LA SURVIE
Cette troublante question de la survie, qui divise le monde savant, revient à chaque nouvelle exécution capitale. Il nous a semblé curieux d'essayer de la résoudre par le moyen dont on résout aujourd'hui toutes les questions, par l'interview.
C'est pourquoi nous nous sommes présenté hier matin, à la première heure, devant la tête fraîchement séparée du tronc, d'un condamné à mort que nous ne nommerons pas par discrétion.
Elle nous a reçu avec la plus grande courtoisie et nous a, d'un mouvement de paupières, fait signe de nous asseoir.
— M'entendez-vous? fis-je, légèrement ému.
Elle baissa l'œil, ce qui signifiait évidemment • » oui ».
— Voici de quelle façon nous allons causer, continuai-je. Vous clignerez de l'œil une fois pour la lettre A, deux: fois pour la lettre B... et ainsi de suite; c'est ce qu'il y a de plus pratique. Acceptez-vous?
Elle répondit affirmativement.
— Je commence.
Alors, elle fit un certain nombre de mouvements que je notai sur un carnet et que je traduisis. C'était .
— Dépêchez-vous, je n'ai que quelques minutes à vous donner.
— N'ayez pas peur, repris-je.
Et je commençai l'interrogatoire.
— Comment vous sentez-vous?
Elle répondit, à laide de nos conventions :
— J'ai une migraine épouvantable.
Je fis machinalement
— Voulez-vous de l'antipyrine ?
Elle fronça les sourcils et je compris que j'avais manqué de tact.
Je lui fis mes excuses.
— Quelle est votre opinion sur la peine de mort ?
Un sourire ironique crispa ses lèvres et elle ne répondit rien.
— Arrivons maintenant, continuai-je, à la