‹ Montaigne, études et fragments;Chapitre 15 sur 55 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

cela, non. Seulement dans le xvi' siècle il y a la Réforme d'un côté, et de l'autre, tout à fait en désaccord avec la Réforme, il y a la Renaissance. Et Montaigne représente et résume la Renaissance dans tout son esprit, jusqu'au fond même de son esprit.

La Renaissance, c'est, pour un certain nombre d'esprits un peu bornés, tout simplement de beaux livres, très bien écrits, qui nous viennent de l'antiquité; et cela, ce n'est pas la Renaissance, c'est tout simplement l'humanisme. Mais pour quelques cerveaux puissants, pour Rabelais, pour Erasme, la Renaissance, c'est l'esprit antique, avec sa philosophie, sa morale, sa politique, sa sociologie, sa pédagogie, se redressant tout à coup devant le Christianisme, ou ce que le moyen âge en a fait, et créant, voulant créer ou capable de créer un homme nouveau. Et si la Réforme n'aime pas la Renaissance, si Calvin se défie des humanistes, c'est assez clair : c'est pour cela. Or de cet esprit nouveau, ou plutôt de cette âme ancienne qui revient et qui revendique le droit d'animer encore le monde, Montaigne est le représentant le plus complet, le plus puissant, et en même temps le plus discret, ce qui fait qu'il en est le plus habile.

Montaigne n'est pas chrétien : Guillaume Guizot a parfaitement raison de l'affirmer. Les grands

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