Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."
En ce débat, par lequel la France est à présent agitée^ le meilleur et le plus sain parîjr est sans double celuy qui maintient la religion ancienne du pais.
A insi me suis-je, par la grâce de Dieu, conservé entier, sans agitation et trouble de conscience, aux anciennes créances de nostre religion, au travers de tant de sectes et de divisions que nostre siècle a produictes.
Je propose des fantasies informes et irre-
solues, comme font ceulx qui publient des questions douhteuses à desbattre aux escholes, non pour establir la vérité^ mais pour la chercher ; et les soubmets au jugement de ceulx à qui il touche de régler, non seuletnent mes actions et mes escripts, mais encore mes pensées. Egualement ni'en sera acceptable et utile la condemnation comme l'approbation, tenant pour absurde et impie, si rien se rencontre^ ignoramment ou inadvertamment couché en cette rapsodie, contraire aux sainctes resolutions et prescriptions de V Eglise catholique, apostolique et romaine, en laquelle je meurs, et en laquelle je suis nay : et pourtant, me remettant tousjours à l'autorité de leur censure. Je propose les fantasies humaines, et miennes, simplement comme humaines fantasies^ et separeement considérées; non comme arrestees et réglées par l'ordonnance céleste incapable de doubte et d'al-
tercation; matière d'opinion, non matière defoy; ce que je discours selon moy, non ce que je crois selon Dieu; d'un façon laïque, non cléricale, mais toujours tres-religieuse • comme les enfants proposent leurs essais, instruisables, non instruisants.
Adjoustant toujours ce refrain, non un refrain de cerimonie, mais de naïfve et essentielle soubmission, « que je parle enquerant et ignorant, me rapportant de la resolution, purement et simplement, aux créances communes et légitimes. » Je n'enseigne point, je raconte.
C'est aux apprenti fs à enquérir et à débattre, et aux cathédrant de résoudre. Mon cathédrant c'est Vauctorité de la volonté divine qui nous règle saiis contredict et qui a son rang audessus de ces humaines et vaines contestations.