‹ Monsieur veut rireChapitre 38 sur 70 · LA SURVIE · texte numérisé non relu

LA SURVIE

Cette troublante question de la survie, qui divise le monde savant, revient à chaque nouvelle exécution capitale. Il nous a semblé curieux d'essayer de la résoudre par le moyen dont on résout aujourd'hui toutes les questions, par l'interview.

C'est pourquoi nous nous sommes présenté hier matin, à la première heure, devant la tête fraîchement séparée du tronc, d'un condamné à mort que nous ne nommerons pas par discrétion.

Elle nous a reçu avec la plus grande courtoisie et nous a, d'un mouvement de paupières, fait signe de nous asseoir.

— M'entendez-vous? fis-je, légèrement ému.

Elle baissa l'œil, ce qui signifiait évidemment • » oui ».

— Voici de quelle façon nous allons causer, continuai-je. Vous clignerez de l'œil une fois pour la lettre A, deux: fois pour la lettre B... et ainsi de suite; c'est ce qu'il y a de plus pratique. Acceptez-vous?

Elle répondit affirmativement.

— Je commence.

Alors, elle fit un certain nombre de mouvements que je notai sur un carnet et que je traduisis. C'était .

— Dépêchez-vous, je n'ai que quelques minutes à vous donner.

— N'ayez pas peur, repris-je.

Et je commençai l'interrogatoire.

— Comment vous sentez-vous?

Elle répondit, à laide de nos conventions :

— J'ai une migraine épouvantable.

Je fis machinalement

— Voulez-vous de l'antipyrine ?

Elle fronça les sourcils et je compris que j'avais manqué de tact.

Je lui fis mes excuses.

— Quelle est votre opinion sur la peine de mort ?

Un sourire ironique crispa ses lèvres et elle ne répondit rien.

— Arrivons maintenant, continuai-je, à la

Page 1