‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 24 sur 90 · LA SAINTE-VIERGE · texte numérisé non relu

LA SAINTE-VIERGE

A Lorette, je pus trouver place à toute peine et avec beaucoup de faveur, pour y loger un tableau dans lequel il y a quatre figures d'argent attachées : celle de Notre-Dame, la mienne, celle de ma femme, celle de ma fille. Au pied de la mienne il y a ciselé sur l'argent : MichaSl MontanusGallus VascoEques regiiordinis 1 581. A celle de ma femme : Francisca Cassaniana uxor. Et celle de ma fille : Leonora Montana filia unica. Et sont toutes de rang à genoux dans ce tableau, et la Notre-Dame en haut, au devant. Mon tableau est logé à main gauche contre la porte et je l'y ai laissé très curieuse-

ment attaché et cloué. J'y avais fait mettre une chaînette et un anneau d'argent pour par icelui le pendre à quelque clou; mais ils aimèrent mieux l'attacher tout à fait. Ce fut le 25 d'avril que j'offris mon vœu.

On dict que la fondation de Nostre-Dame, la grand', à Poitiers, print origine de ce qu'un jeune homme desbauché, logé en cet endroict, ayant recouvré une garse, et luy ayant d'arrivée demandé son nom, qui estoit Marie, se sentit si vivement empreins de religion et de respect de ce nom sacrosainct de la Vierge mère de nostre Sauveur, que non seulement il la chassa soubdain, mais en amenda tout le reste de sa vie ; et qu'en considération de ce miracle, il feut basty, en la place où estoit la maison de ce jeune homme, une chapelle au nom de nostre Dame, et depuis l'église que nous y veoyons.

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