‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 28 sur 90 · EFFETS DU CULTE · texte numérisé non relu

EFFETS DU CULTE

Il n'est ame si revesche, qui ne se sente touchée de quelque révérence à considérer cette vastité sombre de nos églises, la diversité d'ornements et ordre de nos cerimonies, et ouïr le son devotieux de nos orgues, et l'harmonie si posée et religieuse de nos voix : ceulx mesmes qui y entrent avecques mespris sentent quelque frisson dans le cœur, et quelque horreur, qui les met en desfîance de leur opinion.

L'esprit humain ne se sçauroit maintenir, vaguant en'cet infini de pensées informes ; il les luy fault compiler en certaine image à son

modèle. A peine me feroit on accroire que la veue de nos crucifix et peincture de ce piteux supplice, que les ornements et mouvements cerimonieux de nos églises, que les voix accommodées à la dévotion de nostre pensée, et cette esmotion des sens, n'eschauffent l'âm.e des peuples d'une passion religieuse de très utile effect.

L'invention des encens et parfums aux églises, regarde à cela de nous resjouïr, esveiller et purifier le sens, pour nous rendre plus propres à la contemplation.

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