II. — MONSTRES TRIPLES
Les quelques genres connus subdivisés en deux ordres, analogues aux deux ordres de la sous-classe des- monstres doubles.
l,a première classe, celie des Monstres unitaires, renferme « tous les monstres chez lesquels on ne trouve les éléments, soit complets, soit incomplets, que d'un seul individu. « La classe des Monstres composés comprend (( tous les monstres chez lesquels on trouve réunis les éléments, soit complets, soit incomplets, de deux ou plusieurs individus. »
La première classe est divisée en trois ordres : 1° les Monstres Autosites, * capables de vivre et de se nourrir par le jeu de leurs propres organes » ;
iMONSTRUOSlTÉS. - monstres unitaires. 10
2° les Monstreft Omplialofiites, dont la vie cesse dès que la rupture du cordon onihilical interrompt la communication avec la mère ; 3° les Monstres Parasites, masses inertes, « vivant d'une vie obscure, végétative et toute |)arasiti(|ue « ; ces masses inertes manquent de cordon ombilical.
Les Monstres composés sont partagés en deux sous-classes, les Monstres doubles et les Monstres triples, divisées chacune, à leur tour, en deux ordres. Le premier renferme les monstres « composés de deux individus oflrant le même degré de développement», chacun contribuant à la vie commune et étant analogue à un autosite. Le deuxième ordre comprend les êtres composés de deux individus très-dissemblables, l'un presque complet, analogue à un autosite, l'autre rudimentaire, analogue à un omphalosite ou même à un parasite. Ce dernier ordre correspond donc aux ordres II et III des monstres unitaires.
Voici la description aussi succincte que possible des tribus, des familles et des genres qui forment les deux classes de monstres dont je viens de parler.
Première classe. — Woiisfres iiuitaireu». — I. Autosites. — A. La tribu I de l'ordre I forme la transition entre les vices de conformalion et les monstruosités. Elle renferme tous les individus dont les membres sont modifiés d'une manière grave, le tronc ne présentant que des anomalies légères subordonuées à celles des membres. La première famille est caractérisée par l'avortement des membres (Ectroméliens), la deuxième par la fusion des membres (Sïméliens).
1" La famille des Ectroméliens se compose de trois genres. Le prenn'er de ces genres, la Phocomélie (tig. 1), est cette difformité dans laquelle on voit « des mains ou des pieds de grandeur ordinaire, et le plus souvent même complètement normaux qui, supportés par des membres excessivement courts, semblent, dans la plupart des cas, sortir immédiatement des épaules ou des hanches. »
Dans Vlléminu'lie les membres anomaux sont « formés exclusivement par les bras et les cuisses à l'extrémité desquels on voit un vestige peu considérable des segments inférieurs avortés. » (Holmes, tradnct. Larclier.)
L'Ectroniélie (fig. 2) est caractérisée par l'avortement complet ou pres(|ue complet d'un ou plusieurs membres.
2° Le premier genre (Symèle) de la famille des Syméhens est constitué par la réunion de deux membres abdominaux presque complets, termin(''s par un pied double, dont la plante est tournée en avant.
Dans le deuxième genre (Uromèle), les deux membres abdominaux sont très-incomplets, terminés par un pied uni(|Lie, souvent impai lait, dont la plante est tournée en avant.
Enfin dans le iro\&\cme {Si réuomèle), les membres abdominaux, extrêmement incomplets, sont terminés par un moignon, sans pied.
B. La tribu II comprend des individus dont le corps présente des déviations graves et complexes, les membres pouvant être normaux. Tous les genres de l'unique famille qu'elle forme (Célosomiens) sont caractérisés \m'
20 MONSTRUOSITÉS. — monstres unitaires.
une évenlralion donnant issue à un grand nombre de viscères. Dans le genre Aspalasome l'éventration siège à la partie inférieure de l'abdomen ; le rectum, les appareils urinaires et génitaux sontdistincts. Les genres A g énosonie et Cyllosome présentent une éventralion de la même région , mais dans le premier les organes génitaux et urinaires sont nuls ou rudin)entaires. et dans le second le membre pelvien du côté de l'éventration est avorté. Les
FiG. 1. — Phocomcle. Fam. Eclro- Fir.. 2. — Ectromèle. Fam. Ectromé-
méliciis , d'après le squelette du liens {Médical Times and Gaiette,
nommé Cazotte (dit Pépin). Musée 10 décembre 1853, et Holmes i
Dupuytren, n" 30. Mal. chir. des enfants).
Schistosomes offrent un avortement des membres pelviens en même temps qu'une éventration de l'abdomen dans toute sa longueur.
Dans ces quatre genres l'ouverture des parois fie s'étend pas jusqu'à la région tboracique. Les Pleurosomes (fig. 3) présentent une éventration siégeant à la partie supérieure de l'abdomen et s'étendant même à la paroi tboracique. Le membre supérieur correspondant est alropliié.
La tissure, l'atropliie ou l'absence complète du sternum, avec hernie du cœur, constitue la Célosomie.
C. Les tribus précédentes renferment les monstruosités des membres et du tronc; les deux dernières compreiment les anomalies delà téte. La troi-
MONSTRliOSITKS. — monstres unitaires. 21
sième tribu comprend les anomalies graves siégeant spécialement sur le crâne ; la quatrième, celles ([ui portent surtout sur la face.
1° ExENCÉPiiALiENS. La famille I de la tribu III « est caractérisée par un cerveau mal conformé, plus ou moins incomplet et placé, au moins en partie, bors de la cavité crânienne , elle-même très-imj)arfaite. » Lorsqu'il n'existe poini de lissure spinale et que l'encéphale est en très- grande partie hors de la boite cérébrale, l'ouverture crânienne siége-t-elle à la région
I'k;. 3. — l'icurosomc. Fam. Colosumicns (Geoffroy Saint-Hilairc, Philosophie
anatomique, pl. XV).
occipitale, le monstre est un Notencéphale ; siége-t-elie, au contraire, à la région frontale, nous avons un Proenci'phale. Si l'encéphale est au dessus du crâne et que la voûte soit seulement incomplète, le monstre est Po(J encéphale; c'est un llypcrmcêphale, si la voûte manque presque complètement.
Cette famille forme encore deux genres offrant une fissure spinale en même temps qu'une hernie de l'encéphale. L'un d eux, le genre hiiencé' phalc, présente une hernie d'une portion de l'encéphale, en arrière et un peu au-dessous du crâne, ouvert dans la région occipitale. Dans le genre Exencêphale (fig. U)^ la portion de l'encéphale qui fait hernie derrière le crâne
M0>STKUOSlTh;s. — monstuks i muaiiu..-,.
est bien plus considérable, et, en même temps, la voûte manque en grande partie.
2° Les PsEUDENCÉPH.vLiENS oiïreut, à la place du cerveau, une tumeur d un rouge foncé, formée d un lacis de petits vaisseaux, dans laquelle on ne rencontre ((uo quelques parcelles de substance nerveuse. Voici les caractères diirerenlicls des trois genres de celle amiille: G. Nosencéphale. Pas de fissure spinale; crâne largement ouvert en dessus, dans les régions frontale et pariétale seules; trou occipital distinct. G. Thiipsencéphale. Pas de fissure
spinale ; crâne ouvert dans les régions frontale, pariétale et occipitale ; pas de trou occipital distinct. G. Pseurlencéphale. Fissure spinale; crâne et canal vertébral largement ouverts; pas de moelle épinière.
3" Anencéphahens. La dernière famille de la tribu III ne comprend que deux genres qui présentent une absence complète de l'encépbale. Les Dérencéphales manquent en même temps de moelle cervicale ; le crâne et la partie supérieure du canal rachidien sont largement ouverts. Les Anencéphales n'ont point de moelle épinière et le canal rachidien est, comme le crâne, largement ouvert, dans toute son étendue.
D. r La famille I de la iV tribu des Autosites (Cyclocéph.vliens) présente une atrophie de l'appareil nasal et par suite un rapprochement des deux yeux qui peuvent même se réunir. Lorsqu'il existe encore deux fosses or-
MONSTIlUOSITÉS. — monstuks i xitaihks. 23
bitaires, le nioiislrc est un Ethmocéphale ou un Gébocéphalc. Le premier présente, nu dessus des orbites, une trompe forniée par les rudiments de l'appareil nasal atrophié, le seeond ne porte point de trompe.
Lorsque les deux orbites se sont confondus sur la ligne médiane, si le sujet i)orle une trompe, il est Rhinocéphale; s'il n'en porte i)oint, il est Cy- (iocéphale. Si le monstre présente, en même temps que la trompe, des mâchoires rudimentaires, une bouche très-imparlaite, c'est un Stomoc(''phale.
2° Chez les Otocéphaliens, les deux oreilles sont rapprochées ou réunies sous la tète. La partie supérieure do la hice peut être à })eu près normale, les yeux, bien séparés et la mâchoire et la bouche distinctes, comnu; chez les Sphi')ion'p]ialcs. Les deux orbites peuvent être réunis et, dans ce cas, ou bien les mâchoires et la bouche sont distinctes, sans trompe nasale {Olocépkales), ou bien les mâchoires sont atrophiées, la bouche n'existe point, et l'œil est surmonté d'une trompe {Edocépliales), ou bien enfin les mâchoires sont atrophiées et il n'existe ni bouche ni trompe {Op acéphale). Un dernier cas peut se présenter : on ne trouve point d'yeux, point de bouche ni de trompe ; le monstre est un Triocépliale.
IL OiMiMi vi.osiTES. — A. La ])remit'^e tribu comprend des êtres « dont le corps, gi-a\ement anormal dans toutes ses régions et de forme très-irrégulière, montre cependant encore une tendance manifeste vers la symétrie et renferme intérieurement des viscères. »
1" Les Paracéphaliens oflrent encore des rudiments de face et surtout de crâne, mais le cœur man((ue ou est trop imparfait pour donner au sang son impulsion ; les membres sont toujours anormaux. La tète, quoique mal conformée, peut être encore volumineuse avec une face distincte et des organes sensitifs rudimentaires; les membres thoraciques existent [ParacéphaJe>!) ou font dt^faut {Omad'phales) . Les Hémiacéphcdes, tout en ayant des membres lhoraci({ues, ont une tète représentée par une tumeur informe avec quelques replis cutanés en avant.
2° Les AcÉPHALiEiXS, outre la conformation toujours vicieuse de leurs membres et de leur tronc, et l'imperfection de leurs viscères thoraciques et abdominaux, souvent complètement nuls, ])résentent une atrophie complète de la tète. « Ils se trouvent réduits, soit à la région cervicale, toujours non distincte, à la région thoracique et à l'abdominale, soit aux deux dernières seulement, soit même à l'abdomen. » Des trois genres (ju'ils Forment, le premier (Acéphale) est caractérisé j)ar un corps mal symétrique, irrégulier, mais ayant ses diverses régions bien distinctes; le thorax existe à peu près complètement et porte au moins un membre thoracique. Les Péracéphales sont dépourvus de membres thoraciques ; les Mylacéphales ont un corps informe, sans régions distinctes ; les membres sont très-im- |)arfaits ou nuls.
B. La deuxième tribu ne comprend (fue des être5 dont le corps est réduit à une boui'se cutanée, ne contenant ni viscères ni canal intestinal (Ani- DiENs). Quel([ues troncs vasculaires et le cordon ombilical font seuls reconnaître leur véritable nature.
III. Parasites. — Ce dernier ordre renferme des monstres (Zoomyliens)
24 MONSTRUOSITÉS. — monstres unitaires.
encore plus impai lails que les Auidiens; ils ne présentent aucune trace du cordon ombilical. 11 faut, je crois, séparer de ces monstres les productions diverses qu'on trouve dans certains kystes, et ne comprendre dans cet ordre que les « produits de conception restés singulièrement imparfaits, » qu'on peut rencontrer dans l'utérus et dans les ovaires. En d'autres termes, il ne faut appeler monstres parasites que les productions organiques qu on est autorisé à regarder comme des êtres nouveaux dont la formation a été fortement entravée.
Ueuxièuie classe. — Moustrcs composés. — I. Monstres
FiG. 5. — Métopage. Fam. Eusom- Fia. 6. — Sternopage. Fam. Monoiii'
plialieiis. (Ambroise Paré.) plialiens (Ainbroise Paré, p. 15).
DOUBLES AUTOsiTAiREs. — A. La première tribu de cet ordre comprend des individus réunis dans une seule région, et chez lesquels, dans cette région même, on retrouve les éléments complets ou presque complets des deux sujets. Les uns possèdent même chacun leur ombilic (Eusomphaliens) ; les autres ont un ombilic commun (Monomphaliens).
1° Eusomphaliens. — Les monstres de la première famille se divisent en trois genres : les uns ne sont réunis que dans la région fessière [Py gopages) ; les autres ne se tiennent que par la région frontale [Métopages, V. fig. 5) ; enfin les derniers ont leurs têtes réunies par les sommets, en sens inverses {Céphalopages).
MONSTRUOSITÉS. - monsti\es unitaires. 25
2" Les monstres Monompiialiens comprennent un plus grand nombre de genres. Les individus de cette famille ([ui sont réunis dans la région liypogastrique constituent le genre hchiopage; ceux ([ui sont réunis depuis l'extrémité inférieure du sternum jusciu'à l'ombilic commun forment le genre XiphopcKje. Dans le genre Steriiopage (lig. 6), les sujets composants sont unis lace à face sur toute l'étendue du thorax. Les Ectopagcs sont réunis par toute la j)artie latérale du thorax ; les llémipdges présentent les caractères des ectopages, mais de plus les sujets sont fusionnés par le cou et même par les mâchoires.
B. La tribu II comprend les monstres doubles formés de deux individus distincts par leur extrémité pelvienne, réunis par leur extrémité céphalique ; la fusion peut descendre jusqu'à l'ombilic.
1° Les Sycéph.vliens, qui constituent la première des deux familles de cette tribu, sont composés de deux cor[)s bien distincts au-dessous de l'ombilic, « surmontés d'une double tète plus ou moins (complète, en d'autres termes, de deux tètes intimement réunies et plus ou moins atrophiées. » Les Janiceps ont une double tète, à faces diamétralement opposées ; les Iniopes ont une tête incomplètement double, présentant d'un ctHé, une face, et de l'autre, un œil imparfait et une ou deux oreilles. Les Sijnotes présentent la même disposition que les iniopes, avec cette diderence que, du côté opposé à la face, ils n'ont qu'une ou deux oreilles, mais point d'œil.
2° Les MoNOCÉPHALiEXS possèdent une tète unique et simple, dans laquelle on ne peut (ju'avec beaucoup de peine retrouver des traces de duplicité. Parmi les monstres de cette famille, il en est qui ont leurs troncs séparés dans la région pelvienne et réunis seulement au-dessus de l'ombilic. Dans cette catégorie se trouvent les Dêradel plies (lig. 7), qui présentent quatre membres thoraciques ; les Tlioradeiphes, (\m n'ont que deux membres thoraciques et dont le tronc est en apparence simple supérieurement ; et enfin les lléadelplies, dont le double corps est en apparence simple dans toute la partie supérieure, mais se bifurque dans la région pelvienne et se termine par deux arrière-trains.
Une autre catégorie de monstres de cette famille ont leurs troncs réunis dans toute leur étendue. Le tronc, unique en apparence, est double dans toutes ses régions. Sur les huit membres, quatre paraissent être dorsaux et dirigés supérieurement. Cette dernière catégorie ne renferme que le genre Synadelphe.
C. La tribu III présente des modifications inverses de la tribu II. C'est la région sous-ombilicale qui « olïVe une tendance manifeste à l'unité ».
Parmi ces monstres il en est dont les deux corps sont réunis en un tronc manifestement double; ils forment la famille des Svsomiens. Chez les autres, la fusion est bien plus intime et le tronc semble simple. (iMoxoso-