‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 2 sur 90 · LA FOI PUR DON · texte numérisé non relu

LA FOI PUR DON

La participation que nous avons à la cognoissance de la Vérité, quelle qu'elle soit, ce n'est point par nos propres forces que nous l'avons acquise : Dieu nous a assez apprins cela par les tesmoings qu'il a choisis du vulgaire, simples et ignorants, pour nous instruire de ses admirables secrets. Nostre foy, ce n'est pas nostre acquest; c'est un pur présent de la libéralité d'aultruy : ce n'est pas par discours, ou par nostre entendement, que nous avons receu nostre religion ; c'est par auctorité et par commandement estrangier ; la foiblesse de

nostre jugement nous y aide plus que la force, et nostre aveuglement plus que nostre clairvoyance; c'est par l'entremise de nostre ignorance, plus que de nostre science, que nous sommes sçavants de ce divin sçavoir. Ce n'est pas merveille, si nos moyens naturels et terrestres ne peuvent concevoir cette cognoissance supernaturelle et céleste : apportons y seulement, du nostre, l'obéissance et la subjection ; car, comme il est escript : « Je destruiray la sapience des sages, et abbattray la prudence des prudents. »

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