‹ MonstresChapitre 20 sur 29 · OU · texte numérisé non relu

OU

découvrir hors de soi malgré la duperie des apparences.

— Vous avez vécu beaucoup d'années; qu'avez-vous appris de productif, de consolant, de transmissible?

Chantonelle : — La croyance à la propagande par le fait : la fierté, la bonté.

— A quoi bon?

Chantonelle : — Essayez.

— Encore?

— Qu'il n'y a pas de menteur; on n'a que le désir de mentir, et nul ne peut se hausser de façon soutenue jusqu'au mensonge.

— Et puis?

Chantonelle : — Utiliser la vie, construire l'abri pour l'enfant, construire l'abri, garder laporte.

— Et?

Chantonelle : — due nous avons tous, si nous y consentons, une part d'originalité; dans un décalque il y a une démonstration de notre personnalité. Mais si nous prenons nos airs de tête dans le carton aux estampes...

— Et puis ?

Chantonelle : - Qu'il y a de bonnes gens

LE JARDIN

et des êtres virils; de rudes mains et des mains douces.

— Où ça ?

Chantonelle : — Cherchez.

Chantonelle : — Mon voisin le cordonnier, • qui est un bon cordonnier, un très bon cordonnier, est adroit, fort, courageux, sobre et continent.

— Tout cela pour faire des souliers ?

— Oui, pour faire des souliers...

Chantonelle croit, dit, que l'aventure de vie

est le pillage d'un trésor de cathédrale; l'un des pillards prend le bonnet d'évêque avec l'of, les perles et les pierres; un autre, l'épée de Charlemagne; le penseur, la couronne d'épines... En bêchant :

— Je voudrais rester dans la mémoire des hommes.

— Être aimé, haï?

— Je me contenterais d'être aimé.

Celui qui pioche à Chantonelle . — Enfin , à quoi croyez-vous ?

*~ — A ce qui m'apporte une joie, une consolation. Parfum ou dictame.

(L homme à la bêche dit que le cerisier est étouffé

par les grands arbres et qu'il faudrait faire une éclaircie ; T homme au râteau dit quil y a trop de pente et que le sable est entraîné par la pluie et le vent; l'homme à V arrosoir demande du fumier.')

Chantonelle : — H y a danser, regarder danser..»

— Et conduire l'orchestre (i) ?

(i) Citation de journaux : « La santé d'Emile Olivier est complètement rétablie. Jamais il n'a été plus en verve (1896). »

LA ROUGE

LA ROUGE

Voix d'en haut : — Châtie !

Voix d'en bas : — Coçne !

L'idée, l'idée pure. La fille pâle marche sans guide dans la nuit noire, suivie de près, de loin,

par la Bête qui boit de l'eau trouble goulûment; l'enfant ne peut boire que l'eau pure où elle se mire. La Bête est grasse avec des pattes grêles. L'enfant musèle l'animal d'un ruban de cou et le tient en laisse avec un ruban de ceinture. Mais des moqueurs méchants lient les mains de la fille si pâle , si frêle (pauvre petite !). Elle est nue presque, ses longs cheveux lui sont un manteau ; elle ne voit pas les affreux crapauds, les vipères affreuses, ses longs cheveux lui sont un voile. Lassée, elle s'étend sur la terre, et ses longs cheveux lui sont une couverte. Le jour, on parle, on ment ; la nuit, on rêve; elle rêve de baisers, de caresses. L'animal méchant et laid s'approche de l'enfant endormie, de l'extraordinaire enfant, et la mord (pauvre, pauvre petite !). Mais la dent de la Bête a rompu les liens!...

L'enfant marche ; elle « vole » du bois et se chauffe ; elle « vole » des fruits et mange ; enfin elle taille son pain, son pain dur, avec un grand couteau pointu. Elle marche, la fille pâle et triste, conduite par les étoiles du ciel ; des nuages cachent les étoiles , les vers luisants montrent à l'enfant la bonne route!

Elle passe dans le jardin aux fruits amers, au

LA ROUGE

milieu des buissons d'épines ; les pieds saignent, les mains saignent, elle pleure. La Bête veut mordre, mais de la ruche heurtée s'élèvent les abeilles qui gardent l'enfant des morsures de la Bête.

Sur le passage de l'enfant, de l'extraordinaire enfant, des gens crient :

— Crèveras-tu, petite gueuse ?

Et, dans la nuit belle, leur fureur interrompt l'ardent remous du labeur d'amour...

Un pauvre : — Du sang coule... Ton sang ?

Un pauvre : — Oui, mon sang... mon sang aussi !

Le poète vagabond : — La haute collerette de mon amie est l'entour d'un frais bouquet... Sa robe est rose.,, rose aussi.

Un pauvre : — Tous sont supérieurs à moi, et je ne suis pas inférieur à tous.

Un pauvre, fier. — J'écris des pages non faites pour être lues.

Un vieil homme pauvre : — La fleur qui pue, la fleur qui tue, c'est la même fleur.

Un jeune homme amoureux : — Non, non !...

LA ROUGE

Un demi-riche : — Mes tableaux, je les ai payés, je les ai choisis...

Un demi-riche : — Ma vigne, mon champ !

Un pauvre : — Si tu me prenais dans ton champ, tu me tuerais pour garder tes choux, tous tes choux. Avoue!

Le demi-riche : — Je ne sais pas; je ne suis pas assez pauvre pour être juste. J'ai peur de la justice... J'ai comme un doute.

Le pauvre : — Avoue !

Le demi-riche : — Je ne sais pas, je ne sais pas !

Des malheureux, des vaincus forment un groupe — des groupes ! — d'une navrante beauté.

Un penseur errant : — Vérités belles... L'art, parure de l'idée.

Un artiste : — Le beau, le laid, oui; le juste, l'injuste... je sais moins.

Des voix : — On peut frapper sans choix, il n'y a pas de riche innocent !

Un pauvre : — Je suis lâche,, je voudrais l'étrangler. . . D'autres mains ! . . .

Un pauvre : — Je hais celui qui est au- des-

sus de moi, oh! oui. Celui qui est au-dessous de moi, je hais mon égal ! . . .

Des voix faibles : — A l'aide ! à l'aide !...

L'enfant marche, tombe, se relève. Elle se baigne dans l'eau douce d'une source ; alors belle elle apparaît! Et des moissonneurs, encore émus parle souvenir des terreurs passées, l'admirent, la faux dressée, comme une arme.

C'est le matin.

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