XL PREFACE
peu moins d'enthousiasmes, et même un peu moins de convictions. Selon les temps on peut trouver qu'il a été trop loin ou qu'il a donné juste au point.
^j> A'X^ Il paraît un peu « un endormeur de consciences » parce qu'il a été un endormeur de passions. Quand les passions sont si déchaînées on peut pardonner à qui s'essaye aies charmer. Quand les consciences sont si susceptibles et si sûres d'elles qu'il y a des guerres de consciences, comme en d'autres temps des guerres d'ambition ou de vengeance, endormir les consciences serait de trop, mais les désarmer un peu peut paraître excusable.
'\ , v5' 7 Oui, c< le plus sage des Français » c'est un peu dire, et cela ne pouvait guère être dit que par Sainte-Beuve, dont la sagesse fut un peu bourgeoise; mais certainement Montaigne fut un sage. Il est le professeur de bon sens de cette moyenne de l'humanité qui n'est bien capable, au cours ordinaire de la vie, que d'une sagesse, courageuse encore, mais tempérée et modeste. Être à la tête de ce groupe très considérable, très important ^ dans l'économie générale du monde, et très honorable, c'est une belle place.
Et voyez que Montaigne tient plus que cette place-là. Il nous gouverne, il nous dirige, il nous inspire, il est le héros et le héraut du bon sens. — Et puis, quand il a affaire à des âmes plus hautes,