JEAN PRÊCHEUR, UNE VOISINE
LA VOISINE
Bonjour, monsieur Prêcheur.
JEAN PRÊCHEUR
Bonjour, voisine.
LA VOISINE
Ça va, depuis le temps :' Dites donc, monsieur Prêcheur, c'est moi qui fournissais son lait à ce bon monsieur... à ce brigand de Martin... C'est un criminel, mais il aimait bien le lait tout de même... C'était une de mes plus vieilles pratiques... Alors je me suis dit comme ça : puisque voilà un client qui s'en va, je vais tâcher d'en retrouver un autre. Et je viens vous demander si vous voulez vous fournir chez moi. Je vous l'apporterai tous les matins, votre lait. Ça sera dix sous le pot.
JEAN PRÊCHEUR
Vous êtes bien aimable, voisine, mais je ne bois pas de lait.
LA VOISINE
Vous ne buvez pas de lait! G'est-t'y que vous ne l'aimez pas ?
JEAN PRÊCHEUR
C'est cela : je ne l'aime pas.
LA VOISINE
Oh! oh! Martin l'aimait, lui!
JEAN PRÊCHEUR
Je n'ai jamais pu prendre de lait; sans ça, croyez que...
LA VOISINE, ricanant.
La mère Morand aussi était une de mes pratiques quand vous l'avez... (se reprenant.) quand on l'a assassinée... Ah! vous m'en coûtez de l'argent!... Qui a pu faire ce coup-là, pourtant?
JEAN PRÊCHEUR
Il me semble que Martin a assez avoué...
LA VOISINE, soupçonneuse.
Avoué! avoué! hum... Youspouvez vous vanter d'avoir de la chance...
JEAN PRÊCHEUR
Dites donc !
LA VOISINE., s'en allant.
J'oserai plus sortir le soir, moi!