LE PATER NO S TER
Je ne sçais si je me trompe ; mais puisque, par une faveur particulière de la bonté divine, certaine façon de prière nous a esté prescrite et dictée mot à mot par la bouche de Dieu, il m'a tousjours semblé que nous en debvions avoir l'usage plus ordinaire que nous n'avons ; et, si j'en estois creu, à l'entrée et à Tissue de nos tables, à nostre lever et coucher, et à toutes actions particulières ausquelles on a accoustumé de mesler des prières, je vouldrois que ce feust le Patenostre que les chrestiens y employassent, sinon seulement, au moins tous-
jours. L'Eglise peult estendre et diversifier les prières, selon le besoing de nostre instruction ; car je sçais bien que c'est toujours mesme substance et mesme chose : mais on debvoit donner à celle la ce privilège, que le peuple l'eust continuellement en la bouche ; car il est certain qu'elle dict tout ce qu'il faut, et qu'elle est trespropre a toutes occasions.