‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 14 sur 90 · DIEU ET LES PAÏENS · texte numérisé non relu

DIEU ET LES PAÏENS

De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion, celle là me semble avoir eu plus de vraysemblance et plus d'excuse, qui recoignoissoit Dieu comme une puissance incompréhensible, origine et conseryatrice de toutes choses, toute bonté, toute perfection, recevant et prenant en bonne part l'honneur et la révérence que les humains luy rendoient, soubs quelque visage, soubs quelque nom et en quelque manière que ce feust.

Ce zèle universellement a esté veu du ciel de bon œil. Toutes polices ont tiré fruict de

leur dévotion ; les hommes, les actions impies, ont eu partout les événements sortables. Les histoires païennes recognoissent de la dignité, ordre, justice, et des prodiges et oracles employez à leur proufit et instruction, en leurs religions fabuleuses : Dieu, par sa miséricorde, daignant, à l'adventure, fomenter, par ces bénéfices temporels, les tendres principes d'une telle quelle brute cognoissance, que la raison naturelle leur donnoit de luy au travers des faulses images de leurs songes. Non seulement faulses, mais impies aussi et injurieuses, sont celles que l'homme a forgé de son invention; et de toutes les religions que sainct Paul trouva en crédit à Athènes, celle qu'ils avoient dediee à une « Divinité cachée et incogneue, » luy sembla la plus excusable.

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