CHAPITRE PREMIER
Un. — Oui, par le vent.
Une. — Il voudra bien attendre mes quinze ans, Monsieur le vent.
* jt
Le garçon boucher, fier de son poil, fier de sa peau , faisant l'annonce : « L'entre-côte ... le fauxfilet... » ; le garçon marchand de vin qui essuie les tables ; le garçon épicier sur la porte : des dents, des bras nus, des moustaches. Ces jeunes gens sont quémandeurs, et les demoiselles répondent :
— Puisque je vous le dis !
— Gourmand!
— Vous pouvez compter dessus !
— Que lui prend-il à celui-là?
— Je ne marche pas.
— Il ne s'est donc pas regardé?
Les paroles sans la musique...
— Père, ce qu'elle te disait la dame?...
— Elle me demandait de l'argent.
— C'est donc une mendiante?
— Oui.
LE LIEU
MA PROVINCE
Fille. — Il ne travaille pas?
Garçon. — Elle se promène?
Fille. — Il aimerait à prendre les petits chemins.
Gatçon. — Voudrait-elle ?
Fille. —
Garçon. — Elle ne voudrait pas?
Fille. — Elle voudrait bien.
Une fille. — Je n'attends rien, je prends ce qui vient.
Le travail de jour vient de finir et c'est l'instant d'arrivée de l'équipe de nuit...
Les écrivains sont partis, mais l'un d'eux est resté, sournoisement. Et, craintif, pour tenter de m'apaiser, vainement, il m'a dédié le livre écrit à Belle ville : En plein faubourg. Je tourne autour de ce confrère rusé et je dis, vilainement : « C'est la maîtresse œuvre de l'interview. » Ne me demandez pas d'être juste, je me défends. Henry Leyret observe seulement au cabaret (ce n'est pas vrai), la rue et l'atelier me restent. Leyret dit : « L'ouvrier. » Lequel? Il y a l'ouvrier du bois, qui a le goût moyen des formes, et l'ouvrier du fer, silencieux dans le bruit ; les ouvriers du cuir, de la toile, de la soie, de la laine; le peintre en bâtiment grisé par les essences; ceux du marbre et ceux de la pierre; l'ouvrier en plein air; l'ouvrier de l'usine parmi les laminoirs qui roulent,, le monte-charge fort et lent, les cisailles dont on se garde, les bancs
à tirer le fil, le marteau-pilon, le four qui fait sécher la peau et grésiller le poil ; ceux aux doigts agiles, et ceux aux fortes mains.
Le jeu de la scie est gentil, et, en travaillant, on cause :
— Tu sais, ça pince, ça mord.
Ou bien :
— Ça ne vaut rien pour la toux ; c'est mauvais pour les yeux... Ce qu'on a la colique!... * D'un « copain » mort :
— Tu sais, il m'a tapé d'une couronne.
Et la blague de l'homme fort, de celui qui s'en mêle quand ça se gâte :
— Je ne me bats pas... Deux claques.
Là-haut on ne vous prend pas « par la douceur ».
Celui qui a eu un doigt coupé raconte... On • s'amuse.
Je souris à un ouvrier, mon voisin, qui n'est pas cordonnier et, le dimanche, remet des talons aux souliers de sa fille, de ses garçons.
De la rue où je muse, j'admire cet homme qui, debout sur ce très haut mur, travaille à desceller une pierre qu'il va pousser du pied. Ferais-je cela? Non; j'aurais peur...