‹ Monsieur veut rireChapitre 25 sur 70 · UN RECOUD · texte numérisé non relu

UN RECOUD

C'était un de nos plus redoutables btcyclistes, un de ces hommes pour, qui parcourir des centaines de kilomètres sur les grandes routes avec un dur triangle de cuir entre les jambes, sans seulement regarder ce qui se passe autour de soi, est une âpre volupté. Jl était marié depuis peu d'années et c'est au lendemain de sa lune de miel que cette étrange passion l'avait saisi tout entier. Il rêvait de gagner la course de bicycles qu'on ne pouvait manquer d'organiser un jour entre Paris et Pékin, et il s'entraînait avec fureur. Sa femme, qui l'aimait, souffrait un peu de se voir négligée pour le sport à la mode, mais aimait mieux, en réalité, qu'il courût les grandes routes que les cocottes.

Un matin, il se réveilla tout préoccupé. Ayant

à peine mis son caleçon, il appela la bonne et lui demanda son bicycle d'appartement, un bicycle qu'il avait fait construire exprès pour s'exercer dans son salon.

— Mais tu es fou, mon chéri, lui dit sa femme. Ta n'attends même plus d'être habillé maintenant!

— C'est qu'il m'est venu une idée, reprit-il. Je me demande s'il ne serait pas possible de rester chez soi sur un bicycle toute une journée, depuis le matin jusqu'au soir, et de vaquer à ses occupations oivî'naires. On n'a jamais essayé cela. Si j'y réus.issais je considérerais que c'est un tour de force supérieur à celui de la galerie des Machines.

Il n'en voulut pas démordre, quoique sa femme et la bonne se moquassent de lui, et c'est au milieu de leurs éclats de rire qu'il commença de se vêtir, perché sur sa machine. Mais il était d'une admirable souplesse et le bicycle n'avait pluîde mystères pour lui. Il parvint à passer son pantalon et à mettre ses bretelles, puis toujours maniant l'instrument avec une adresse inouïe, il se dirigea vers le cabinet de toilette, et se lava et se peigna suffisamment. Ensuite il lut les journaux et son courrier, et écrivit des lettres jusqu'à midi, sans qu'il lui arrivât le moin-

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