‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 69 sur 90 · AVARICE · texte numérisé non relu

AVARICE

Depuis que vous estes accoustumé et avez planté vostre fantaisie sur certain monceau, il n'est plus à vostre service ; vous n'oseriez l'escorner ; c'est un bastiment qui, comme il vous semble, croulera tout si vous y touchez ; il fault que la nécessité vous prenne à la gorge pour l'entamer.

On va tousjours grossissant cet amas, et l'augmentant d'un nombre à aultre, jusques à se priver vilainement de la jouissance de ses propres biens, et l'establir tout en la garde, et n'en user point.

Oh ! le vilain et sot estude, d'estudier son argent, se plaire à le manier, poiser et recompter!

PAILl ARDISE

Un homme de qui la paillardise sans cesse régente la teste, et qui la juge tresodieuse à la vue divine, que dict il à Dieu quand il luy en parle? Il se ramené; mais soubdain il recheoit. Si l'object de la divine justice et sa présence frappoient, comme il dict, et chastioient son ame ; pour courte qu'en feust la pénitence, la crainte mesme y rejecteroit si souvent sa pensée, qu'incontinent il se verroit maistre de ces vices qui sont habituez et acharnez en lui.

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