révolution. Sur ce point, il ne connaissait ni transaction ni défaillance, et, pour lui, le patriotisme n'était ni une