PREFACE. XXIII
naissez sa page sur les paysans. Il admire et il vénère ces héros obscurs. Son cœur bat, oui, son cœur, cela se sent, à voir leur patience, leur résignation active^ leur stoïcisme simple et sans phrases.
Montaigne voit des héros dans Thumanité, à tous les échelons de Thumanilé (ce qu'il dit encore des marchands et artisans des villes « allant de pair de vaillance et de science militaire avec la noblesse »); il en met peut-être un peu plus qu'il n'y en a; il en a besoin pour les admirer de tout son cœur; il a comme une religion de la volonté; c'est à savoir qu'il y croit, qu'il la vénère, qu'il l'aime, qu'il l'adore et qu'il l'excite. Cela n'est pas du tout d'un sceptique.
Et que ce soit une contradiction, oh! que je le veux bien, et qu'il n'y a bien là rien d'étonnant chez un Montaigne! Mais en tout cas, c'est de lui encore; cela fait partie de sa personnalité et ce n'est pas quantité négligeable.
C'est pour cela que je trouve un peu étrange, ou insuffisamment expliqué, ce que dit à un moment Guillaume Guizot, que Montaigne ne représente guère le xvi° siècle. Certes il ne le représente pas tout entier; mais comme il y a bien toute une partie du xvi" siècle qu'il représente merveilleusement! Il ne représente pas la Réforme. Oh! pour