‹ Monsieur veut rireChapitre 35 sur 70 · LE BALAYEUR · texte numérisé non relu

LE BALAYEUR

Causé hier, sur le refuge du carrefour Di ouot, avec un homme que je ne connaissais pas, mais qui est très gentil. Nous étions cernés par la neige avec quelques autres parisiens, et cette commune infortune nous rendait sympathiques Il murmura d'ahord :

— Quel sale temps!

C'était mon opinion et j'appuyai :

— Un temps abominable!

Il ajouta :

— Il tant y être bien forcé pour sortir par un temps pareil.

Entraîné par la curiosité, je lui demandai :

— Vous y êtes forcé, n'est-ce pas, comme moi?

— Heu! fit-il, forcé n'est pas le mot. Je suis

descendu de chez moi pour acheter des snowboots. C'est très commode. Vous n'en avez pas, je vous conseille de vous en payer une paire.

— Je le ferai certainement.

— C'est par du temps comme ça que ce serait agréable d'avoir une centaine de mille francs de rentes.

— Vous ne les avez donc pas? dis-je presque ému.

Il soupira :

— Il s'en faut de beaucoup. Enfin, il y en a de plus malheureux que moi.

Je continuai :

— Ce qui me parait invraisemblable, c'est qu'on laisse séjourner aussi longtemps la neige dans les rues. J'ai pourtant lu dans les journaux qu'il y avait à Paris près de 5,000 balayeurs.

— o,I13, rectitîa-t-il.

— C'est le chiffre exact?

— Absolument.

— Comment le savez-vous? Si je ne suis pas indiscret...

Il reprit modestement.

— Je suis balayeur.

— Ah !

Une rafale interrompit notre conversation quelques secondes.

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