‹ MonstruositésChapitre 5 sur 5 · MIENS · texte numérisé non relu

MIENS

i°Lcs monstres qui rentrent dans la famille des Sysomiens sont : les Psodymes qui possèdent deux corps distincts dès la région lombaire, deux thorax complets et séparés, deux membres pelviens et quelquefois les rudiments d'un troisième; \cs Kiphodi/mes {{\'^. 8), dont les deux thorax.

'2G MONSTRUOSITÉS. — monstres unitaikes.

confondus inféi'ieurement, sonl séparés en haut; ils n'ont que deux membres pelviens, et, ([ueiquefois, les rudiments d'un troisième; les Déro- </?/?/?p.s-, dont le corps unique possède une seule poitrine; le sternum est opposé à deux colonnes vertébrales. Ces monstres ont deux cous, deux membres thoraciques, deux membres pelviens, ol quelquefois les rudiments d'un troisième.

2" Les MoiXOSoMiENs forment les troi's genres Atlodyine, Jniodymc, Opo- <hjme. Les monstres du i)remier genre ont deux tètes séparées, mais conliguès, portées sur un cou unique. Ceux du second genre ont deux têtes

FiG. 7. — Déradclphc. Fam. Monoco- Fio. 8. — Xiphodymc. Fam. Syso-

phalicns (Ambroisc Paré, p. 9). miens (Aiiibroise l>arc, t. III, p. 5).

réunies en arrière par le côté ; enfin, ceux du troisième présentent une tète unique en arrière, mais se séparant en deux faces distinctes à partir de la région oculaire.

II. Monstres doîibles parasitaires. — Cet ordre se divise en trois tribus.

A. La tribu I se rapproche des monstres autositaires. Dans le parasite, si incomplet qu'il soit, on trouve une organisation encore assez complexe, montrant les rudiments d'un individu distinct.

1" Dans l'une des familles de cette tribu (Hétérotypiens), les deux sujets sont dans la même position que les sujets composants d'un monstre auto-

MONSTRl OSITKS.

MONSTRES UNIT.MUKS.

silairo. Le parasite est «ïéiiéralcineiit atlaclié à la iace antérieure du corps (lu sujet j)riucipal, près de roiiihilic.

Le sujet accessoire, tout en étant très-petit, très-imparfait, est-il encore pourvu d'une tète distincte et de membres pelviens au moins rudiinentaires, c'est un Hi'térnpage : est-il privé de tête et même de thorax, c'est un Hétéradelphe (fig. 9). Le parasite peut être réduit à une lèle imijarfaiteavec un cou et un thorax Irès-rudimentaires, le monstre s'appelle alors ILHi-rodi/nn'.

Dans les deux derniers genres des llétérotypiens, les sujets sont (c unis bout à bout par les bassins, comme dans l'ischiopagie », mais l'un des deux sujets est un véritable j)arasile. Lorsque le parasite est analogue à un |)aracéphalien, le monstre est un llHéroliipc. Il peut être plus imparfait encore et représenter non |)lus un paracéphalien, mais un acéj)halien ; nous aurons alors le dernier genre de cette famille, le genre Hétéromorpitc.

2" La deuxième famille, celle des HÉTÉRALnîNS, qui ne comprend que le genre Eincotne, est caractérisée par un parasite fort incomplet, réduit à une seule région, une téte sans corps, j^/j^ par exemple ; le sujet accessoire s'insère loin de l'ombilic du sujet principal. Chez l'épicome de E. Ilome, que le baron D.-J. Larrey a figuré dans les Mémoires de V Académie de médecine (t. L, 1828). la tète accessoire était réunie par le sommet au sommet de l'autre téte, à la façon des céphalopages. Cette monstruosité est paifaitement compatible avec la vie, puisque le sujet qui en était allécté mourut

des suites d'une morsure de vipère au commencement de sa cinquième année.

B. La deuxième tribu comprend les monstres parasita ires chez qui le sujet accessoire est tellement imparfait « qu'il est diflicile au premier aspect, de ne pas prendre celui-ci (l'individu principal) j)Our un être unitaire portant quelques parties surnuméraires. »

J° Cette tribu forme deux familles dont la première (Poly(;nat}iiens) comprend des êtres portant aux mâchoires, et spécialement à la mâchoire inférieure, un parasite réduit aux mâchoires et à quelques autres |)arties céphaliques. Trois genres sont connus dans cette famille : le genre Epiguathe, caractérisé par une tête accessoire, très-incom|)lète et très-mal

Fie. 9. — IlL'téradelplie. Fam. llétrroly- . piens (Aiiibroisc Paré, t. lU, p. 7).

MONSTRUOSITÉS. — classification.

conformée, attachée au palais de la tôle principale; le genre Hypognathe, dans lequel la tète accessoire est attachée à la mâchoire inférieure de l'autre tète; le genre Alignai lie, dans lequel le parasite est réduit à une mâchoire inférieure réunie à la mâchoire inférieure de l'autre sujet. Les raonsti-es du genre Paragiiallie sont fort rares; la mâchoire inférieure surnuméraire est placée « tout à fait latéralement, et insérée côté à côté sur celle du sujet principal »,

20 La deuxième famille (Polyméliens) nous présente un plus grand nombre de genres connus. Tous les sujets de cette famille sont composés d'un sujet principal portant un ou plusieurs membres accessoires, accompagnés parfois de rudiments de quehpies autres parties. Le monstre est dit Pygomèle lorsqu'il porte, dans la région hypogastrique, derrière ou entre les membres normaux, un ou deux membres accessoires ; le ou les membres surnuméraires sont-ils insérés sur l'abdomen, entre les membres pelviens et les memhres thoraciques de l'autre sujet, le monstre est un Gn.stromèle. Les membres accessoires peuvent être dans le dos (Notomèle), sur la tête {Cèphaloméle}, ou sur les membres eux-mêmes [Mélonièlé) de l'individu complet.

C. La troisième et dernière tribu des monstres doubles parasitaires comprend ceux chez qui le sujet accessoire, d'une imperfection extrême, est inclus, caché en partie dans le sujet principal. La famille unique formée par cette tribu ( Endocvmiexs) se divise en deux genres : le genre Dermocyme ou inclusion fœtale sdus-cutanée; ]e genre Eiidocy me ou inclusion fœtale abdominale. Je dirai un peu plus loin quels sont les cas qu'on peut ranger dans cette famille.

Monstres triples. — L'extrême rareté des monstres triples a à peine permis d'en observer quelques genres. Il faudra, selon toute apparence, établir pour ces monstres des divisions analogues à celles qui ont été créées parmi les monstres doubles.

Telle est, en résumé, la classification d'I. Geoffrov Saint-Hilaire. Pour les genres, j'ai dit, avant de l'exposer, qu'il faudrait probablement en au»-menter le nombre, comme l'avait prévu l'auteur lui-même; je dois ajouter que jusqu'à cejour la nécessité s'en fait peu sentir. Le nombre des nouveaux genres proposés est fort .restreint; je citerai dans la famille des Exencei)haliens le genre Métenccphale (N. Joly), et dans celle des Polvmé- Iiens le genre DéromMe (du même). C'est que L Geoiïrov Saint-Hilaire avait admirablement saisi les lois auxquelles sont soumises les Monstruosités lois aussi peu variables que celles qui régissent les êtres normaux

Cette découverte des lois tératologiques lui avait non-seulement permis de classer tous les faits qu'il avait pu recueillir, mais encore de créer des genres dont Texislence, « rendue très-vraisemblable par l'analo-ie et par les inductions de la théorie, avait encore besoin d'être établie par les faits » {Loc Cit., t. m p. U8, note.) C'est le cas du genre Iléadelphe dont H n avait pas eu ( exemple positif et qu'un fait tout récent est venu mettre hors de doute Joly).

Cii*co.i»«tanccs qui précèdent on qnî snivenf la naissance

MONSTRUOSITÉS. — cestatiox. — viaiîimtk. 29

tlvH inoii$»ti*e$i. — .A Gestation. — Parmi les genres si nombreux et si diiïérenls que nous venons de passer en revue, il n'en est aucun (jui s'annonce à l'avance par des signes capables de le l'aire pronostiquer. Souvent, peut-être même dans le plus grand nombre de cas, les grossesses qui ont donné lieu à des êtres monstrueux avaient eu un cours parfaitement régulier.

Il peut arriver toutefois qu'on ail des doutes sur l'issue de la grossesse, sans pouvoir cependant se convaincre de l'existence d'un fœtus anomal • dans le sein de la mère. Avant de parler des indices qui peuvent soulever ces doutes, je ferai remarquer, avec I. Geoffroy Saint-llilaire, « qu'en faisant abstraction de la famille à tant d'égards exceptionnelle des pseudencéphaliens, il reste à peine à citer quelques exemples de monstres nés d'une femme primipare .» [Loc. cit., t. III, p. 359.)

Cette réserve faite, je citerai d'abord l'hérédité, ou plutôt (car les monstres proprement dits ne se reproduisent guère) une sorte de prédisposition (ju'ont certains individus, même normaux, à créer des êtres monstrueux. G esl un fait dont je connais un exemple bien frappant : une dame bien constituée, ainsi que son mari, mit au monde sept enfants qui, en dépit de toutes les précautions prises pendant la gestation, ont tous présenté des anomalies complexes, incompatibles avec la vie.

Quoiijue souvent le cours de la grossesse soit normal, il est cependant (juelques cas où la gestation est troublée par dillérentes causes : maladies, coups, chutes, etc., en un mot, par tout ce que nous avons désigné, avec l'auteur du Traité de Tératologie, sous le nom de causes efficientes. Mais il s'en faut de beaucoup que ces causes donnent toujours naissance à des monstres.

• Les grossesses qui doivent aboutir à la production d'un être monstrueux se terminent frécjuemment avant le terme ordinaire. Les monstres doubles autosilaires des premiers genres naissent souvent vers huit mois ou même plus tôt; c'est ce qui a lieu d'ailleurs pour les grossesses gémellaires normales. Ce fait nous explique, jusqu'à un certain point, la facilité avec laquelle se fait parfois l'accouchement, qui, dans quelques cas de duplicité monstrueuse, se termine par les seuls elTorls de la nature.

Parmi les monstres unitaires, ceux des premières familles, c'est-à-dire ceux chez qui les anomalies sont relativement peu complexes, naissent habituellement à terme. Les dernières familles des autosites et tous les omphalosites viennent généralement au jour vers la fin du huitième mois.

Il est quelques cas dans lesquels le terme de l'accouchement est reculé. Les pseudencéphaliens, par exemple, rentrent assez souvent dans ce cas; les monstres unitaires parasites prolongent pres([uc indéfiniment leur vie au sein de leur mère.

P>. ViABU.iTK. — Non-seulement les parasites ne sont pas viables, mais ils ne viennent même jamais au jour. Les omphalosites meurent au moment de la naissance. Tous les autosites peuvent vivre depuis quelques minutes, comme les otocéphaliens et les cyclocéphaliens, jusqu'à la vie ordinaire, comme les ectroméliens. Les anencéphaliens peuvent vivre quelques heures ; les exencéphaliens et les pseudencéphaliens, plusieurs jours.

^0 MONSTRUOSITÉS. — accouchement.

La majorité des monstres doubles sont viables, quoiqu'ils vivent exceptionnellement. Leur mort hâtive est due, au moins en partie, à leur naissance prématurée, et au\ dangers auxquels ils sont exposés par suite des difficultés de raccouchement. Les monocéphaliens et les sycéphaliens sont les seuls chez lesquels on ait toujours vu la vie s'éteindre très-promplement.

Dans les premiers genres des monstres doubles, chaque sujet vit de sa vie propre ; les individus sont plutôt accolés que confondus. Les genres qui suivent renferment des monstres dont la vie est commune aux deux individus composants. Enfin, chez les derniers autositaires et chez les parasitaires, un seul individu, pour ainsi dire, vit; Tautre peut être considéré •comme une masse inerte.

C. AccoucuEMENT. — Quelle que soit l'époque à laquelle ait lieu la naissance, que le monstre simple ou composé soit viable ou non, l'accouchement peut se terminer par les seuls ell'orls de la nature ou, au contraire, présenter des difficultés presque insurmontables. On peut à ce point de vue diviser les monstruosités en trois catégories : les unes ne modifiant en rien l'accouchement; les autres le facilitant ; les dernières, enfin, tendant à le compliquer de difficultés inaccoutumées.

La première catégorie renferme tous les monstres dont le volume et la forme sont peu modifiés et qui naissent habituellement h terme. Ces cas ne présentent évidemment aucune indication spéciale.

La majorité des monstres unitaires rentrent dans la seconde catégorie. 11 va de soi, par exemple, que les individus alTectés d'atrophie et, a fortiot^i, d'avortement complet de quelque organe doivent être expulsés avec plus de facilité qu'un fœtus bien constitué. D'un autre côté, un bon nombre de monstruosités, nous venons de le voir, sont une cause d'accouchement prématuré ; le produit n'ayant pas atteint tout son développement, la parturilion doit-ètre notablement simplifiée.

Il est cependant un certain nombre de monstres simples qui font exception à celte règle : ce sont ceux qui présentent des encéphalocèles {Exencêphaliens), ou des éventrations {Célosomiens). Le professeur N. Joly (de Toulouse) rapporte que, dans un cas d'exencéphalie, l'accouchement fut rendu long et laborieux, non pas par la tumeur elle-même, mais par les reins, qui présentaient un volume anormal. Il n'en est pas moins vrai que, dans les cas dont nous parlons, la difficulté provient presque toujours des organes herniés. Le diagnostic de ces cas est fort difficile; si, pourtant, on était arrivé à reconnaître une tumeur exencéphalique, peut-être serait-il bon d'avoir recours à la version.

Parmi les cas tératologiques qui peuvent compliquer l'accouchement de iliflicullés insolites, on doit encore ranger toutes les monstruosités composées. Il n'est guère possible de reconnaître ces cas à l'avance ; le seul moyen de diagnostic consiste à porter la main dans la matrice après la rupture de la poche des eaux (Dugès). Cependant si l'écoulement des eaux s'était eiïectué en deux temps bien distincts, il serait fort probable, sinon certain, qu'on aurait affaire à des jumeaux.

MONSTUUOSITÉS. - TiiKiiAPiir/riuiM;. àl

L'adhérence des fœtus étant reconnue, l'accoucheur est-il autorisé par cela même à sacriher le produit de la conception? Cette question doit être évidemment résolue par la négative. On doit bien avoir présent à l'esprit que beaucoup de monstres doubles sont parfaitement viables, témoins Ritta-Christina, les sœurs Hongroises, les frères Siamois, Millie-Christine et plusieurs autres ; que, d'un autre côté, à part les monstruosités triples, il n'en est aucune «qui exclue absolument la possibilité de l'accouchement >> (I. Geoll'roy Saint-Hilaire). Quelquefois même, cette fonction s'accomplit d'une façon étonnamment heureuse. Dans le cas de pygopagie que je rappelais tout à l'heure (Millie-Christine), l'accouchement, d'après le docteur Townsend, fut rapide et facile.

En 1829, naissait à Paris un monstre double, composé de deux sujets accolés « en sens inverse parle sommet de la tète » [crphalopage), qui « fut expulsé sans beaucoup d'eiVorls » (A. C. L. Villeneuve).

Dugès dit avoir vu naître « fort promptement » k la Maternité de Paris « un enfant du terme de huit mois, à deux têtes portées sur un seul cou » (atlodyme), privées, il est vrai, de crâne et de cerveau, en un mot, toutes deux anencéphales. On a également cité des naissances très-promptes d'héléradelphes, et je pourrais nmltiplierces exemples.

Ce qui ressort de là, c'est que, dans des cas fort dillérents de monstruosités doubles, qu'il se soit agi de monstres autositaires ou de monstres parasitaires, l'accouchement s'est terminé assez souvent d'une façon heureuse et sans présenter beaucoup de difficultés.

Ce point établi, quelle est la conduite à tenir lorsque la main, portée directement dans la matrice, a fait reconnaître qu'on est en présence de duplicité monstrueuse du fœtus? Dans tous les cas, d'après Dugès, on doitavoir recours à la version. C'est certainement le procédé le plus sur, lorsque la duplicité porte sur les régions supérieures. Peu, Evrat ont employé avec succès cette méthode pour des monstres « dicéphales » ; Asdrubali,Waller, Brez, Regnoli, dans diflérents cas de monstruosités doubles. Le docteur Molas (d'Auch) mit en usage le même procédé dans un cas où les jumeaux étaient fusionnés par le thorax et le haut de l'abdomen, et l'accouchement se termina assez facilement ; les têtes surtout opposèrent de la résistance.

En présence des bons résultats obtenus par cette méthode, il convient toujours d'y avoir recours. Ce n'est que lorsque tous les moyens auront échoué, qu'on se décidera à séparer les deux fœtus, ou même à pratiquer l'embryotomie. S'il est possible d'arriver sur le point d'union des sujets, il faut d'abord tenter la première opération, car on a des chances, bien minimes, il est vrai, de conserver la vie aux deux sujets ou à l'un d'eux, comme dans les quelques cas où cette séparation fut pratiquée après la naissance.

Tbcrapcntiqiic. — Il est de toute nécessité, lorsqu'un sujet monstrueux a échappé à toutes les chances de mort qui entourent sa naissance, de remédier dans la mesure du possible à la monstruosité.

Chez les Ectroméliens, les appareils prothétiques rendent de bien grands services les attelles, les bandages, les appareils en caoutchouc, etc., rem-

32 MONSTRUOSITÉS. thérapeutique.

placent, autant que faire se peut, les |)artips absentes. Chez les Syméliens, il n'y a pas à songer à rendre chaque membre indépendant.

Jamais, que je sache, on n'a tenté aucune opération sur les autres monstres unitaires. Cependant, après avoir décrit un monstre célosome qui présentait une issue du cœur à travers le sternum et dont les gros vaisseaux se trouvaient comprimés par suite du jeu des muscles inspirateurs et expirateurs. Serres ajoute : « Ne pourrait-on pas dans ce cas, heureusement très-rare, débrider largement la lissure sternale, opérer le taxis du cœur et sauver le nouveau-né?» C'est là une idée qu'on pourrait mettre à exécution le cas échéant, le fœtus étant voué à une mort certaine, si l'on n'intervient pas.

S'il est fort rare de rencontrer un monstre unitaire sur lequel on puisse tenter une opération, il n'en est pas tout à fait de même des monstres doubles.

Dans les Éphémérides des curieux de la nature pour 1690, Kœnig raconte l'histoire de deux jeunes lilles, unies de l'appendice xiphoïde à l'ombilic, qu'on aurait séparées l'une de l'autre; l'opération (ligature d'abord, puis instrument tranchant) aurait réussi à merveille.

Le succès n'a pas toujours couronné ces tentatives. Ën 1700, naissaient, en Carniole, deux filles unies par la région coccygienne (Pi/gopage) ; le coccyx était unique, de même que l'aims. La séj)aration, opérée au moyen de la cautérisation, aboutit à la mort des deux sujets (Treyling).

On a cité quelques autres essais semblables, faits sur des monstres doubles autositaires ; mais le nombre de ces tentatives a été fort restreint. II y a quelques années, il fut question de séparer les frères Siamois.

Quant aux monstres doubles parasitaires, F. Regnaull (Écarts delà Nature) cite un cas d'Hétéradelphie, dans lequel on enleva les parties surabondantes, au moyen de la ligature. Lisl'ranc eut l'idée d'opérer l'ilétéradelphe de Bénais, et, si la mort n'était venue enlever subitement le sujet, cette idée eût probablement été mise à exécution.

Acton recommandait fortement d'enlever à un enfant un membre inférieur accessoire, composé de deux membres soudés ensemble et d'un bassin rudimentaire. Mais un autre médecin, qui vit le monstre quelques années plus tard, le docteur Handyside, crut à l'existence d'une communication entre la partie surnuméraire et le canal vertébral. L'opération ne fut point tentée.

« Un autre cas de fœtus parasite, cas très-intéressant et moins connu, dans lequel le point d'attache avait son siège à la région faciale, a été observé par le docteur Pancoast(de Philadelphie), qui a pratiqué avec succès l'ablation du parasite En le disséquant, on pouvait y retrouver distinctement plusieurs parties du corps normal, et particulièrement le tube gastrointestinal. L'ablation fut faite, dans l'enfance, à l'aide de l'écraseur. Aucune conséquence fâcheuse n'en résulta, si ce n'est la formation d'une fistule s'ouvrant dans la bouche, ce qui dépendit apparemment de ce que lemuscle buccinateur, se prolongeant dans l'enveloppe du fœtus, avait été intéressé dans l'opération. » (Holmes),

MONSTRUOSITÉS. — thérapeutique. 33

Il est une famille de monstres parasitaires pour laquelle le chirurgien peut intervenir : je veux parler des monstres Endocumiens ou par inclusion. Que sontces inclusions sous-cutanées ou abdominales ? Sont-elles le résultat d'une superletation, ou bien l'embryon inclus peut-il être considéré comme le frère du sujet normalement développé, conçu dans le même acte générateur? D'après Holmes, « dans tous les exemples de ce genre, il est évident qu'une partie d'un œuf jumeau doit avoir été enfermée dans le corps de l'individu vivant pendant la durée de sa formation dans l'ulérus, et que, comme l'individu parasite a grandi, il a fait son chemin à travers ou sous la peau de la personne vivante, précisément comme le ferait une tumeur bénigne dont le développement serait rapide. » (Loc. , cit., p. 9.)

Quoiqu'il en soit de la genèse de ces productions, il faut toujours, d'après le docteur Braune, en tenter l'extirpation, et les résultats qu'il publie sont, sans aucun doute, fort encourageants.

En résumé, qu'il s'agisse de monstres doubles aulositaires ou de monstres doubles parasitaires, il est des cas dans lesquels la chirurgie peut utilement intervenir. Mais avant de se décider à agir, il faut avoir résolu la question des connexions anatomiques. Les frères Siamois, par exemple, auraient i)U probablement être séparés, tandis qu'il serait impossible de tenter une opération semblable sur Millie-t^hristine. Chez ce dernier monstre, en effet, la sensibilité des membres inférieurs est commune, comme l'a constaté Paul Bert; les deux moelles doivent par conséquent former un véritable chiasma au niveau du point d'union.

« Il résulte du peu que nous savons aujourd'hui touchant la question des jumeaux accolés (monstres doubles aulositaires), que, quand le lien d'union est formé par la fusion des cordons ombilicaux plutôt que })ar celle de quelques parties diflerentes des corps fœtaux, on peut tenter la séparation des deux êtres avec espoir de succès. Mais quand les régions sacrées sont réunies l'une à l'autre, il y a de grandes probabilités pour que les cordons spinaux ou quelques autres parties vitales aient contracté une union réciproque, et dans cette région, ainsi qu(^ dans toutes les autres, c'est seulement avec une grande hésitation et beaucoup de circonspection que quelque essai d'intervention doit être encouragé. » (Holmes, Loc. cit., p. 13.)

Il est un point sur lequel tous les auteurs sont d'accord : si l'on se trouvait en |)résence d'un monstre double, dont l'un des sujets composants viendrait de mourir, il n'y aurait pas à hésiter un instant. Il faudrait immédiatement « tenter la division des deux êtres, à la condition de })rendrc soin de faire porter la section des parties sur un point plus rapproché du sujet mort que du survivant. » (Eve.) Dans tous les cas jusqu'ici connus, la séparation n'ayant jamais été tentée, le survivant n'a pas tardé à partager le sort de l'autre sujet.

Pour les monstres doubles parasitaires, les cas où l'intervention chirurgicale peut être utile sont analogues. Cependant les succès ont été assez fréquents, même dans les cas où les connexions anatomiques étaient assez étendues, dans le cas de « tripodisme humain « par exemple. Le docteur

NOUV. mCT. DE MÉD. ET CHIR. XXIII. — 3

34 MONSTRUOSITÉS. — bibliographie.

Holmes en a recueilli un certain nombre d'observations fort intéressantes. Peut-être, comme le pense Acton, la tendance qu'ont les parties surnuméraires à se gangrener, ce qui est une preuv(> de la faible vitalité des parasites, est-elle en même temps une indication suflisante à l'opération. Cette tendance à la gangrène a été notée dans plusieurs observations et spécialement dans celle de Rambur, à propos de Tllétéradelphe de Bénais.

« Lorsqu'il s'agit de membres surnuméraires, il ne parait pas nécessaire de les détruire entièrement jusqu'à la racine, puisqu'il n'est pas douteux que l'ablation de la partie qui fait visiblement saillie ne doive être suffisante. » (Holmes.)

En terminant, je ne saurais trop faire remarquer qu'il n'est point de règles générales applicables à telle ou telle monstruosité. Dans cbaque genre, les différences individuelles peuvent être considérables; ce qui a fait dire à Paul Bert : a Cbristine et Millie, toutes pygopages qu'elles sont, ne sont point identiques à Hélène et Juditli, tant s'en faut ; celles-ci n'avaient point la sensibilité commune. En fait de monstres, il n'y a point de genres ni d'espèces : il n'y a que des individus. «

H ne faudrait cependant pas, en s'appuyant sur cette citation, rejeter les classifications, dont l'auteur à qui j'emprunte la phrase ci-dessus est le premier à reconnaître la nécessité.

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