CRIS DE LA FOULE
Tapez ! Tapez t
L'ouvrier se défend tant bien que mal.
PREMIER ORATEUR
Es-tu toujours aussi heureux maintenant ?
(Il poche l'œil de l'adversaire.) Y a-t-il toujours des fois OÙ tu es gai'? (vigoureux coup au défaut de l'épaule.) Eh! Eh! vieux rigolo! on veut taire le malin! (il lui envoie un terrible coup sur la mâchoire.)
On veut combattre les théories de Bibi... (coup de pied sur le tibia.) On veut faire plaisir au bourgeois en lui disant que le peuple n'est pas si misérable..! (série de coups de poing en pleine figure. L'ouvrier tombe, tout en sang.) Là! J'espère que tu
ne vas plus nous humilier avec ton bonheur!
Applaudissements frénétiques.
L'OUVRIER
A boire ! De l'eau !
PREMIER ORATEUR, compatissant.
Pauvre vieux ! on va te soigner... Vois-tu, tu as eu tort de dire que tu étais heureux. Ça t'a fichu la guigne. Tu l'avoues, hein, à présent, que tu ne l'es pas, heureux? Tu l'avoues ? L'OUVRIER.
Oh! oui.
On l'emporte à la pharmacie voisine.
PREMIER ORATEUR, remontant à la tribune.
Justice est faite! (Acclamations.) Ainsi seront traités tous ceux qui élèveront un doute sur les misères et les douleurs du peuple! J'ai terminé mon discours, citoyens... Je m'en vais mainte-
nant dans une autre réunion publique porter la bonne parole. Ah! j'oubliais un détail : je me présente comme candidat aux élections législatives dans votre arrondissement.
Acclamations prolongées.
Je mets aux voix la candidature de l'orateur.
La candidature est adoptée à l'unanimité. UNE VOIX.
Je demande l'a parole!
LE PRÉSIDENT
Qui êtes-vous?