UN RECORD
dre accroc. Madame était émerveillée; ses railleries avaient l'ait place à une vivo curiosité et elle ne quittait plus de l'œil sou époux:.
Quant à la bonne, elle était allée raconter l'histoire dans le quartier, et les voisins venaient tous les quarts d'heure, palpitants, prendre de's nouvelles chez le concierge.
Il déjeuna en bicycle de la façon la plus naturelle, luma sou cigare et lut des romans dans l'après-midi; 1 reçut aussi des fournisseurs et quelques visites rians cette posture. La journée pass:i comme un songe. Le repas fut très gai. Madame se mit au piano et lui chanta ses airs tavoris. A minuit, dernière limite de l'épreuve, il lança son bicycle dans la chambre à coucher.
— Tu as gagné, mon ami Tu peux descendre.
Il Ja regarda tendrement :
— Pas encore.
Et il la saisit de son bras gauche et l'embrassa. Alors, il lui parla dans l'oreiile.
— Quoi'? mon chéri, fit-eile en éclatant de rire, tu prétendrais...
— Oui, murmura-t-il. Je suis sur que c'est possible.
Les femmes ont des trésors d'indulgence pour les fantaisies de l'homme aimé. Elle satisfit ceile-
tû.
là avec de véritables merveilles de patience et d'ingéniosité.
Et il s'écria, triomphant, en sautant de son bicycle :
— Je suis le premier qui ait établi ce recordlà!
Le dîner offert par ses camarades à Pierre Bryon, qui rentrait à Paris après avoir voyagé deux ans en Amérique et dans l'Inde, étant terminé, on alluma des cigares et le voyageur demanda :
— A propos, et que devient donc notre spirituel ami Davenois? Le plus brillant des clubmen, comme l'appelaient les journaux. Il n'est pas mort, j'espère ?
— Mort? dit quelqu'un. Il était, hier, à la première du Vaudeville.
— Il l'ait toujours des mots ? continua Bryon. Il raconte toujours des histoires drôles ? Est-ce que c'est lui qui a fait la revue du cercle, cette année-ci ?
Les convives d'abord se regardèrent surpris : puis ce fut une joie générale.
— Celle-là est très bonne ! s'écria l'un d'eux. Bravo ! Bryon, vous n'avez pas trop baissé.
— Allons ! pas mal pour un homme qui a passé deux ans loin de Paris... La revue du Cercle par Davenois... Pas mal, pas mal, je le répéterai...
— Cet abruti de Davenois ! lit un troisième.
— Oh ! les mots de Davenois.
Bryon écouta, stupéfait, ces plaisanteries.
— J'ai dit une énormité ?
Un redoublement de rires accueillit ces mots.
— Je ne crois pourtant pas me tromper. Davenois, Oscar Davenois, c'est bien cela ?
— Oui, oui, c'est le même. Oscar I
— Qu'y aurait-il d'extraordinaire à ce que Davenois eût collaboré à la revue... Depuis dix ans, c'est lui qui était chargé de l'acte des théâtres, et il était toujours très drôle.
Un des convives s'approcha du voyageur et lui frappa sur l'épaule.
— Vous confondez, cher ami ; je vous assure que vous confondez on, alors, vous vous moquez de nous. Ce qui n'est pas gentil.
— Permettez, Messieurs, je vous assure...
— Vous parlez sérieusement?
— Mais oui, sapristi ! Je connais Davenois depuis longtemps, et Davonois a toujours eu la réputation d'un homme excessivement spirituel. Bon ! bon ! je vois la chose : on fait poser un vieux camarade. Je ne vous en veux pas ; ne parlons plus de Davenois.
— Parlons-en, au contraire, dit le petit Rambert. Il y a un malentendu. Moi aussi, je connais Davenois depuis des années, et jamais on ne l'a appelé que « cet abruti de Davonois. » C'est un bon garçon, je l'avoue, pas méchant, mais...
— Et moi, articula nettement Bryon, je vous affirme que lorsque je suis parti, il a deux ans à peine, Davenois jouissait d'une grande réputation d'esprit... Je vous ai tous vus, tant que vous êtes, vous pâmer devant ses histoires... Les journaux publiaient ses mots...
Alors Birr, le vieux Birr, demanda la parole par un geste imposant. Tout le monde se tut soudain, et sa voix aigre s'éleva dans le silence.
— Mes enfants, Bryon a raison. En 1889, Davenois avait sur le boulevard et dans les clubs une réputation d'esprit extraordinaire. Comment lui était-elle venue ? Je l'ignore. Etait-elle méritée ? Cela n'a pas grande importance.
« De temps en temps, on me demandait : « Connaissez-vous le dernier mot de Davenois? » 11 est très drôle. » On me le répétait. Quelquefois il était drôle, quelquefois il ne l'était pas. Il y a même des journaux qui l'imprimaient le lendemain matin. En somme, je ne me suis jamais emballé sur Davenois. Tente, un garçon spirituel, c'est Ciirdoné : il n'a pas de fortune, il n'exerce aucune profession, et il dépense quarante mille francs. C'est un peu plus fort que les mots de Davenois.
» Quel âge a-t il aujourd'hui, Davenois ? Quarante-cinq ans, oui. Il n'a jamais rien fait non plus, mais il a soixante mille francs de rente bien placés. 11 ne spécule pas, il joue petit jeu. Il a la manie de suivre la mode jusque dans ses détails les plus infimes, et il serait malade si on lui disait que, dans une circonstance quelconque, il n'a pas été d'une correction irréprochable. Du moins, c'était ainsi à l'époque dont je vous parle ; depuis, il a légèrement changé.
» Pour les femmes, il avait les mêmes goûts que pour la toilette. Une femme qui n'était pas à la mode n'existait pas pour lui. Au contraire, dès qu'une femme devenait chic, il n'hésitait pas à faire quelques sacrifices. Lorsque arrivait le tour d'une autre, il quittait la première,
comme on commande un nouvel habit chez son tailleur.
» Ses amis se dirigeaient dans l'existence d'après des principes analogues, et la bande Davenois constituait une sorte de tribunal sans appel pour les questions de plaisir et d'élégance. La haute autorité et la réputation d'esprit du chef n'étaient méconnues par personne.
» A de certains jours, ils jugeaient bon de s'encanailler. Ils se dirigeaient, après diner, vers quelque établissement de Montmartre et assistaient d'un air grave aux exercices chorégraphiques qui sont la spécialité de ces lieux. Puis ils rentraient au club et racontaient leurs excursions. Davenois excellait dans ces récits.
» Un soir, comme ils étaient assis cinq ou six autour d'une table, contemplant les quadrilles, une habituée de l'endroit s'approcha de Davenois et, sans lui adresser une parole, lui enleva tranquillement de l'œil son monocle qu'aucun cordon ne retenait, ce qui est très correct. Puis elle s'éloigna, n'attachant visiblement qu'une faible importance à cette action familière.
» Davenois se contenta de sourire avec indulgence. Cinq minutes après, elle revint vers lui et jeta le monocle dans son bock en murmurant : « Tiens t v'ià ton œil ! » Davenois trouva
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cela du plus haut comique, et il invita la dame à s'asseoir. Alors il la regarda, et elle lui éclata de rire au visage : « Dieu ! que tu as l'air serin' » Bavenois, mes enfants, venait de recevoir ld coup de foudre. Il lui demanda son nom : elle s'appelait Boulotte, tout simplement, et depuis deux ans il ne l'a plus quittée. Vous la connaissez, n'est-ce pas ?
» Boulotte n'était pas de ces femmes qui, arrivées au faite des grandeurs, rougissent de leur origine. Bu jour au lendemain, elle se mit à porter très Lien la toilette ; mais une habitude dont elle n'a jamais pu se défaire, c'est de diivj des gros mots chaque fois qu'elle ouvre la bouche. Entre nous, je ne serais pas surpris qu.ce fût ce détail qui ait impressionné Bavenois. Cale changeait de ses amours ordinaires.
» Je les fréquentais beaucoup au début de leur intimité. Comme le prince lançait à ce moment-là miss Bog, Bavenois fut très fier de lancer Boulotte et il mit de l'amour-propre à sortir ses économies, car il en avait, ayant toujours été fort correct aussi dans sa dépense.
» Elle m'avait pris en affection, quoiqu'elle ne m'accueillit que par le mot : « Vieux déplumé ! » et j'étais un peu sozi conlident.
» Je u'oublicrai jamais sa surprise, lorsque je
lui montrai une fois, dans un journal, un écho qui commençait ainsi : « Un mot charmant de 1)..., le plus spirituel des hommes du monde... » ])..., ajoutai-je, c'est Davenois.
» — C'est pour se moquer de lui, me dit-elle, qu'on imprime ça, hein ?
» — Pas le moins du monde, mon enfant.
» — Vrai, on écrit sérieusement dans les journaux que Davenois est spirituel ?
» — Mais, oui.
» — Et toi, Birr, tu le crois ?
Je répondis sincèrement :
» — J'en suis sur, ma petite. Davenois est on ne peut plus spirituel. Il fait des mots charmants. C'est lui qui a dit...
» Et je lui en citai deux ou trois des plus répandus.
» — Ils sont idiots, ces mots ! s'écria-t-elle.
» Un peu vexé, comme s'il s'agissait de moi, je me tus. Mon silence l'exaspéra.
» — Je t'affirme, Birr, que Davenois est un imbécile, et il faut que vous soyez tous encore plus crétins que lui... Oui, c'est un bon garçon, il est très gentil avec moi ; mais, vraiment, il est trop bête dans la conversation...
» Et elle me regarda d'un air de défi. Je m'en lalai, troublé dans ma conviction. A partir de
ce jour-là, Boulotte s'attacha, avec un entètement terrible, à démolir la réputation d'esprit de Davenois. Pourquoi :' Je serais incapable de vous l'expliquer. Quand on disait de lui qu'il était brave, ou généreux, ou élégant, elle approuvait, elle paraissait même flattée. Mais si l'on faisait la moindre allusion à son esprit, elle antraitdans de véritables-colères. Et elle répétait sans cesse la même phrase : « Je l'aime beau- » coup, oui ; mais il est impossible d'être plus » bête dans la conversation. »
» Chaque fois que Davenois faisait un mot et qu'on riait, elle levait les épaules avec dédain : « Peut-on dire des choses aussi stupides ! » Vous savez ce que c'est qu'un mot. Il faut que tout le monde le trouve spirituel, sans ça il devient diot tout de suite. Peu à peu, les mots de Davenois ne portèrent plus, et, par malheur pour lui, il continua d'en faire.
» Et aujourd'hui, il passe pour le dernier des crétins. Bryon a parfaitement raison. Il y a tout juste deux ans qu'il avait une énorme réputation d'esprit. »
LE TIRKUK-OEiNTILHUxMME
Un assaut de gala. Toutes les personnalités du monde de l'escrime assistent à la rencontre d'un maître français avec un maître étranger.
LE MAITRE FRANÇAIS II se met en garde suivant les règles avec mille gestes et passes d'armes pleines d'élégance et de correction.
LE MAITRE ÉTRANGER. Il tombe brusquement en garde, se fend et toucbe son adversaire. LE MAITRE FRANÇAIS.
Ça ne compte pas. Il fallait saluer à droite et à gauche avant de porter le coup.
Approbation générale.