MONTAIGNE ET LES SIENS SES IDÉES SUR L'ÉDUCATION
En écrivant ses Essais, Montaigne savait d'avance qu'on lui reprocherait d'y trop parler de lui-même, et, entre autres plaidoyers ingénieux qu'il préparait pour répondre à ce grief : « Quel contentement me seroit-cê , écrivait-il un jour * , d'ouyr ainsi quelqu'un qui me recitast les mœurs, le visage, la contenance, les plus communes parolles, et les fortunes de mes ancestres ! Combien j'y serois attentif! Vrayement cela pariiroit d'une mauvaise nature d'avoir à mespris
i. Les Essais, liv. II, chap. xviii; — t. III, p. 63 de l'édition en 4 volumes, publiée par MM. Courbet et Uoycr chez Lemerre, Paris, 1872. C'est à cette édition, qui reproduit le texte de 1595, que nous emprunterons toutes nos citations de Montaigne, sauf avis contraire. >^
les portraits mesmes de noz amis et prédécesseurs, la forme de leurs vestements et de leurs armes! J'en conserve Tescrilure, le seing et une espée peculière; et n'ay point chassé de mon cabinet des longues gaules que mon père portoit ordinairement en la main. Paterna vestis et annulus tanto chanor est posteris^ quanto erga parentes major affectus. »
Voilà bien Montaigne, avec cet air de bonhomie où sa gentilhommerie s'enveloppe. Les plus farouches démocrates lui pardonneraient ses reliques et ses parchemins. Il est fâcheux sans doute que Montaigne ait des ancêtres : mais après tout qu'y peut-il faire? S'il parle d'eux, c'est par piété filiale; s'il les connaît, c'est parce qu'il est d'une curiosité que tout amuse....
Il s'agit de s'entendre sur les « ancêtres » de Montaigne : il en avait de deux sortes, les uns, qu'il rejette autant qu'il peut dans les coulisses, et les autres, qu'il pousse sur le devant de la scène, et cela au moment même où il semble traiter de haut les noms, la réputation, et jusqu'à l'espérance de n'être pas oublié par ses amis après sa mort*. Ce nom de Montaigne, « commun à toute sa race », ce blason dont quelque chétif acheteur fera, disait-il, ses premières armes, c'était son arrière-grand-père Ramon qui les avait achetés avec la maison noble de Montaigne le 10 octobre 1477, par-devant de Artigamala, notaire, au prix de 900 francs bordelois. Ce château,